dimanche 31 mars 2013

Apocalypse now ?


Homélie de Pâques 2013

Les derniers chiffres de l’Eglise catholique en France viennent de tomber… Catastrophiques ! Entre 1986 et 2012, la proportion de catholiques dans notre pays a chuté de 25 points au profit des personnes « sans religion ». Par contre, la part des autres religions progresse significativement de 3,5 % à 11 %. En France, les catholiques seraient passés de 4,4 millions en 2001 à 3,2 millions en 2012. Le directeur adjoint de l’institut de sondage CSA commente : « ces résultats laissent par conséquent présager que la perte d’audience du catholicisme en France devrait se poursuivre et s’accroitre, la proportion de catholiques chez les adultes pouvant passer sous le seuil symbolique des 50% au cours de dix prochaines années ». La situation est donc claire : elle est très mauvaise. Aussi devant sa gravité, le Vatican a décidé de réagir immédiatement. Le Pape François nous demande donc de vous informer qu’il a pris la décision de licencier tous les évêques et les prêtres de France. Vous serez informés dans les prochains jours de l’évolution de la situation et des mesures qui seront prises pour faire face à cette grave crise.

Frères et Sœurs,
Rien qu’en l’entendant, vous avez sûrement compris que ce scénario catastrophe est ridicule. Cette analyse chiffrée, parue ces derniers jours dans la presse, aussi sérieuse et scientifique soit-elle, ne montre qu’un aspect très limité de la situation. En effet, l’Eglise du Christ n’est ni une entreprise prête à mettre la clé sous la porte, ni une association qui va mourir faute de combattants, ni une nation au taux de natalité préoccupant. De ce côté là d’ailleurs, les familles chrétiennes sont plutôt assez nombreuses !
Que manque t-il à ces chiffres, à ces commentateurs alarmistes, dont on peut d’ailleurs se demander pour certains s’ils font vraiment œuvre objective ou si la présentation de tels résultats ne les satisfait pas vraiment ? Il manque l’Essentiel. Il manque la Résurrection. Il manque la foi en la Résurrection. Il manque Pâques. Une telle vision de l’Eglise est bloquée au Vendredi Saint. Ces commentateurs sont restés coincés dans le tombeau. A force de regarder le côté sombre de la force, on peut en devenir prisonnier. Méfions-nous. Car à l’intérieur de l’Eglise, parmi nous, il arrive que nous soyons nos propres oiseaux de malheur, défaitistes, « aquoibontistes », tentés (il n’y a pas d’autres mots) par le pessimisme. Un chrétien des premiers siècles écrivait : « le démon n’a pas entre les mains d’arme plus redoutable que le désespoir. Aussi nous lui faisons plus plaisir en désespérant qu’en péchant ». Aujourd’hui, en cette fête de Pâques, nous sommes invités à passer sur l’autre rive. A avancer dans les eaux profondes de la foi. A traverser la mer, comme le Peuple choisi à traverser la Mer Rouge à pied sec. La lumière de Pâque, le soleil de Pâques, la joie de Pâques vient illuminer le monde. A l’heure où imperceptiblement la nuit cède le pas au jour, la folie de la Croix se transforme en débordement de vie ! La peur, le trouble des femmes devant le tombeau vide va devenir la joie d’une Bonne Nouvelle qui s’est transmise au–delà des mers et des temps depuis plus de 2000 ans jusqu’à nous ce matin. Regardez dans l’évangile. Comptez-bien : combien sont-elles en ce matin de résurrection au tombeau ? Les Evangélistes ne s’accordent pas tout à fait sur les chiffres. Mais trois ou quatre tout au plus. Alors que Jésus avait provoqué un véritable mouvement populaire, les voilà à une quinzaine, avec les Apôtres, qui vont être gagnés par la nouvelle contagieuse de Pâques. Heureusement que les instituts de sondage n’existaient pas alors. Car « si la tendance s’était confirmée » comme ils disent, le christianisme aurait vite sombré, passé par pertes et profits. Mais au matin de Pâques, il y a eu les femmes, premiers témoins de la Résurrection. Il y a aussi ces deux hommes au vêtement éblouissant, ce jardinier dit un autre évangéliste, cet ange-envoyé de Dieu écrit un autre. Ils ont ici une extrême importance. Comme à l’Annonciation d’ailleurs. Cette résurrection de Jésus n’est pas une invention de ces femmes, qui n’y avait sûrement même pas songé en se pressant au tombeau. Par le truchement des anges, elle est annoncée par Dieu même : « Pourquoi cherchez le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici. Il est ressuscité ! ». Ainsi s’accomplit l’Ecriture. Tout cela paraît délirant… Mais pourtant la vie est là. Elle éclate. Rien que dans l’Evangile : tout le monde se presse, se met à courir ! « Ne soyez pas abattus comme ceux qui n’ont pas d’espérance ! » rappelle Saint Paul. « Jésus, nous le croyons, est mort et ressuscité. » Y croyez-vous vraiment, frères et sœurs ? Car il n’agit pas simplement pour nous de nous réjouir de sortir de quarante jours de pénitence et de pouvoir enfin manger à nouveau du chocolat, comme la devanture de la boulangerie d’en face le presbytère nous y invite fortement ! Non, il s’agit de nous laisser imprégner, submerger peut être par la Bonne Nouvelle d’un Dieu vainqueur de la mort. L’amour de Dieu est venu en notre monde en Jésus. Il a épousé toute notre condition humaine jusque dans les bas fonds de la souffrance, de l’injustice et de l’exclusion. « Et ce matin, alléluia, notre Espérance a jailli du tombeau. » Le Christ a brisé les chaines de la mort. Cela change tout. Aucune force du mal ne peut plus lui résister. Aucune nuit ne sera sans fin. Vous savez que dans notre paroisse, nous célébrons de nombreux enterrements. Avec les équipes de laïcs qui s’engagent dans cette mission avec beaucoup de générosité, une chose nous fait mal parfois. Il arrive que dans l’assemblée, nous sentions des personnes si loin du message de l’Evangile que rien ne peut vaincre leur désarroi, leur incompréhension devant la mort. Mais il arrive aussi d’entendre, comme dernièrement, une famille nous dire : « nous avons fait le choix des textes en lien avec la fête de Pâques ». Quel bonheur. Ils ont tout compris ! Il ne s’agit pas de faire « comme si » tout était beau, tout était rose ! Non. Le monde est dur. « La vie est un combat », écrivait Mère Térésa. Elle ajoutait : « combats-le ». Avec le Christ ressuscité, pourrions-nous ajouter. Et je peux vous dire que ses petites sœurs, que j’ai visitées dans un mouroir africain, sont vraiment des flammes vives de résurrection ! Car « notre résurrection n'est pas tout entière dans le futur, elle est aussi en nous, elle commence, elle a déjà commencé.  » écrivait Paul Claudel.

Frères et Sœurs,
Demain, nous ne fermerons pas l’église ! Après-demain (demain, je me repose en famille !), je serai là, fidèle au poste. Je serai, et suis, un prêtre heureux de servir un peuple auquel s’est adjoint cette nuit 6 enfants et jeunes et un adulte. Ils seront près de 5000 en France cette nuit. Voilà un autre chiffre qui ne cesse de progresser lui ! Mais « un arbre qui tombe fait plus de bruit que mille arbres qui poussent ». Le Christ est ressuscité. Il est Vivant. Laissons-nous toucher par cette Bonne Nouvelle, cœur de notre Foi. Et montrons au monde que nous sommes les fidèles du Christ, qui a subi tous les outrages jusqu’à la Croix. Mais qui est Vivant. Ce matin plus rien ne pourra arrêter la marche de la Vie éternelle.
Chrétiens, chantons le Dieu vainqueur, Fêtons la Pâque du Seigneur,  Acclamons-le d’un même cœur, Alléluia !
De son tombeau, Jésus surgit, Il nous délivre de la nuit, Et dans nos cœurs le jour a lui,  Alléluia!

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