lundi 23 mars 2015

Graines de Saints !

Homélie en la fête patronale de la Paroisse Saint Patrick d'Alet

Aujourd’hui, nous fêtons le saint patron de notre paroisse : Saint Patrick… ce moine irlandais du 5é siècle (né vers 385 et mort en 461). De lui, c’est surtout la légende qui nous dit ce qu’il aurait pu faire. Certainement, il a évangélisé l’Irlande… Mais il est aussi venu en Gaule de l’époque, notamment à l’abbaye de Lérins au large de Toulon. Une belle vie pleine du Christ ! Fêter le Saint Patron de notre paroisse, c’est nous rappeler que notre paroisse est appelée à la sainteté. Et donc que nous sommes tous appelés à la sainteté. Je sais que quand je dis cela, vous pensez… Mon voisin oui… mais pas moi. Pas capable ! Erreur. Votre voisin : c’est son problème. Mais la sainteté : c’est votre problème. Mais avec ce genre de saint comme Patrick, et même d’autre plus célèbres comme St François d’Assise par exemple, nous pouvons penser que la sainteté : c’est loin. C’était autrefois. Au Moyen-âge. En Irlande ou en Italie. Mais pas aujourd’hui, à St Malo, à Paramé, St ideuc ou Rothéneuf. Non pas possible. Je voudrai maintenant vous montrez le contraire. Pour cela, je vais vous raconter une histoire. Et au cours de cette histoire, je vous demanderai parfois de vous lever selon mes indications. Ecoutez et vous comprendrez.

Cette histoire, c’est celle de Marcel. Ce n’est pas une histoire inventée. Elle est vraie en totalité. Faisons un essai. Y’ a t-il des Marcel parmi vous ? Que les Marcel se lèvent. Merci. Marcel est né à Rennes le 6 décembre 1921. Il est le cadet d'une famille de 9 enfants. Il va être baptisé à la Basilique ND de Bonne Nouvelle, vous savez celle qui a des fissures ! Il entre en apprentissage à 12 ans chez un typographe à Rennes. Il est ouvrier. Il adhère à la croisade eucharistique, (actuellement intitulée MEJ) obéissant à la devise : « Prie, communie, sacrifie-toi, sois apôtre » et entre chez les scouts. Plus tard, il quitte le scoutisme à regret, pour entrer à la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) où il tient à privilégier la vie spirituelle comme source de toute action, dans un monde ouvrier très déchristianisé à cette époque. Devenu président de la section, il se dépense sans mesure pour assumer toutes sortes de responsabilités.
Toutefois ses proches témoignent que son caractère était très affirmé, qu'il pouvait être entêté et qu'il voulait toujours avoir raison.
Marcel Callo se fiance avec une jeune fille appartenant à ce mouvement.
L'armistice de 1940 amène un grand tournant: les activités des associations sont officiellement interdites et les sections doivent agir dans la clandestinité ; on parle alors de « JOC des catacombes ».
Au lendemain du bombardement de Rennes, le 8 mars 1943, tandis que sa sœur Marie-Madeleine mourait sous les bombes, il reçoit l'ordre de partir en Allemagne au titre du Service du travail obligatoire. Il partit le 19/3/43 pour Zella Mehlis en Thuringe. Il continua l'action catholique de façon clandestine, n'hésitant pas à prendre des responsabilités et à participer à des activités interdites : réunions, récollections en des lieux différents réunissant des responsables jocistes de villes différentes, messes interdites...Seule organisation catholique clandestine au sein des Travailleurs forcés, la Jeunesse Catholique Ouvrière permit aux militants de divers mouvements d'action catholique venus de France de continuer leur pratique catholique en cachette, alors que le clergé allemand avait reçu l'interdiction de les assister religieusement.
Marcel entraîna alors avec lui d'autres camarades français, guère familiers de la fréquentation de l'église. Il se comporta « en missionnaire, pour aider ses frères jocistes ». Un groupe chaleureux se forma ainsi autour de lui. Il fut arrêté le 19/4/44 par la Gestapo.
Transféré le 27/4/44 à la prison de Gotha, il signa avec dix autres responsables jocistes, dont leur aumônier, le motif de condamnation suivant : " Par son action catholique auprès de ses camarades du Service du Travail obligatoire, a été un danger pour l'Etat et le peuple allemands".
Début Août, il fut réuni avec onze de ses camarades arrêtés pour action catholique dans une grande cellule que l'un d'eux dénomma "la chambre haute". Ils prièrent ensemble devant une croix tressée avec des fleurs d'immortelles. Le 6 octobre 1944, ils partirent pour Flossenbürg, où ils furent immatriculés à l'entrée avec les numéros à la suite 28901 à 28910. Il fut transféré vers le 20 octobre à Mauthausen-Gusen II.
Là, il souffrit la faim et la soif, fut battu, travaillant dans l'usine souterraine B8 Bergkristall à St. Georgen/Gusen. Bientôt, à bout de force, il fut envoyé comme trois mille autres de Gusen II pour mourir à l'infirmerie aux portes de Mauthausen, à deux pas du four crématoire. Il y mourut d'épuisement, miné par la dysenterie, le 19 mars 1945. Jeudi nous avons célébré à Rennes, le 70é anniversaire de son départ au ciel.
Le colonel Tibodo, qui avait vu mourir des milliers de prisonniers, témoigna au procès de béatification de Marcel avec ces mots : " Je n'ai jamais vu chez un moribond un regard comme le sien ". Lors du Synode des Laïcs à Rome, le 4 octobre 1987Jean-Paul II béatifiait Marcel Callo. Lors d'une rencontre à Strasbourg le 8 octobre 1988 avec des jeunes Européens, le pape Jean-Paul II a donné Marcel Callo comme modèle à la jeunesse d'Europe (avec l'Allemand Karl Leisner).
Si je vous ai raconté cette histoire et si je vous ai fait faire un peu de sport ce matin dans l’homélie, c’est pour vous montrer que la sainteté n’est pas loin de nous. Marcel, j’aurai presque pu le rencontrer. Et j’ai rencontré plusieurs fois son frère Jean, un ami, qui était prêtre. Parmi vous, plusieurs se sont levés, montrant que pour être saint, il suffit parfois d’avoir été scout ou d’avoir une belle fiancée ! Tous les saints ne sont pas évêques ou papes ! Chers amis, comme j’aimerai avoir une paroisse de saintes et de saints ! Vous êtes ces saintes et saints de demain ! « Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple, dit le Seigneur. Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur. » Etre saint, c’est justement obéir à la loi du cœur ! C’est vivre son Carême, non pas comme une obligation à respecter sinon « panpan cucu » ! Mais c’est répondre à l’amour infini de Dieu pour nous en aimant nous même infiniment ceux qui nous entourent. Pour cela, Jérémie écrit que Dieu nous prend par la main. Il nous guide, nous montre le chemin de la sainteté au quotidien. La multitude de Saints qui nous précèdent nous guide eux aussi. Ce matin, nous avons rencontré Patrick, Marcel. Mais vous en connaissez plein d’autres. Notre petite Jeanne Jugan ou Amélie Fristel aussi. Etc…que sais-je ! Faites-vous des saints vos amis, vos compagnons de route vers la sainteté. Personne n’est exclu. Jésus l’a dit : « quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. »  Nous devons semer dans ce monde des graines de sainteté. Peut être sont-elles toutes petites, comme la graine de moutarde. Mais elle fait un bel arbre au printemps ! Peut être sont-elles invisibles car bien enterrées. « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. »  Saint Patrick, le Bx Marcel Callo et tant d’autres ont semé. Aujourd’hui, c’est à notre tour de semer pour demain. Pour être et rester une Eglise de Saints, une paroisse de saints.