mardi 23 avril 2013

Nous sommes "uns"


Homélie 4é dimanche de Pâques

Frères et Sœurs,

« Le sabbat suivant, presque toute la ville se rassembla pour entendre la Parole du Seigneur » écrit Luc dans les Actes des Apôtres. « Moi, Jean, j’ai vu une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer ». En lisant ces lignes des 2 lectures de ce dimanche, je ne peux m’empêcher de penser à l’expérience que nous avons vécue dimanche dernier. Presque toute la ville s’est rassemblée sous le chapiteau de Keriadenn, à qq centaines de m. d’ici, pour célébrer le Christ ressuscité. Nous fumes très nombreux à avoir jouer le jeu et le chapiteau était plein. Les chorales et tous les acteurs de la liturgie de toutes les paroisses du doyenné d’Alet ont donné le meilleur d’eux-mêmes, contribuant ainsi à la pleine réussite de ce temps fort. Et depuis, pas un jour, presque pas une heure, sans que je croise le regard pétillant de joie d’un paroissien qui me dit sa joie radieuse d’y avoir participer. Et qui ajoute souvent son envie de renouveler l’expérience. Que s’est-il passé dimanche d’extraordinaire ? Rien, ai-je envie de répondre. Nous avons simplement célébré la messe dominicale, certes dans un cadre un peu original ; et certes dans une dimension un peu supérieure à l’ordinaire. Mais, je ne crois pas que c’était parce qu’il y avait plus d’hosties à consacrer que la messe a eu autant d’effet. Non. Je crois déceler une partie de la réponse dans ce que Jésus dit de Lui et son Père dans l’évangile. « Le Père et moi, nous sommes UN ». Il y a en Dieu, Père, Fils et Esprit, une unité extraordinaire qui fait que nous croyons en un seul Dieu en trois personnes. Cela afin que nous soyons « un » nous aussi. Ce que nous avons expérimenté dimanche dernier, c’est rien de moins que cette unité. Cette unité des enfants de Dieu. Dimanche, nous n’étions de Paramé, de Saint Servan ou de Rocabey. Nous étions du Christ. Voilà le message étonnant de Paul et Barnabé aux habitants d’Antioche : la Bonne Nouvelle a été annoncée aux païens tout autant qu’aux juifs, premiers destinataires de la Parole divine. Après des hésitations et bien des discussions dont l’Ecriture se fait l’écho, les apôtres ont osé faire exploser les barrières, ils ont osé traverser les frontières de leurs traditions pour se tourner vers les païens. « En entendant cela, les païens étaient dans la joie et rendaient gloire à la Parole du Seigneur ; tous ceux que Dieu avait préparés pour la vie éternelle devinrent croyants ». Oui, le signe de l’unité trouvée et vécue est la joie. Il y a donc un véritable enjeu à ce que nous travaillons à l’unité de nos communautés. C’est à dire au fait que cette unité soit visible. Qu’un extra-terrestre débarquant ici  maintenant se demande : « mais qu’est-ce qui réunit tous ces hommes, ces femmes, ces enfants, ces jeunes dans cette église ? ». Pourquoi, ne font-ils pas comme les autres qui passent leur temps à se jalouser, se chamailler voir se disputer plus gravement voir dramatiquement ? Ce qui étonnent toujours les policiers et les forces de sécurité des pays visités par les JMJ, c’est le peu d’incidents qui émaillent ces rencontres pourtant gigantesques. Car ce qui rassemble est alors plus fort, beaucoup plus fort que ce qui peut diviser. Nous ne sommes pas aux JMJ. Nous ne sommes pas de tous les pays sur la planète. Mais nous avons nos différences. Et l’Esprit du Christ nous invite à les accepter, à les surmonter pour faire de nous des frères et des sœurs en Christ, le Bon Pasteur. Que l’élan donné dimanche ne soit pas un feu de paille qui va vite s’évanouir. Mais au contraire qu’il nous renforce dans la volonté d’être une communauté chrétienne, signe au milieu du monde. Signe de contradiction sans doute. Signe de paix dans un monde de chaos. Signe d’amour dans un monde qui la galvaude tant. « Lumière des nations, pour que par nous le salut parvienne aux extrémités de la terre ».

Amen.  

samedi 13 avril 2013

le secret de la foi !


Homélie 3é dimanche de Pâques : le secret de la foi !
Rassemblement de l'Année de la Foi du doyenné d'Alet à Keriadenn - 14 avril 2013

Frères et Sœurs,

Puisque nous sommes entre nous ce matin, en petit comité, j’ai décidé de vous révéler un grand secret, un secret utile en plus : le secret de la Foi. Car bien souvent, on se demande comment la Foi arrive. Pourquoi untel en est un modèle impressionnant et tel autre un mécréant total ? Pourquoi votre fils que vous avez élevé de votre mieux dans la Foi ne fait pas baptiser ces enfants aujourd’hui ? Pourquoi ce jeune lycéen vivant dans une famille sans religion demande le baptême et fait un extraordinaire chemin de foi ? Comment la Foi nait-elle, se développe t-elle, se renforce t-elle dans le cœur d’un enfant, d’un jeune ou d’un adulte ? La réponse peut valoir le coup non ? Surtout en ce rassemblement que nous avons voulu au cœur de l’Année de la Foi.

Pour trouver une réponse à ces questions, prenons justement un exemple. Un homme qui avait totalement perdu la foi et va la retrouver de manière remarquable. Vous permettrez que je parle d’un bon ami à moi : Charles de Foucauld. Si vous le connaissez un peu, vous ne pourrez pas nier qu’il est devenu un de nos grands génies français de la Foi, notre compatriote F.R. de Chateaubriand aurait dit « génie du christianisme ». L’Eglise nous le propose d’ailleurs comme bienheureux. Et pourtant l’histoire avait plutôt mal commencée. Après son baptême et son enfance, il a tout oublié et engagé dans l’armée, mène une vie passablement dissolue. Il en démissionne et décide alors d’aller explorer le Maroc. A l’époque, il était interdit aux étrangers de s’y rendre. Il va donc se déguiser en juif pour réussir son exploration. C’est alors qu’un premier choc se fera au contact de ce peuple musulman très religieux. Lui le catholique déguisé en juif va être troublé par la foi musulmane. « L'Islam a produit en moi un profond bouleversement. La vue de cette foi, de ces âmes vivant dans la continuelle présence de Dieu, m'a fait entrevoir quelque chose de plus grand et de plus vrai que les occupations mondaines » écrit-il. De retour à Paris, il en parle à sa confidente et cousine Marie de Bondy qui l’envoie rencontrer un des grands spirituels de l’époque, l’abbé Huvelin. Alors que Charles arrive plein de questions, ce dernier lui demande de se mettre à genoux, de se confesser et de communier avant de répondre à toutes ses questions. L’abbé Huvelin a vu juste. Plutôt que d’entamer une discussion, il le fait rencontrer d’abord le Christ dans le sacrement du pardon et dans son Eucharistie. A cette âme perdue, il propose le contact direct avec le Christ présent. Et le Petit Frère Universel ne pourra plus revenir en arrière :
« Aussitôt que je crus qu'il y avait un Dieu, je compris que je ne pouvais faire autrement que de ne vivre que pour Lui. » dira t-il alors.

Et voilà notre secret ici dévoilé. Frère Charles ne pourra plus se passer de Jésus, s’abandonnant chaque jour un peu plus au Père du Ciel. Qu’est-ce qui l’a fait revenir à la Foi ? Pas des livres, pas un raisonnement scientifique, pas des vagues sentiments romantiques ou une spiritualité fumeuse. Non ! Une rencontre : la Rencontre. Avec des hommes de foi d’abord. Mais surtout avec le Christ. « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? ». Exactement la même rencontre que celle de Pierre dans l’Évangile de ce matin. Pierre, qui au moment critique du procès de Jésus, n’avait pas hésité par trois fois à le renier. Pour aller au delà de cette triple trahison, Jésus lui a posé par 3 fois la question : « Pierre, m’aimes-tu ? » Vas-tu être fidèle à mon premier appel ? Ta foi qui a un temps vacillée va t-elle retrouver le chemin de la confiance ? Oui, chers amis, pour Pierre, pour Charles ou pour nous aujourd’hui, pas d’autres moyens de trouver et de faire grandir la foi que de rencontrer le Christ et de l’entendre alors nous demander : « M’aimes-tu ? ». Notez bien que la question n’est pas : « t’intéresses-tu à moi ? » Mais bien « M’aimes tu ? M’aimes tu plus que ceux-ci ? ». Osons entendre le Christ nous poser la question « Et toi, m’aimes-tu ? ». Osons y répondre sérieusement. Avec la gravité et la peine de Saint Pierre. « Seigneur, tu sais tout. Tu sais bien que je t’aime ». Cette réponse donnée permet à celui qui la prononce de faire de grandes choses. C’est la pêche miraculeuse. A qui fait confiance au Christ et jette encore le filet après une nuit sans rien prendre, Dieu le remplit à plein, Dieu donne en abondance. Il change la vie et remplit de ses dons, de ses grâces. 

 Aux apôtres, emprisonnés, jugés, fouettés, l’auteur des Actes des Apôtres nous rapporte qu’ils « repartaient tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus. ». N’est-ce pas un don de la foi cela ? Les Apôtres avaient rencontré le Christ ressuscité, plus rien ne leur faisait peur. Leur force était en Lui, qui avait vaincu la mort, la ténèbre la plus profonde.
Nous vivons dans un monde où dire sa foi au Christ n’est pas facile. Je pense à ces fiancés rencontrés récemment qui m’ont dit retourner à la messe depuis leur préparation mais qui pensent ne pas pouvoir la célébrer lors de leur mariage en fonction de leurs invités peu croyants. Oui, c’est dur d’être témoins de la Rencontre. Et pourtant qui d’autres que nous le fera ? « Quant à nous, nous sommes les témoins de tout cela, avec l’Esprit Saint, que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent. » Comme les Apôtres d’hier, Dieu nous a choisi pour porter au monde sa Bonne Nouvelle. « Que mon cœur ne se taise pas » chantait le psalmiste. Oui, le cœur qui a rencontré le Christ ne peut se taire. Ou alors il ne l’a pas rencontré vraiment ! « Quand Simon-Pierre l’entendit déclarer que c’était le Seigneur, il passa un vêtement, et il se jeta à l’eau. »

Frères et Sœurs,
Maintenant, il faut nous jeter à l’eau, nous aussi. Ce matin, nous avons fait un bel effort pour nous retrouver tous ici et célébrer ensemble dans la joie le Christ ressuscité. Nous avons osé quitter nos églises, aussi belles et attachantes soit-elles, pour nous rassembler. Car il est passé le temps où la peur tenait les apôtres enfermés au Cénacle. Il est passé le temps où chacun se recroquevillait jalousement sur son clocher. Il nous faut sortir, aller au grand large, « aux périphéries » dit le Pape François. « On a parlé d’évangélisation. C’est la raison d’être de l’Église, « la douce et réconfortante joie d’évangéliser » de Paul VI. C’est Jésus-Christ lui-même qui, de l’intérieur de nous-mêmes, nous pousse. L’Église est appelée à sortir d’elle-même et à aller vers les périphéries. » En sortant de cette célébration, j’espère que nous dirons comme les disciples d’Emmaüs au soir de Pâques, « notre cœur n’était-il pas brûlant alors qu’il nous parlait et nous partageait le pain ? ». Dans cette assemblée, dans la Parole et le Pain partagé, nous rencontrons le Christ vivant. Il faut dire au monde cette nouvelle. Le Pape François a été clair : « Nous pouvons marcher comme nous voulons, nous pouvons édifier de nombreuses choses, mais si nous ne confessons pas Jésus Christ, cela ne va pas. Nous deviendrons une ONG humanitaire, mais non l’Église, Épouse du Seigneur. Quand on ne marche pas, on s’arrête. Quand on n’édifie pas sur les pierres qu’est ce qui arrive ? Il arrive ce qui arrive aux enfants sur la plage quand ils font des châteaux de sable, tout s’écroule, c’est sans consistance. » Maintenant que nous en avons le secret, ayons donc une foi consistante, fondée sur l’amour indéfectible de Dieu pour chacun d’entre nous. Et soyons sans cesse témoins de cet amour, serviteurs de la charité, de la fraternité pour bâtir une Eglise nouvelle, pour participer à bâtir un monde nouveau, la « civilisation de l’amour ».

Amen !