mercredi 9 août 2017

Transfiguré, ressuscité !

Homélie pour la fête de la Transfiguration
Dimanche  6 aout 2017
Eglise Saint Malo de Paramé


Frères et Sœurs,

Il est des évènements de la vie qui bouleversent les choses, qui font regarder les êtres, le monde autrement. C’est ce que j’ai vécu hier samedi. Au cœur des ténèbres de la mort, une lumière a jailli. Aussi au lieu de me lancer dans une grande explication théologique de l’expérience évangélique éminemment lumineuse de la Transfiguration, je voudrais tout simplement vous parler d’une amie.

Cette amie, Myriam, est née à Rennes, il y a 31 ans. Elle a vécue son enfance dans une petite commune au nord de Rennes dans une famille aimante mais marquée par le grave handicap du papa qui ne pouvait marcher. Malgré cela, comme jeune vicaire de leur paroisse, j’ai été frappé par la très grande générosité de ses parents. Ainsi leur troisième enfant a été adopté. Ainsi aussi, ils étaient toujours prêts à se mobiliser pour la paroisse comme pour les causes humanitaires des associations de la commune. Myriam a donc grandi dans cette ambiance marquée par une foi profonde, la générosité d’âme sans être épargnée par les épreuves de la vie.

Jeune, Myriam s’est engagée à fond, « sans compter » comme dit la prière scoute, dans le guidisme. Elle en a gravi toutes les étapes jusqu’à devenir cheftaine de guides ainées encore ces dernières années. Car comme le dit l’adage : « scout un jour, scout toujours ». Myriam était cette grande sœur qui sait écouter quand il le faut, encourager si besoin, conseiller avec prudence ou mettre en garde aussi, à l’âge décisif où l’on fait ses premières expériences d’une vie d’adulte. Myriam savait faire grandir l’autre par sa bienveillance manifeste et son regard positif.

Elle s’est aussi beaucoup donnée pour sa paroisse. A chaque fois que demandé, elle a mis ses compétences musicales au service de la liturgie. Elle savait être là discrètement mais bien présente.

Notre diocèse et singulièrement la Pastorale des Jeunes a aussi profité de ce dynamisme qu’on pouvait croire inépuisable. A son initiative et avec quelques compagnons, nous avons vécu un week-end d’évangélisation à Rennes au cœur de l’hiver, voulant transmettre la joie de Noël à tous. Ainsi était né « Braise in Breizh » ! Myriam a été présente aussi dans la proposition des JMJ aux jeunes du diocèse, dans la pastorale étudiante. Lorsqu’elle faisait ces études, elle fut, avec d’autres, l’initiatrice d’une coloc’ étudiante qui associait études, vie fraternelle, prière joyeuse et évangélisation.

A l’issue de ces études, Myriam devint comptable : pas le métier le plus excitant du monde ! Pourtant, elle avait le chic pour présenter un bilan avec le sourire ! Et rendre une A.G. rébarbative toute sympathique ! Elle met ses talents professionnels au service de l’Enseignement Catholique… Car difficile pour elle de séparer sa foi ardente et son travail. Quelle chance pour les établissements qu’elle a suivis !

Sur son chemin, elle a aussi rencontré Jelle qui devint son mari il y a une dizaine d’année.  De leur amour, deux enfants sont nés : Domitille et Ambroise. Un foyer heureux, toujours ouvert aux amis de passages. Plusieurs séminaristes par exemple, aujourd’hui prêtres, peuvent témoigner, qu'ils aimaient bien venir partager une soirée en famille.

Il y a 9 mois, Myriam a accompagné ses guides ainées à Paray Le Monial. Là, elle a découvert la dévotion au Cœur sacré de Jésus. Elle a alors fait cette prière : « Je confie au Coeur de Jésus ma personne et ma vie mon coeur, mon intelligence, ma mémoire et ma volonté, mes joies et mes peines, mon passé et mon avenir, afin que tout ce que je ferai et souffrirai soit pour l’amour et la gloire de Dieu. ».

Il y a 9 mois aussi, Myriam a commencé à ressentir des douleurs au dos. Elle a alors consulté… Et l’on a découvert un cancer des os, là depuis trop longtemps déjà. Myriam commence alors son chemin de croix, son combat avec le courage, la force qu’on lui a toujours connue. A la maison ou à l’hôpital, elle étonne tous ces visiteurs. Son mari témoigne : « au cours de ces sept mois, Myriam a renouvelé ma foi. Elle m’a fait vivre une nouvelle conversion ». Myriam la souffrante est encore évangélisatrice…

La semaine dernière, un peu de répit permet de partir en famille dans la maison de vacances au bord de la mer. Cet océan qu’elle aime particulièrement. J’ai été le témoin des escapades du dimanche à Saint Malo qui se commençait par la messe dominicale partagée avec notre communauté de Paramé. Et mercredi soir, Myriam s’est éteinte.

Mais cette expression commune est tout à fait impropre pour elle. Myriam ne s’éteindra pas ! Elle brille encore. Juste avant de mourir, au prix d’un énorme effort, elle a fait un signe de croix. Et avec son mari, elle a choisi la prière d’abandon du Bx Charles de Foucauld pour la célébration de ses obsèques : « Mon Père, je m’abandonne à Toi. Fais de moi, ce qu’Il te plaira ».

Myriam brille encore dans le cœur de Domitille, sa petite fille de 6 ans qui a expliquée à son papa : « Maman : elle a fait comme Jésus. Elle est morte, elle est ressuscitée. Elle est au ciel où elle n’est plus malade. » La vérité sort de la bouche des enfants.

L’image qui m’est venue quand j’ai appris le décès de Myriam est celle d’une « vive flamme ». La flamme ardente qu’elle était, brillante d’une lumière qui la dépasse, d’une lumière qui vient de Dieu, une lumière qui transfigure, une lumière de Résurrection.

En ce dimanche, l’Eglise, nous invite, avec Pierre, Jacques et Jean, à contempler le Christ transfiguré, qui annonce déjà sa Résurrection. Ainsi « qui regarde vers Lui, resplendira, sans ombre ni trouble au visage ». Je vous invite donc à chercher et à trouver les « Myriam » qui vous entourent. Ces femmes, ces hommes qui sont témoins de lumière dans notre monde. Ces Pierre, Jacques et Jean qui reviennent de la Transfiguration et en sont illuminés car ils ont rencontré le Christ vivant et en témoignent. Qui sont-ils pour vous ces « disciples-missionnaires » ?

Je vous invite aussi à être vous-même, les uns pour les autres, les témoins lumineux de la rencontre avec la Joyeuse Lumière, le Soleil Levant, le Christ ressuscité.

Amen.

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P. Olivier+

dimanche 16 avril 2017

Le choix du Vainqueur !

Homélie de la Veillée Pascale 2017

Chers amis de Paramé,

Que je suis heureux d’être avec vous ce soir…
Oui, que je suis heureux d’être avec vous si nombreux ! Merci d’être là.

Chers amis,
J’ai une grande et bonne nouvelle pour vous !
Je sens que quelque chose à changer ce soir…
Je sens que nous allons pouvoir faire du neuf ensemble !
Je sens votre envie profonde d’un changement dans notre monde… dans votre cœur !

Car l’heure est importante.
Nous sommes à la veille d’un choix crucial et essentiel.
Un choix si important pour chacun de nous ici.
Un choix si important pour votre vie… pour notre pays …
Pour le monde que nous voulons construire ensemble…
Et que nous lèguerons demain aux générations futures.

Oui, je suis heureux d’être là avec vous après ces 40 jours de campagne… heu de carême ! Ils ont peut être été durs ces 40 jours.
Ils ne nous ont peut être pas épargnés.
Mais ils nous ont d’abord et avant tout préparés à l’évènement de cette nuit, au choix qu’il nous reste à faire dans le secret de l’isoloir…
Pardon de nos cœurs…
Car c’est à vous, à nous de faire le bon choix.

Mais attention l’élection à laquelle je vous invite n’aura pas deux tours !
Le choix doit se faire une fois… pour toute la vie !
C’est un choix radical… et pourrait-on dire révolutionnaire.
Car c’est un choix qui oriente toute une vie !
C’est le choix de Merry, Elodie, Léa et Eline, jeunes adultes qui vont cette nuit être baptisés à l’église Notre Dame des Grèves comme 4503 autres adultes en France.
C’est le choix des 4 enfants et 4 collégiens qui seront baptisés ici au cours de notre célébration.
Oui, ces jeunes, ces enfants, ces adultes nous montrent la voie.
Ils ont choisi.
C’est le choix du Christ ressuscité ! C’est le choix de la victoire assurée !
De la victoire de la Vie sur la mort ! De la victoire de l’amour sur la haine ! De la victoire du pardon sur la rancune ! De la victoire de l’espérance sur le désespoir !
C’est la victoire de la joie sur la tristesse, victoire de la lumière sur les ténèbres, la victoire de la foi sur le doute !

Si le 23 avril, c’est dans le secret de l’isoloir qu’il nous faudra faire un choix,
ce soir, c’est devant le tombeau vide qu’il nous faut nous décider.
Serai-je comme Marie Madeleine et l’autre Marie qui courent pour annoncer que la Vie a gagné ? Ou resterai-je comme ces Romains et ces hauts dignitaires juifs enfermé dans mon doute, mon indécision ?

Car comme ont du le faire, il y a près de 2000 ans, les femmes qui voulaient embaumer le corps de Jésus, comme ont du le faire les deux marcheurs d’Emmaüs, comme ont du le faire Marie et les Apôtres au Cénacle, comme a du le faire Thomas l’incrédule, chaque nuit de Pâques est pour nous l’occasion formidable de dire « oui à la vie », « oui à la vie avec le Christ vivant ».

Pourquoi ? Parce que le Christ ne s’est pas contenté de promesses. Pour nous rejoindre, Il a tout enduré de notre condition humaine, jusqu’à la mort, et la mort sur la croix. Sans cesse, il a guéri les malades, pardonné aux pécheurs, accueillis les enfants et les plus petits, redonné vie à Lazare, au fils du Centurion. Pourtant, il ne nous a pas dit « demain, on rase gratis ». Non. Il nous a annoncé le bonheur pour tous dans ses Béatitudes. Mais sans cacher que le chemin serait parfois rude. Et que nous aurions régulièrement besoin de sa miséricorde, de son pardon pour nous relever et repartir. Qu’ils sont beaux tous ceux qui ont, ces derniers jours, oser vivre ce sacrement. Comme l’a écrit un chrétien des premiers siècles, il a fait de sa croix, l’arme de la victoire. Le champion de la liberté, c’est lui ! Le champion de la bienveillance, c’est lui ! Le champion de l’humanisme, c’est lui ! Le champion de la paix, c’est Lui !

Frères et Sœurs,
En cette belle nuit de Pâques, nous voici invités à choisir à nouveau le Christ, à fuir le Prince des ténèbres. Mais ce n’est pas tout ! J’ai besoin de vous ! J’ai besoin de vous pour être porteur de cette joyeuse nouvelle ! « Notre cœur n’était-il pas brulant alors qu’il nous parlait ? » Ensemble : Choisissons la vie ! Choisissons le Christ ! Vive la Vie ! Vive le Christ ! Amen !


mardi 28 février 2017

Bien des soucis !

8e Dimanche du Temps Ordinaire-A
 Homélie

Frères et Sœurs,

Avez-vous bien entendu le conseil de Jésus : « ne vous faites pas tant de souci pour votre nourriture et vos vêtements » ?  « Qui peut, en se faisant du souci, allonger de quelques jours, même de quelques heures, sa vie ? » demande Jésus. Personne. Et pourtant, qui ne se fait pas du souci ? Un peu ou beaucoup de souci pour finir son mois, pour pouvoir acheter tel ou tel bien si important ou tout simplement si beau !  « Ne vous faites donc pas de souci » répond Jésus « Dieu, votre Père céleste, s’occupe de vous ». Non seulement Il s’occupe de vous car Il vous nourrit mieux que les oiseaux du ciel, vous habille mieux que les lys des champs, mais « même si une mère pouvait oublier son nourrisson, Dieu ne lui ne vous oubliera pas », rappelle Isaïe. Et le psalmiste enfonce le clou : « Je n’ai de repos qu’en Dieu seul, mon rocher, ma forteresse, mon refuge, ma citadelle « inébranlable ». « Comptez donc sur lui en tout temps », conclut l’auteur biblique.

Compter sur Dieu : voilà une bonne question !
Est-ce qu’il m’arrive vraiment de compter sur Dieu ? Concrètement. Pas simplement en pensée. Est-ce qu’il m’arrive de me reposer sur Lui ? Concrètement. De Lui faire confiance jusqu’à s’occuper de mes affaires quotidiennes ? concrètes ?

Un père de famille me racontait récemment comment il s’est installé à St. Malo alors que rien ne le laissait prévoir : une opportunité de travail, une maison comme il fallait. « Vraiment, disait-il, on a eu de la chance ! »  Je me suis permis alors de dire que c’était peut-être la Providence aussi. Et il a tout de suite repris la balle au bond. « Ah, oui, c’est vrai !  C’est vraiment l’œuvre de la Providence de Dieu tout ça ! »  Elle passe parfois par des messagers, des relais comme celui de St. Joseph.  Une autre famille a écrit une lettre à St. Joseph… et tout lui a été donné. Je pense aussi aux filles de Sainte Jeanne Jugan, aux Petites Sœurs des Pauvres qui remettent tout à la Providence pour ce qui est de la gestion de leurs maisons. Et celle-ci est généreuse : j’en suis le témoin. Je pourrai ainsi développer de multiples exemples. 

Comme l’évoque Saint Paul, il s’agit donc pour nous d’être de bons intendants de cette Providence. Savez-vous la différence entre un intendant et un comptable ? Tous les deux s’occupent de la gestion matérielle. Mais le comptable compte ce qui rentre et ce qui sort. L’intendant lui, il gère : il répartit les ressources équitablement et selon les besoins.  « Ce que l’on demande aux intendants c’est d’être trouvés dignes de confiance ».

Nous sommes invités à être de bons intendants des dons de Dieu.  Comment ?

1.    Savoir reconnaître que tout ce que nous avons vient aussi de Dieu. Peut-être le fruit de notre travail … mais aussi le don de Dieu.  C’est ainsi le sens de la bénédiction de la table avant le repas. Quelques secondes pour rappeler que ces légumes qui font notre soupe, même s’ils ont été achetés au marché (ou chez Robin !), ils sont fruits de la terre et du travail des hommes… Et dons de Dieu. Si nous savons demander, sachons aussi rendre grâce, bénir, dire merci au Seigneur.

2.   Bien utiliser ce que nous avons déjà… avant d’en vouloir toujours plus.  Ne nous faisons pas d’illusion, nous sommes les petits soldats de la société de                              consommation.  Au fil des années, elle influence de plus en plus nos esprits.  J’entends encore Saint Jean Paul II, s’exclamer de sa voix rocailleuse à Paris, au Bourget, en 1980 : « la société de consommation n’est pas bonne pour l’homme ».  Il voyait combien ces influences pouvaient modifier notre comportement, et le « toujours plus » engendrer en nous tant de souci.

Mais 1980 est loin et nous sommes déjà à une nouvelle étape. Nous entendons quelques voix prophétiques prôner « la sobriété heureuse ».  Le Pape François l’évoque aussi à sa manière dans l’encyclique Laudato Si avec ce danger que nous ne puissions plus nous émerveiller des oiseaux du ciel et des lys des champs, comme nous y invite Jésus.  

Cette bonne et saine gestion des biens doit se vivre aussi dans l’Eglise. Ainsi, comme curé, je dois veiller à une bonne utilisation des biens qui me sont confiés. Rien ne m’appartient, tout est reçu de vos dons - pas de subvention, d’où l’appel au denier ou un nouveau moyen de faire la quête.  Et, en même temps, j’ai une infinie confiance en la générosité de Dieu qui veille à son Eglise et lui donne ce dont elle a besoin. Je me permets d’ailleurs de dire que nous avons en France une certaine chance d’être une Eglise qui est assez libre car ni très pauvre, ni très riche non plus.

Finalement, à travers cet exemple de nos biens, Jésus veut nous aider à discerner sa présence fidèle et à vivre dans l’infinie confiance … car il est notre Père. Comme l’a si bien écrit Charles de Foucauld :

Mon Père,

Je m’abandonne à Toi.
Fais de moi ce qu’il Te plaira.
Quoique Tu fasses de moi, je Te remercie.
Je suis prêt à tout.  J’accepte tout.
Pourvu que ta volonté se fasse en moi,
En toutes tes créatures.

Je ne désire rien d’autre, mon Dieu !
Je remets mon âme entre tes mains.
Je Te la donne, mon Dieu,
Avec tout l’amour de mon cœur,
Parce que je t’aime
Et que ce m’est un besoin d’amour
de me donner,
de me remettre entre tes mains sans mesure
avec une infinie confiance.

Car Tu es mon Père.