Homélie 2é dimanche de l’Avent – C
Un avenir… radieux ?
Le temps de l’Avent dans lequel nous sommes entrés dimanche dernier est une période liturgique qui nous oriente clairement vers l’avenir… et même un avenir radieux, joyeux. Telle est bien la tonalité des textes de ce dimanche : joie, libération, rires, gloire. Tristesse et misère remplacées par miséricorde et justice. « Qui sème dans les larmes moissonne dans la joie. » chante le psalmiste. Pourtant le dimanche de Gaudete, le dimanche de la joie ne sera que la semaine prochaine !
Face à cela viennent se percuter les évènements de la vie et du monde. Par exemple, pour moi, le week-end dernier, j’ai été informé de trois décès touchant des amis : la sœur d’Olivier, le père de Lucie et le mari de Nadine. Trois en trois jours : cela fait beaucoup ! « Qui sème dans les larmes »… Cette semaine encore, l’avenir politique de notre pays, qui n’était déjà pas très glorieux, s’est encore assombri. Heureusement que notre président de la République va passer près de six heures dans une église ce week-end. Peut-être sera-t-il touché par la grâce…qui doit bien se moquer de la sacro-sainte laïcité ! Enfin, pour me remonter le moral, j’ai regardé une série britanique, Years & Years, dystopie décrivant de manière assez réaliste mais très sombre les dix prochaines années. Nous sommes loin des prophéties joyeuses de Baruc, de notre psaume ou de la citation prononcée par Jean le Baptiste dans le désert : « tout ravin sera comblé, toutes montages et collines seront abaissées. ». Ainsi vous comme moi, avons de sérieuses raisons de nous demander : « vers où Dieu nous conduit-il ? ». Si Dieu a conduit son peuple sur des chemins aplanis, de la captivité à la libération, qu’en est-il de nous aujourd’hui ?
Du prophète Baruc, nous pouvons d’abord remarquer cette belle phrase : « Dieu se souvient. » Nous n’avons pas à faire tomber dans l’oubli tout ce que Dieu a fait pour son peuple dans le passé. « Il les avait vu partir à pied, emmenés par les ennemis, Dieu les ramène portés en triomphe. » Il est bon de faire mémoire de notre Dieu qui libère et qui accompagne son peuple sur des chemins sûrs. Il est bon de se rappeler le chemin parcouru avant de regarder en avant. Ne soyons donc pas les captifs du monde, de la « mondanité », du main stream. Mais osons les chemins de traverse, sans doute plus arides, comme la voie de liberté emprunté par Jean le Baptiste, dans le désert.
Dans sa dernière encyclique, le Pape François écrit : « En voyant les nouvelles guerres (qui) se succèdent, nous sommes en droit de penser que la société mondiale est en train de perdre son cœur. » Or ajoute-t-il : « le noyau de tout être humain, son centre le plus intime, n’est pas le noyau de l’âme (…) mais le cœur car tout s’unifie (âme et corps) dans le cœur. »
A quoi donc appelle Jean Baptiste ? À un baptême de conversion. La conversion du cœur justement. Saint Paul écrit ceci aux Philippiens : « que l'amour (il vient du cœur n'est-ce pas ?) vous fasse progresser de plus en plus dans la pleine connaissance et en toute clairvoyance pour discerner ce qui est important ». Ce que développe le pape François dans son encyclique sur l'amour humain et divin du cœur de Jésus Christ, ce n'est pas du romantisme, de la spiritualité à l'eau de rose dégoulinante de bons sentiments. Non : c'est nous redire ce qui est important et même essentiel. Retrouver notre cœur… Le libérer de tout ce qui l'empêche de battre ! François évoque clairement deux fléaux, ce qu'il appelle l'anti cœur : le narcissisme et l'auto-référence. Cet égoïsme qui nous enferme sur nous-mêmes. « En conséquence nous devenons incapables d'accueillir Dieu car pour recevoir le divin nous devons bâtir une maison d'hôtes en nous ».
Ici à Bordeaux je ne suis mis au service de Nikodème, une association qui aide les jeunes dans leur orientation à toutes les étapes de leur vie. Aussi il m'est donné de rencontrer pas mal d'autres associations et acteurs œuvrant dans ce domaine. Cela provoque en moi une vague, un élan d'espérance. Nous ne manquons pas de femmes et d'hommes de bonne volonté. Mais souvent ils aiment le faire dans la discrétion. Il n'explose pas les scores de viewers sur youtube ! « Dans le cœur de chaque personne il existe ce lien paradoxal entre la rencontre très personnelle de soi-même et l'ouverture à l'autre » écrit le pape François. Toute la vie de Celui que nous allons fêter à Noël, Jésus le Christ, nous montre l'attention qu'il a portée à ceux qu’il a rencontré. Mieux encore, toute sa vie et sa mort témoigne de son amour pour nous. Il nous a aimés. Il m'a aimé ; il t'a aimé comme personne ne t'a jamais aimé.
Frères et sœurs, soyons assurés de cela. Avançons avec cette assurance. Avec Saint Paul je vous redis donc : « j’en suis persuadé, celui qui a commencé en vous un si beau travail le continuera jusqu'à son achèvement, au jour où viendra le Christ Jésus. » le jour de notre joie parfaite. Amen.