Avez-vous bien vu le nouveau Pape ?
Homélie dimanche du Bon Pasteur, 11 mai 2025
Notre Dame des Flots, Cap Ferret.
Frères et Sœurs,
Certains parmi vous connaissent cette petite comptine : « un pape est mort. Un nouveau pape est appelé à régner. Araignée ? Pourquoi pas libellule ou papillon ? ». Refrain un peu ridicule peut être… Mais de Jacques Prévert quand même… que j’aimais bien répéter quand j’étais enfant… et que nous avons pu reprendre ces derniers jours. Jusqu’à ce jeudi soir 19h où nous avons appris que ce ne serait ni libellule, ni papillon… Mais Léon. Léon XIV. Ainsi se nomme le nouveau successeur de Pierre que nous accueillons comme notre pasteur, « nous son peuple, son troupeau ». Cet évènement a braqué pendant quelques jours l’attention de tous les médias du monde : télé, radio, journaux, sites internet. Et ce n’est pas tout à fait terminé. Car si votre curé n’est pas là ce matin, c’est pour se rendre disponible cet après-midi sur le plateau de France 3 Gironde et commenter cette élection. Ainsi les journalistes ont disséqué à longueur de pages ou d’interviews l’avant, le pendant et l’après conclave. Avec des approches plus ou moins pertinentes. Souvent maladroites et même parfois hors propos. Réjouissons-nous cependant que ce fut pour certains d’entre eux l’occasion de mettre à jour leur catéchisme ! Il me semble cependant que les journalistes n’ont pas tout vu… Et je voudrais ce matin avec vous, chausser les lunettes de la foi pour mieux comprendre ce que cette élection représente pour un chrétien. Nous le faisons à la lumière des textes de ce dimanche. Dimanche où nous sommes particulièrement invités à prier pour les vocations dans l’Église. Dimanche dit du Bon Pasteur, ce que nous souhaitons que soit le nouveau Pape Léon XIV. Quelques points donc que je voudrais mettre en valeur :
- D’abord il me semble qu’on a peu insisté sur la joie. Cette immense acclamation qui a jailli place Saint Pierre à la vision de la fumée blanche. Cette « foule immense de toutes nations, peuples et langues » comme l’écrit l’Apocalypse dont on pouvait voir les sourires, les applaudissements, l’émotion même. Joie qui a pu nous étreindre nous-même devant nos écrans lorsque nous avons vu arriver Léon XIV avec cette détermination dans sa voix, ce sourire discret sur son visage, mais aussi une réelle émotion contenue. Joie toute simple de recevoir un Pasteur pour notre Église universelle. Sans le connaître, nous l’accueillons. Nous retrouvons là une tradition de l’Église antique : pour être évêque jusqu’au Vé siècle, il fallait recevoir d’abord l’approbation du peuple, souvent ratifiée par des acclamations. J’y pense à chaque fois que l’assemblée s’autorise à applaudir lors d’une ordination. Dieu donne un pasteur à son Église, réjouissons-nous ! Je me souviens d’être dans une famille de paroissiens lors de l’élection de Benoit XVI… et que le père de famille s’est empressé d’ouvrir une bouteille de Champagne pour fêter cela. Avant d’analyser les choses de manière froide et rationnelle (et peut être d’ailleurs pas si juste) ne boudons pas notre joie ! C’est aussi elle qui accompagne la prédication des Apôtres Paul et Barnabé à Antioche : « les païens étaient dans la joie » ou à Iconium : « les disciples étaient remplis de joie » précisent le livre des Actes.
- La 2é chose que je veux souligner est une invitation à ne pas nous tromper de pasteur. Bien sûr ; Léon XIV est le Pape, le serviteur des serviteurs selon la belle expression qu’aimaient à rappeler ses prédécesseurs. Mais de Pasteur véritable, il n’y en a qu’un. Tous les textes de ce dimanche le rappellent. C’est le Christ. Que nous soyons Pape, cardinal, évêque ou prêtre, comme je le suis, nous le savons bien. Nous n’avons qu’une mission : vous rapporter sa Parole, vous nourrir de ses sacrements, rendre présent le Christ le mieux possible parmi vous. Nous devons travailler à être le plus possible transparent, malgré toutes nos limites. Vous connaissez cette expression : "Quand le sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt". Voilà le danger… Que l’on soit le pasteur, en croyant que c’est notre personne qui va briller et convertir les autres… Ou que l’on soit les chrétiens qui voit le pasteur comme Dieu lui-même. Combien de fois ai-je du rappeler à mes paroissiens que je n’étais tout puissant ! Et que je n’avais, par exemple, aucun talent de plombier pour réparer les fuites du robinet de la sacristie ! La belle simplicité et humilité des premières apparitions de Léon XIV est un bon présage pour l’avenir et nous rappele que c’est le Christ, « l’Agneau (…) au milieu du trône qui (est le) pasteur pour (nous) conduire aux sources des eaux de la vie. »
- Enfin, troisième point et dernier point : cette élection est bien le fruit de la grâce. Le Père Samuel le disait ici à la messe vendredi matin où nous avons prié pour ce nouveau Pape. Je partage avec lui la conviction profonde que l’Esprit Saint nous donne le Pape dont l’Église et le monde ont besoin en ces temps. Comment comprendre d’ailleurs qu’il fut élu en 4 tours seulement et en moins de 24h par 130 hommes qui ne se connaissaient à peine ? Quelques cardinaux l’ont dit aux journalistes avant d’entrer dans la chapelle sixtine. Cette élection n’est pas une affaire de basses combinazioni politiques. Mais le fruit d’une intense prière à l’Esprit Saint, partagée par tous les chrétiens, le fruit de la grâce. « Paul et Barnabé encourageaient (leurs auditeurs) à rester attachés à la grâce de Dieu. » Cela ne se voit pas à la télé. Il est rare qu’on en parle… Mais la grâce de Dieu est bien présente dans la vie de l’Église. Je suis prêtre depuis bientôt 28 ans. Et je peux témoigner combien elle est vivante cette grâce, bien au-delà de mes maigres talents. Qu’ai-je fait pour que Stéphane, baptisé adulte il y a plus de 25 ans, continue à m’écrire fidèlement tous les ans à Noël et à Pâques ? Rien ! Qu’ai-je fait pour que Léonie, rencontrée la semaine dernière, alors que je ne la connais que depuis quelques heures, vienne me confier ses déboires affectifs ? Rien ! Au fil du temps, je comprends mieux la prière de Sainte Thérèse d’Avila « Dieu seul suffit ». Rappelez-vous les premières paroles du tout juste élu Pape Benoit XVI, qui depuis la loggia de Saint Pierre disait : « Les cardinaux m'ont élu, moi, un simple et humble travailleur de la vigne du Seigneur. Je me console dans le fait que le Seigneur sait travailler et agir avec des instruments insuffisants. »
La joie du peuple, la primauté du Christ, la force de la grâce : voilà quelques points, à mon sens, essentiels mais qui ont pu échapper aux commentateurs.
Ce que j’ai dit du Pape peut s’appliquer à tout pasteur, évêque, prêtre ou diacre. En ce dimanche de prière pour les vocations, je veux le rappeler. Et vous confier une mission. « Les laïcs devraient être soucieux de leurs prêtres. Le laïcat est souvent plus équilibré que le clergé dans l'Église actuelle, et pourtant l'Église a besoin de prêtres. On pourrait même dire que c'est aux laïcs qu'il appartient de refaire leurs prêtres, en leur montrant ce qu'ils attendent d'eux. » Ces paroles sont celles d’un grand spirituel du XXé siècle, le frère René Voillaume, disciple de St Charles de Foucauld. Prions pour notre Saint Père le Pape, bien sûr. Mais plus proche de vous, soyez aussi soucieux de vos prêtres. Je vais vous raconter une petite histoire. Lorsque j’étais tout jeune prêtre, chaque dimanche à la sortie de la messe, Thomas, l’un des fils d’une famille de paroissiens, venait me demander, de la part de sa maman : « est-ce que tu veux venir déjeuner à la maison ce midi ? ». Je dis bien tous les dimanches ! Et je savais que je pouvais répondre très simplement oui ou non, selon mon emploi du temps. Je savais aussi le menu : poulet-frites d’un déjeuner dominical dans la simplicité familiale. Cette simple et fidèle attention a sûrement compté dans ma vocation. Je ne sais pas s’il vous faut inviter le Père Samuel tous les dimanches ? Mais si nous voulons des vocations, des prêtres pour nos communautés, il faut le montrer. Un séminariste : ça se bichonne ! Mais surtout, il nous faut aussi faire ce que demande le Christ : prier. Prier le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à la moisson. Alors si vous le voulez bien, faisons-le maintenant ensemble avec la prière pour les vocations de votre diocèse…Et s’il vous plait, ne la rangez pas trop vite dans votre livre de prière. Mais priez-la le plus souvent possible. Chaque jour. Chaque dimanche. Notre Église avait besoin d’un Pape. Elle en a un ! Elle a besoin de prêtres, de saints prêtres. Prions avec confiance. Dieu donne en abondance à qui sait demander.

