lundi 24 décembre 2018

La nuit de l'émerveillement. Noël 2018


Homélie Noël 2018

Frères et Sœurs,

Il y a quelques années, il m’a été demandé d’accompagner un groupe d’adolescents en camp d’été en Irlande. De vrais ados, difficiles à satisfaire. Souvent branchés sur leur téléphone et casque à l’oreille. En plus, en Irlande, les lieux les plus caractéristiques, hormis les pubs, interdits aux mineurs, sont ces sublimes paysages, cette nature alliant campagne verdoyante et côte maritime si sauvage. Autant dire : tout ce qui plait à des ados, en somme ! Aussi lorsque nous leur avons proposé un après-midi ballade le long de la mer, l’enthousiasme a été plus que modéré. Et sur place, nous avons eu, avec les animateurs, l’audace encore plus folle de leur demander de se « débrancher » pendant trente minutes et d’aller profiter des lieux en silence et seul. Quelle idée bizarre… et qui pourtant fut une totale réussite. Les premiers bavardages et rigolades passés, chacun s’est installé face à la mer devant cette étendue sauvage… Et lorsque nous avons sonné la fin de l’exercice, personne ne voulait s’arrêter. « Ha, non, M’sieur, c’est trop beau ici ! » Oui, truc de ouf, ces ados avaient redécouverts qu’ils avaient des yeux… et donc une capacité à s’émerveiller ! Ils ont été saisis par la beauté des lieux, le calme, la quiétude de ces falaises en bord de mer. Et ce soir, devant la crèche, je voudrais que nous fassions aussi la même expérience. Devant ce petit bébé qui est « conseiller-merveilleux, Dieu-fort, Père-à-jamais, Prince de la Paix », je voudrais que tous, nous retrouvions la capacité à nous émerveiller. A ouvrir les yeux car voici la vraie Lumière qui vient éclairer toutes les nuits de l’humanité. Si nous savons le reconnaître. S’émerveiller, comme les enfants, les centaines d’enfants des écoles que j’ai vu passer devant les crèches de nos églises avant Noël. Certains étaient déçus : « ha c’est que ça ! ». D’autres se laissaient distraire par les à-côtés : « Oh, t’as vu les moutons ! ». Mais leurs yeux brillaient quand même. Car dans la simplicité de cette scène, dans le dépouillement de cette naissance, dans une étable - pas un cinq étoiles, leurs cœurs d’enfants ont su reconnaître l’immense nouvelle d’un Dieu qui se fait homme. L’immense joie d’un amour qui se donne à chacun de nous aujourd’hui.

Connaissez-vous le miracle de Noël qui a eu lieu à Alençon en 1886 ? Celui de la petite fille qui pleurait tout le temps ? Thérèse… qui deviendra plus tard Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face, Thérèse de Lisieux. 10 ans plus tôt, elle a perdu sa maman. Et depuis, elle est triste, renfermée, pleure pour un rien. Jusqu’à ce 25 décembre 1886, où, revenant de la messe de Noël, alors que toute la famille est très attentionnée pour que Thérèse ne pleure pas, elle va être transformée. Elle retrouve la joie… Et ne pleure plus…jamais… Et même redonne la joie à son père. Ayant su s’émerveiller devant l’Enfant Jésus, sa venue en ce monde et sa présence à nos côtés à tous les instants de la vie, Thérèse a retrouvé la joie profonde qui ne devra jamais plus la quitter, même ensuite, lorsqu’elle sera longuement malade et alitée.

Voulez-vous vivre de cette joie, frères et sœurs ? Oui. Alors il faut s’émerveiller. Comment faire ? Voici quelques conseils simples… et peut être un exercice pratique.

1.     Prendre le temps de regarder… Dans la course de nos vies, savoir s’arrêter, faire une pause. Ainsi dans notre paroisse, nous avons aménagé un ermitage, une petite maison, prête pour cela, dans la campagne. Elle accueille qui veut pour un temps de solitude durant 24 ou 48 heures ou plus. Apprendre à perdre du temps pour en gagner.

2.     Être responsable de la beauté du monde… Si nous voulons continuer à nous émerveiller devant un beau paysage, il nous faut prendre soin de notre planète. Tous et dès maintenant. Par exemple, très simplement, ce soir, lorsque nous aurons ouverts tous nos cadeaux, mettre les papiers et les cartons dans la bonne poubelle ! Trier… C’est un bon début !

3.     Voir la beauté en tout homme. S’émerveiller de ceux qui nous entourent nous invite à regarder chacun avec sa capacité à grandir, à s’améliorer, à changer. Cela peut aller jusqu’au pardon à donner. Par-donner, c’est donner au-delà du péché, des limites humaines. Chers gendres, votre belle-mère a surement des qualités ! Si vous ne les avez pas encore trouvées, cherchez-les ! D’ailleurs, c’est ici que nous allons faire un petit exercice pratique d’émerveillement. Vous allez vous tournez vers votre voisin, lui mettre une main sur son épaule et lui dire : « Merci pour la merveille que tu es ! ».

4.     Savoir donner… Si nous aimons recevoir, il faut aussi savoir donner. Il y a eu, la semaine dernière, un bel exemple à Dol de Bretagne. Le local du Secours Catholique a brulé, emportant en fumée tous les cadeaux de Noël prévus pour les familles déshéritées. Plus rien à quelques jours de la fête. Un appel a été lancé. Et trois jours plus tard, le Secours Catholique croulait à nouveau sous les dons des dolois. Comment ne pas s’émerveiller de tant de générosité ! Nous en sommes tous capables.

Frères et Sœurs,
Ce soir, Dieu, lui aussi se donne à nous. Nous pouvons prendre l’enfant-Dieu dans nos bras, le bercer, comme le fait Marie sa mère. Il est là, tout près de nous, tout contre nous. Comment ne pas nous émerveiller de la grâce de ce mystère d’un Dieu-enfant qui vient à notre rencontre ? Croire en Dieu, ce soir, cela peut-être pour nous de renaitre à l’émerveillement devant la beauté de ce que Dieu fait pour moi, avec moi. Oui, n’ayez pas peur de vous émerveiller ce soir, demain, comme des enfants. Je vous demande une grâce : ne pas vous endormir ce soir ou demain soir sans prendre quelques secondes pour regarder votre journée… et vous émerveiller. Dire : Merci Seigneur car à tel ou tel moment aujourd’hui, c’était trop beau ! Merci pour cette merveille que tu m’as donnée !

Joyeux noël à tous !
Amen !