L’amour ouf, le cœur et le Pape François.
Il fallait que je voie ce film ! Comme près de 5 millions de français en 2024, je voulais voir le dernier film de Gilles Lellouche « l’amour ouf » avec son casting impeccable et son impact générationnel fort. Et je n’ai pas été déçu. Malgré les 2h40, l’efficacité est là, portée par une bande-son musicale des années 80 impeccable.
Ainsi en 2024, l’histoire d’amour entre une ado de bonne famille et un petit voyou peut-elle encore rassembler les foules dans les salles obscures. Les commentateurs s’étonnant même de l’engouement des jeunes pour cette histoire se déroulant dans les années baladeurs, cassettes, cabines téléphoniques à pièces… un autre monde quoi. Bien sûr, il y a de la violence. Mais alors que la gangrène de la drogue et de son trafic atteignent toutes les zones de relégation de nos villes et campagnes, il serait trop facile de fermer les yeux. Nous avons là finalement l’élément le plus contemporain du film. Pourtant, là n’est pas l’argument principal du film. Comme au temps de Roméo et Juliette ou de Cyrano et Roxane, nous sommes suivons avec émotion les amours empêchés de Jacqueline-Jacky et Clotaire. Avec cette réplique admirable de Jacky résumant bien cette relation : en amour : « bien, ce n’est pas assez ! ». Réjouissons-nous donc que jeunes ou vieux se retrouvent encore dans cette histoire d’amour des temps modernes.
Le pape François, qui ne verra sûrement pas le film, pourrait s’en réjouir. Lui qui dans sa dernière encyclique veut nous rappeler que Dieu en Jésus nous a infiniment aimé. Un message un peu basique me dirait vous. Fallait-il faire une encyclique sur le Sacré-Cœur de Jésus ? Sans doute oui, pour rappeler à notre époque techno et anxiogène que chacun de nous a un cœur. Afin que le monde, « qui survit au milieu des guerres, des déséquilibres socioéconomiques, du consumérisme et de l’utilisation antihumaine de la technologie, puisse retrouver ce qui est le plus important et le plus nécessaire : le cœur. » (n. 31). Et il ajoute : « Il faut affirmer que nous avons un cœur, que notre cœur coexiste avec les autres cœurs qui l’aident à être un “tu”. » n. 12.
Certains peuvent penser que tout cela est démodé, fleur bleue, à côté de la plaque quant « la maison brûle » et nous ne faisons rien. Qu’il est trop facile de s’enfermer dans une salle de cinéma pendant trois heures pour voir l’amour triompher alors que le mendiant à la sortie crève de notre indifférence. Et si nous acceptions de voir que tout est lié. « Qu’à l’ère de l’intelligence artificielle, nous ne pouvons pas oublier que la poésie et l’amour sont nécessaires pour sauver l’homme. » n. 20.
Dans le film, il y a une belle réflexion sur l’avenir. « Si tu as un projet, c’est mieux ! » dit Jackie à Clotaire qui ne pense pas à ça, englué dans un milieu sans horizon. L’amour va être leur projet… Au-delà de tous les obstacles. Le Pape François ne dit pas autre chose : « En aimant, la personne sent qu’elle sait pourquoi et dans quel but elle vit. Tout converge ainsi vers un état de connexion et d’harmonie. C’est pourquoi, face à son mystère personnel, la question la plus décisive que chacun peut se poser est peut-être la suivante : ai-je un cœur ? ». n.23.
Bordeaux, janvier 2025