dimanche 27 janvier 2013

Vous avez un nouveau message !


Homélie 3é dimanche du T.O.

Frères et Sœurs,

A l’heure où vient de se clore la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, il est assez juste d’entendre ces textes qui nous tournent vers l’écoute de la Parole de Dieu. Nous savons combien en effet, c’est important pour nos frères protestants… et parfois pas assez pour nous catholiques. J’aime raconter cette mésaventure : en préparant justement une rencontre œcuménique entre jeunes cathos et protestants, nous voulions trouver un texte biblique. Je me suis alors aperçu, à notre grande honte, que tous les protestants avaient une Bible dans leur sac… Et aucun catho. Bon, aujourd’hui cela se résoudrait peut être avec nos Smartphones tout puissants !  Et cela se résoudrait aussi car les évolutions récentes vont dans le bon sens. Après une époque pas si lointaine où la Bible ne devait pas être mise entre toutes les mains des baptisés, le Concile Vatican II va être un formidable levier pour mettre l’Ecriture Sainte au cœur de nos vies de Foi. Je voudrais ce dimanche continuer à faire résonner cet appel de l’Eglise à avoir la Parole de Dieu comme compagnon de route quotidien, à faire de sa lecture une fête comme celle décrite par le livre de Néhémie dans la première lecture. « Esdras ouvrit le livre ; tout le peuple le voyait, car il dominait l'assemblée. Quand il ouvrit le livre, tout le monde se mit debout.
Alors Esdras bénit le Seigneur, le Dieu très grand, et tout le peuple, levant les mains, répondit : « Amen ! Amen ! » Puis ils s'inclinèrent et se prosternèrent devant le Seigneur, le visage contre terre. Esdras lisait un passage dans le livre de la loi de Dieu, puis les lévites traduisaient, donnaient le sens, et l'on pouvait comprendre. » Peut être est-il utile de décrypter un peu ce passage. Pourquoi une telle effervescence ? Car c’est une des premières fois que la Loi (c’est à dire le Pentateuque soit les 5 premiers livres de notre Bible)  est lue dans un livre. Auparavant toute la tradition était orale et se passait ainsi de génération en génération. A l’époque de Néhémie, on reconstruit les murs de Jérusalem et on transcrit la Loi dans les livres. D’où l’importance de cette lecture publique du scribe (c’est à dire de l’écrivain) Esdras. La parole échangée, humaine se met par écrit. Voilà un beau mouvement très caractéristique de notre foi. « Elle est vivante, la parole de Dieu » s’exclame la lettre aux Hébreux. Le Christ, lui-même est ce Verbe fait chair qui prend vie dans chaque lecture de l’Evangile. D’ailleurs avez-vous remarqué que tout de suite vous venez de répondre à « acclamons la Parole de Dieu : Louange à Toi Seigneur Jésus ». A la lecture d’Esdras, la foule se prosterna devant le Seigneur. Ce livre de l’Evangile, ce livre de la Bible n’est pas un livre ordinaire car à sa lecture, Dieu se rend présent d’où la beauté d’un évangéliaire, d’où les encensements (on encense que Dieu, présent sous différentes formes). Nos frères juifs par exemple font très attention à leur Bible. Ils sont offusqués par exemple de voir un Bible posée par terre. Une prière de la liturgie juste avant le lecture de l’Evangile dit ceci : « accueillons la Parole de Dieu : ce n’est pas une parole humaine, c’est vraiment Dieu qui nous parle. » Peut être nous faut-il refaire un acte de foi pour reconnaître cela. Oui, dans la lecture de l’Evangile, ce n’est pas le P. Olivier qui vous a parlé, mais bien Dieu lui-même. Chaque dimanche, au moins, chaque jour, si vous le souhaitez, Il vous adresse un message personnel, particulier, qui ne sera pas celui de votre voisin ou votre voisine de banc. Voilà pourquoi je suis attaché, avec l’Eglise, à ce que, pendant la messe, et si nous le pouvons, nous écoutions la Parole de Dieu plutôt que nous la lisions. Quand quelqu’un me parle, j’évite de lire mon journal… Vous voyez que cela est profond.

Le Concile Vatican II, parmi ses nombreuses préoccupations,  a écrit un de ces textes les plus importants sur l’Ecriture Sainte et la Tradition. Il s’appelle de deux mots latins que vous allez tout de suite traduire : Dei Verbum, le Verbe de Dieu, constitution sur la Révélation divine, sur la manière dont Dieu veut se dire aux hommes « afin que » écrit le texte du Concile « en entendant l’annonce du salut, le monde entier y croie, qu’en croyant il espère, qu’en espérant il aime ». C’est ce texte justement que notre évêque nous invite à découvrir cette année. Pour cela, il a demandé aux séminaristes de Rennes, de nous préparer un petit livret contenant le texte, quelques questions. Certains d’entre vous l’ont déjà. D’autres pourront le demander au presbytère. Et je vais proposer que durant le carême qui vient nous marquions cette année de la Foi par la lecture de la Bible et du texte Dei Verbum du Concile Vatican II. J’en préciserai les modalités bientôt.

Nous devons être une paroisse nourrie quotidiennement par le goût de l’Ecriture, par sa lecture. Mgr James, évêque de Nantes,  convaincu de l’importance de la Parole, demandait dans son homélie de Noël que les enfants du catéchisme apprennent par cœur des psaumes. Que ces textes soient dans leur cœur ! A la Maison Charles de Foucauld, nous proposions la lecture continue de la Bible. C’est à dire qu’à raison d’une heure et demie par jour de lecture, ils devaient avoir lu toute la Bible pendant l’année universitaire. Quelle belle chose alors de voir ces jeunes adultes intérioriser petit à petit tous ces textes bibliques et être capable de les citer spontanément dans les occasions de la vie courante. A nouveau la Parole prenait chair. « Elle est vivante, la Parole de Dieu ».

Nous avons une grande chance aujourd’hui : nous avons  avoir ces textes à portée de main ou de clic sur internet si l’on préfère. Je connais plusieurs personnes qui se sont abonnés à l’évangile au quotidien et qui en allumant leur ordinateur chaque matin lise et médite les textes du jour. Oui, nous ne pouvons ignorer l’Ecriture Sainte. « Ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ »s’exclame un chrétien des premiers siècles.

Oui Frères et Sœurs,
En rentrant tout à l’heure, demain, au calme… relisons l’Evangile de ce dimanche. Et demandons-nous : Quel message le Seigneur a t-il voulu me donner aujourd’hui ? Pour moi ? Pour ma vie ? Oui, en rentrant chez vous : relevez votre messagerie divine car vous avez un nouveau message !

Amen !

dimanche 13 janvier 2013

Faites le plongeon


Homélie Baptême du Seigneur 2013

Frères et Sœurs,

Dans quelques instants, nous allons baptisés Ambroise. Que va t-il se passer ? Après avoir accueilli sa famille, après avoir entendu la Parole de Dieu comme nous venons de le faire, nous nous placerons devant la cuve baptismale, symboliquement placé au l’entrée de l’église, puis après avoir renoncé au mal et proclamé la foi de l’Eglise, Ambroise recevra l’eau sur son front, cette eau qui donne la vie, qui nous fait vivre et inaugure aussi la vie chrétienne. Ce geste, moment clé du baptême, n’est pas nouveau. Et nous comprenons bien, à entendre l’évangile de ce jour, que déjà Jean le Baptiste utilisait le même geste dans le Jourdain pour signifier la conversion, le changement de vie. En plongeant dans l’eau si précieuse de ce fleuve, les femmes et les hommes qui l’avaient suivi au désert se lavaient tout simplement, enlevaient toute la poussière qu’ils avaient accumulée sur le chemin. Ils ressortaient comme des femmes et des hommes nouveaux, lavés, purifiés. Ce geste tout simple, tout ordinaire, que nous vivons chaque jour aujourd’hui, est donc symbolique de la réalité essentiel du baptême : la victoire de la vie sur la mort et le péché. Comme le Christ est mort et ressuscité, le baptême nous plonge dans cette mort (si nous restons sous l’eau, c’est ce qui risque de nous arriver) et nous ouvre à cette vie en Dieu. L’Eglise aime aussi parler d’une nouvelle naissance : à notre baptême, nous naissons de l’eau et de l’Esprit, car « « Moi, je vous baptise avec de l’eau, dit Jean Baptiste ; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi… Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu. ».
Voilà quelques minutes déjà que je vous entretiens de ce geste tout simple. Si au moment du baptême, une personne ignorant tout de la religion entrait dans cette église, elle aurait pu dire : « Quoi ? Le baptême : ce n’est que ça ? » Oui, ce n’est que ça… Et en même temps, c’est tout ça. Recevoir de l’eau sur son front un jour de sa vie opère un changement radical dans la personne qui le vit. Ce n’est pas impressionnant. Ce n’est pas aussi étonnant que dans l’Evangile lors du baptême de Jésus. Mais nous ne sommes pas plus grands que le maître ! Mais c’est la profondeur de notre être qui est associée de manière définitive et indélébile à l’amour de Dieu. « C’est toi mon fils, ma fille bien aimée » redit Dieu à chaque baptême.
Que devons-nous en retirer ? Je voudrais aujourd’hui dégager deux points avec vous.
Le premier est de nous rendre compte de la force des gestes dans la liturgie. Ce qui est valable dans le baptême comme lors de la messe. Bien sûr, nous sommes peut-être, par notre culture plus attentifs, à ce qui est dit, aux paroles. Pourtant les gestes sont aussi expressifs. Ils disent des choses profondes si nous acceptons d’y réfléchir un peu. Ils le disent sans qu’il soit besoin d’y ajouter nécessairement des paroles. Sinon cela veut dire qu’ils sont mal faits ! Si nous sommes acteurs de la liturgie, d’une manière ou d’une autre, ne négligeons pas l’importance de notre rôle et de la manière dont nous l’accomplissons. Je m’applique cette règle à moi-même en tout premier lieu et suis ouvert à vos remarques, si elles restent gentilles !

Le second point est que tout baptême célébré, comme cette fête du baptême du Seigneur, doit nous replonger dans notre propre baptême. C’est bien pour cela que nos crèches, en cette année de la Foi, sont autour des baptistères. Notre baptême, c’était loin et sans doute n’en n’avons plus aucun souvenir hormis qq photos. Et pourtant, il doit orienter notre vie chaque jour ! Un célèbre dominicain a écrit un bel ouvrage sur le sujet en invitant ces lecteurs à « faire le plongeon ». Oui, frères et sœurs, faites le plongeon. Baignez vous à nouveau dans la fontaine de renaissance ! Entendons la question que Jean-Paul II avait posé à notre pays lors de sa première visite en France en 1981 : « France, fille ainée de l’Eglise, qu’as-tu fait de ton baptême ? ». Et si cette question est posée à plus large que nous, peut être à ceux qui nous dirigent et qui semblent ignorer les indéniables racines chrétiennes de notre pays, elle est d’abord pour chacun d’entre nous. Si nous, chrétiens, ne sommes pas témoins et fidèles à notre baptême : qui le sera ? Fr. Timothy Radcliffe écrit :
« Le baptême est peut être un acte rituel bref et ordinaire mais –voilà l’amour qui fait de nous de solides enfants de Dieu auxquels est confié l’avenir… Si nous saisissons la beauté de ce sacrement, l’Eglise se développera et sera forte pour proposer la Bonne Nouvelle à notre monde, qui, même s’il ne le sait pas, à faim de cet amour. »

Frères et Sœurs,
Aujourd’hui avec Raphaël baptisé hier à Rothéneuf, avec Ambroise qui sera dans un instant, osons faire le plongeon. Faisons le pèlerinage au baptistère de notre baptême. Venons y redire notre foi, notre souhait toujours vivant de vivre de cette foi, de continuer à progresser que nous ayons été baptisé il y a un an, 10 ans,  30, 50 ou 75 ans plus tôt !

Oui, Seigneur, nous croyons… Fais grandir en nous la foi.

Amen !

samedi 5 janvier 2013

Debout ou à genoux ?




Homélie Epiphanie 2013

Frères et Sœurs,

Lorsque j’étais moniteur de voile, nous aimions faire une petite blague aux jeunes apprentis barreur en leur donnant très sérieusement l’ordre de pousser la barre vers lui. Or si vous réfléchissez c’est un ordre contradictoire car soit il poussait la barre, soit il la ramenait vers lui mais il était impossible de faire les deux en même temps. Cela donnait l’occasion de tester à la fois la qualité du barreur et son sens de l’humour ! 

Je vous raconte cette histoire car c’est un peu ce que nous demande les textes de ce jour : Isaïe dans la première lecture débutait par cette invitation « Debout ! Jérusalem ». St Irénée de Lyon écrivait d’ailleurs au IIé siècle : « la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant. La vie de l’homme c’est de contempler Dieu » ; que l’on pourrait traduire : la gloire de Dieu : c’est l’homme debout. Et c’est bien pour cela que selon les prières et les parties de la messe, nous sommes souvent debout, une posture qui signifie l’homme en prière devant son Dieu.

Mais dans l’évangile, Saint Matthieu, nous présente l’arrivée des Mages à la crèche, après une longue route ainsi : « ils virent l’enfant avec Marie, sa mère ; et tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui. ». Leur réaction d’instinct devant ce bébé dans l’humilité de sa naissance est de se mettre à genoux, reconnaissant ainsi implicitement la présence divine.

Alors que faut-il faire ? Nous mettre à genoux comme les mages ou debout comme St Irénée ? Sans doute, et bien que je ne sois pas normand, ne faut-il pas choisir entre ces deux attitudes de la vie spirituelle, ces deux attitudes du chrétien. L’une, être à genoux, correspond bien au mystère de Noël, de l’abaissement : Comme Dieu qui se fait petit enfant, l’homme s’abaisse devant son sauveur. Ceux qui ont eu la chance d’aller à Bethleem savent que pour pénétrer dans la basilique de la Nativité, il n’y a qu’une toute petite porte, très basse, d’1m20, dite porte de l’humilité qui oblige tout pèlerin, aussi prestigieux soit-il à baisser la tête. Ce geste de se mettre à genoux n’est pas toujours simple à faire. Je connais de jeunes séminaristes à qui il a fallu plusieurs mois avant d’être capable de se mettre à genoux dans la chapelle. Et puisque ce geste a, pendant toute une période, disparu de la liturgie, nous n’y sommes plus très habitués. Quand me suis-je mis à genoux pour la dernière fois ? Dans quelle circonstance ? Il se peut bien sûr que je ne puisse plus le faire pour des raisons de santé. Mais le geste intérieur est encore et toujours possible. Se prosterner devant Jésus le Christ. Reconnaître ainsi ce qu’il est : à la fois vrai Dieu et vrai Homme. Je crois l’avoir déjà fait mais je renouvelle l’invitation. Vous mettre devant la crèche, ici à l’église ou chez vous, à genoux, quelques instants dans le silence de la prière. On peut répéter la petite phrase toute simple de la prière du cœur de nos frères orthodoxes : « Jésus Christ, Fils du Dieu sauveur, aie pitié de moi pécheur » ou une autre qui m’ira mieux. Je crois vraiment qu’il ne faut pas négliger la dimension corporelle de notre vie spirituelle. Se mettre à genoux devant Dieu comme l’on peut se mettre à genoux devant notre frère ou sœur souffrant ou ayant un handicap. Au plus faible de l’humanité se trouve la présence de Dieu. Dans la faiblesse du nouveau-né de Noël, Dieu est là. Dans la mince hostie consacrée, tout à l’heure, Dieu sera là. Dans un monde où l’homme a souvent tendance à se sentir tout-puissant, et donc à se passer de Dieu, il nous faut peut être réapprendre à nous mettre à genoux devant le Christ. Et d’adord tout simplement lorsque nous passons devant le Saint Sacrement dans une église.

Mais nous ne pouvons pas rester éternellement à genoux, bien sûr. Nous avons aussi à être des hommes et des femmes debout. Ce geste est plus manifeste de l’attitude de Pâques, signe de résurrection. D’ailleurs la liturgie antique invitait à limiter le plus possible les génuflexions durant le temps pascal. Et celui qui veut annoncer la Bonne Nouvelle ne peut rester assis. Les mages d’ailleurs, ayant offerts leurs présents, repartent vers leurs pays, par un autre chemin, précise l’évangéliste. Ainsi par nos gestes, nous sommes invités à avoir à chaque instant la bonne attitude devant Dieu. Saint Ignace de Loyola, grand maître spirituel, invite à prier dans la position la plus favorable pour celui qui se livre aux exercices spirituels. Ce qui serait nuisible, me semble t-il, c’est d’abuser d’une seule position : se sentir toujours au dessous comme se sentir toujours au dessus ne paraît pas très juste. Avoir à la fois une belle humilité et en même temps reconnaître en nous le chef d’œuvre de la grâce de Dieu, voilà ce que nous devons savoir faire. Puissent les mages être nos maîtres aujourd’hui, et à leur suite allons nous présenter à Jésus, lui offrirent notre vie, ce don précieux qu’il nous a fait.

Permettez moi de finir avec la magnifique prière de Charles de Foucauld. Lorsque j’étais à la Maison Charles de Foucauld, nous l’avons mis en musique. Je vais donc vous la chantez.

Mon Père,

Je m'abandonne à toi,
fais de moi ce qu'il te plaira.
Quoi que tu fasses de moi,
je te remercie.
Je suis prêt à tout, j'accepte tout.
Pourvu que ta volonté
se fasse en moi, en toutes tes créatures,
je ne désire rien d'autre, mon Dieu.
Je remets mon âme entre tes mains.
Je te la donne, mon Dieu,
avec tout l'amour de mon cœur,
parce que je t'aime,
et que ce m'est un besoin d'amour
de me donner,
de me remettre entre tes mains, sans mesure,
avec une infinie confiance,
car tu es mon Père.