lundi 20 février 2012


Homélie 7é dimanche du T.O. Année B

« Qu’est qui est le plus facile ? De dire au paralysé : « tes péchés sont pardonnés » ou bien de dire « lève-toi, prends ton brancard et marche ? » Si c’était à nous que Jésus avait posé cette question, frères et sœurs, qu’aurions-nous répondus ? Sans doute comme ce qui devait traverser l’esprit de la foule présente à Capharnaüm : faire marcher ce paralysé ! Oui, car voilà un acte extraordinaire, qui sort de l’ordinaire, du l’habituel. Beaucoup plus impressionnant que le pardon des péchés qui reste une démarche très intérieure.

Et pourtant Jésus nous le rappelle aujourd’hui : méfiez-vous de ce que vous voyez, de ce que vous entendez. La marque divine, ce qui fait de Jésus l’être étonnant par excellence, ce n’est pas de faire marcher les infirmes, de redonner la vue aux aveugles ou l’ouïe aux sourds. Tout cela, à une époque où la médecine n’existait quasiment pas, en tout cas pour le peuple, d’autres le faisaient aussi. Non, la marque divine est dans le pardon des péchés, la miséricorde accordée sans limite et sans mesure par Dieu. Mais cela n’est pas spectaculaire. Cela se voit si peu… Encore que comme confesseur, il m’arrive de voir des visages transformés par le pardon, des jeunes qui se relèvent presque physiquement une fois reçue l’absolution, une fois entendue la parole divine du pardon.

Avec les textes de ce dimanche, je voudrais nous inviter à vivre notre foi dans l’ordinaire, à ne pas chercher sans cesse l’extraordinaire comme le voulait sans doute une bonne partie de ceux qui suivaient Jésus. Nous aimerions bien que Dieu vienne miraculeusement guérir ceux que nous aimons qui sont malades. Nous savons que Dieu en est encore capable aujourd’hui en ces jours où nous avons fêté Notre Dame de Lourdes et Sainte Bernadette. Mais nous savons aussi que cela reste extraordinaire. Possible mais extraordinaire. Doit-on cesser de croire pour autant ? Evidemment non. Nous devons apprendre à vivre l’ordinaire de la foi avec un Dieu qui se dit non pas dans les orages ou les tempêtes mais dans la discrétion d’une brise légère. 

Car Dieu s’il ne fait donc pas de grands miracles tous les jours, il n’en est pas moins présent dans nos vies. C’est bien tout le sens de cette année de l’Esprit Saint que nous sommes invités à vivre dans notre diocèse cette année. Essayez ensemble, en Eglise, de discerner, de repérer l’action de l’Esprit Saint dans nos vies. Je connais une famille qui a une belle tradition pour cela. Tous les soirs, à l’issue du repas réunissant parents et enfants, chacun est invité, s’il le veut, à dire sa « grâce du jour » ; à remercier le Seigneur pour une chose de bon, une rencontre joyeuse, qui lui est arrivé dans la journée. C’est un moment très simple qui oblige à trouver la trace de Dieu dans le fil de nos jours, dans notre quotidien. Cette action de grâce quotidienne peut aussi habiter notre prière du soir avant de s’endormir. Merci Seigneur pour ce moment en famille. Merci pour ce beau paysage. Merci pour cette nourriture que tu nous donnes.

Parmi les choses simples de la foi, nous avons perdu cette belle habitude du bénédicité avant le repas. Quelques mots pour nous remettre dans une juste attitude vis-à-vis de ce qui nous fait vivre et qui nous est donné. Quelques mots pour bénir le Seigneur de ce pain quotidien. Pour nous redire, comme Saint Paul, que « Celui qui nous rends solides pour le Christ, c’est Dieu. Et il nous a fait une première avance sur ses dons : l’Esprit qui habite nos cœurs.» Encore faut-il s’en rendre compte de temps en temps et en rendre compte.

Parmi les choses simples de la vie chrétienne, Saint Paul d’ailleurs en souligne une autre. « Aussi est-ce par le Christ que nous disons « amen », notre « oui » pour la gloire de Dieu. » écrit-il aux Corinthiens. Durant cette messe, pendant nos prières communautaires ou personnelles, nous redisons souvent « amen ». C’est peut être devenu comme un réflexe. Si je dis « par Jésus le Christ notre Seigneur » avec un peu de conviction, certains vont peut être répondre « amen ! » sans y réfléchir… C’est bien. Mais peut être faut-il nous rappeler que « amen » veut dire « oui ». Oui au  Seigneur. Notre « amen » doit venir du cœur. C’est le « oui » d’une alliance, comme le « oui » que prononcent les mariés souvent avec beaucoup d’émotion. La liturgie nous invite parfois à mettre en valeur notre « amen » en le chantant de manière solennelle. Et parfois il est plus personnel mais tout aussi important. Ainsi, j’attache beaucoup d’importance à l’amen de la communion. Lorsque je reçois le pain, le corps du Christ, je suis invité à faire un acte de foi profond en disant amen ; oui Seigneur, je suis d’accord pour te recevoir, pour que tu fasses ta demeure en moi, amen, oui, Seigneur, je crois que tu es présent dans cette eucharistie, dans ce morceau de pain partagé, amen, oui, Seigneur, je veux devenir ce que je reçois, le Corps du Christ. Ainsi, si nous pouvions aujourd’hui être un peu plus attentifs à nos « amen» et particulièrement à bien dire, avec conviction et profondeur, « amen » lorsque nous recevrons l’hostie, lorsque nous communierons tout à l’heure.

J’ajoute une autre proposition toute simple, elle aussi. Cette fois-ci, il s’agit d’un geste et non plus une parole. Un geste qui a inauguré notre messe, comme la plupart de nos temps de prière. Le geste de reconnaissance, de famille des chrétiens : le signe de la croix. Là encore, nous le faisons parfois par habitude, sans y penser pourrait-on dire. Ce n’est pas grave. Au contraire, c’est bon signe. Cela veut dire qu’il fait partie de notre patrimoine, de nos bons reflexes chrétiens. Nous nous revêtons du Père, du Fils, de l’Esprit, comme cela a été fait par le prêtre sur notre front au jour de notre baptême. Seulement, il y a peut être une bonne manière de faire ce signe de croix, sans précipitation et avec un peu d’amplitude. Faire un simple signe de croix est déjà une prière qui nous associe au Christ, à sa Passion et à sa Résurrection.

Frères et Sœurs,
Dans quelques jours maintenant, nous allons entrer dans le temps du Carême. Ce n’est pas un temps de tristesse. Mais le temps au désert pour cultiver notre relation à Dieu, pour nous réorienter vers Lui, comme un tournesol qui suit le soleil durant la journée pour vivre. Nous pourrions décider de faire de grandes choses… Mais aussi avec la sagesse de vivre notre foi au quotidien dans la simplicité d’une action de grâce quotidienne, d’amen dit  et de signe de croix fait avec toute la foi de notre cœur. Parole on ne peut plus simple, geste on ne peut plus simple… mais qui petit à petit transfigurent notre monde et nourrissent notre foi. « Voici que je fais un monde nouveau, dit le Seigneur. Ne le voyez-vous pas ? »

Au nom du Père, du Fils, du Saint Esprit,
Amen !

jeudi 9 février 2012

"Tu es un Dieu qui se cache..."



Homélie Jeudi 9 février 2012

Polarisés par l’étrange réponse de Jésus à cette femme, réponse qui rompt avec l’accueil inconditionnel qu’on a l’habitude de lui connaître, nous pourrions peut être passé à côté du début de cette péricope de l’Evangile de Marc que nous venons d’entendre : Jésus se rend en territoire païen (la région de Tyr). Il entre dans une maison car il voulait que « personne ne sache qu’il était là » ; il voulait se cacher. Evidemment dès la phrase suivante, nous apprenons que cela n’a pas marché. Une femme l’a retrouvé. Mais n’allons pas trop vite et essayons de comprendre pourquoi Jésus, l’homme public par excellence, celui qui est sans cesse décrit dans l’Evangile comme entouré de foules, celui qui vient de nourrir des milliers d’hommes et de femmes, pourquoi veut-il se cacher ? Essayer de le savoir peut surement nous aider à mieux le comprendre, le connaître et donc l’aimer. Cela a sans doute aussi un lien avec la réponse faite à cette syro-phénicienne.

Le 1er élément de réponse nous vient des passages précédents : Jésus devient populaire mais il ne veut pas le faire à la manière d’un candidat à l’élection présidentielle. Il n’est pas le libérateur politique attendu par les juifs qui en ont assez de l’occupation romaine. La tentation est forte pour certain de le voir selon leurs propres critères d’analyse et non selon ce qu’Il est vraiment, qui ne sera d’ailleurs pleinement révélé qu’après sa mort-résurrection. Ainsi en se cachant, Jésus lutte contre ces fausses interprétations. C’est le secret messianique, cher à l’évangéliste Marc. Comme Jésus le dira à sa mère à Cana, l’Heure de la révélation n’est pas encore venue.

Voilà pourquoi dans un premier temps, Jésus semble refuser à cette femme ce qu’elle demande. Jésus est venu pour manger à la table des enfants de Dieu des fils d’Abraham. Dans un premier temps, le salut est pour eux. Ils ont une priorité d’antériorité. Comprendre que les païens sont aussi admis à la même table ne va se faire que progressivement. Seul le Christ peut ouvrir sa grâce au-delà du peuple élu. Et devant la foi de cette femme, son humilité à se contenter des « miettes », il accède à sa demande. Comme il l’avait déjà fait pour le Centurion et son fils malade.

Jésus se cache donc pour mieux nous dire qui il est. Pour ne pas se méprendre sur sa véritable identité. Il n’est pas un magicien, il n’est pas l’un de ses thaumaturges qui fleurissaient au coin de chaque rue à son époque. Il est le Fils de Dieu, le Messie. Cela aussi nous avons à le comprendre. Pour guérir, il demande la foi. Pour nous guérir, il demande notre foi. Elle implique de chasser toutes nos tentatives d’enfermer le Christ dans ce que nous aimerions qu’il soit : celui qui va me faire réussir mes examens, celui qui va résoudre les problèmes de notre monde, celui qui va nous protéger de toute menace, celui qui va me donner des arguments contre mes adversaires… « Vraimenttu es un Dieu qui se cache, Dieu d'Israël, sauveur » s’exclame Isaïe 45,15. Certes, un Dieu qui se cache mais pas un Dieu secret. Il n’a rien à cacher. Seulement un mystère qui ne s’épuise pas en un instant mais qui nous oblige sans cesse à nous approcher de la Vérité, à ajouter chaque jour un fil nouveau comme dans un tissage particulièrement complexe qui se complète toujours mais ne sera pleinement achevé que lors du face à face final.

« Notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi » rappelle saint Augustin. Notre Dieu se cache car c’est en nous qu’Il vient demeurer. C’est à l’intérieur de notre cœur qu’Il vient habiter. « Que j’enfante à nouveau, dit Saint Paul aux Galates, afin que le Christ soit formé en vous ».

Dans quelques jours, le 11 février, nous allons célébrer l’anniversaire des apparitions à Lourdes, de ces jours où la Dame est apparu à Bernadette. Et notamment ce 25 février 1858. Bernadette raconte : "La Dame me dit d'aller boire à la source (…). Je ne trouvai qu'un peu d'eau vaseuse. Au quatrième essai je pus boire. ». La source jaillit de la boue. A la 4é reprise seulement, elle devient buvable. Depuis la source n’arrête plus de couler et d’être un signe d’espérance pour des millions de pèlerins. Il faut faire jaillir le Christ de nos vies en enlevant la gangue de boue qui entoure notre cœur et qui le cache, le démon qui peut être en nous mais que le Christ chasse d’un mot, d’un acte de volonté, comme pour la jeune fille de l’Evangile.

Cette force et cette joie humble et intérieure, que rien ne peut atteindre parce qu’elle est de Dieu, en Dieu, est bien ce que nous pouvions percevoir dimanche soir à la fin d’Ecclésia Campus. Une vitalité, une fraternité, une joie de vivre qui se lisait encore sur tous les visages. Ceux des étudiants accueillis comme ceux des volontaires, alors même que certains venaient de se donner au service quasiment sans discontinuer pendant 24 voir 48h.

Notre Dieu se cache parce que nous le savons, Il n’est pas dans l’ouragan ou le tremblement de terre mais dans le souffle d’une brise légère. Pour mieux se révéler. « Dans cette Révélation, le Dieu invisible s’adresse aux hommes dans son immense amour ainsi qu’à des amis (…) pour les inviter à partager sa propre vie » nous rappelle le concile Vatican II dans Dei Verbum. Il ne se cache pas parce qu’Il a peur… Notamment, il n’a pas peur des autres dieux de Salomon. Il triomphera de tous. Il donne sa grâce au peuple élu comme aux païens. Son amour va au-delà de toute frontière car il fait de nous « ses amis ».

Jésus se cache aussi parce qu’il a besoin d’être en relation privilégiée avec son Père… dans le silence. Benoit XVI vient de le rappeler dans son dernier message pour la journée des moyens de communication : « Le Dieu de la révélation biblique parle également sans paroles : « Comme le montre la croix du Christ, Dieu parle aussi à travers son silence. Le silence de Dieu, l'expérience de l'éloignement du Tout-Puissant et du Père est une étape décisive du parcours terrestre du Fils de Dieu, Parole incarnée. (...) Le silence de Dieu prolonge ses paroles précédemment énoncées. Dans ces moments obscurs, il parle dans le mystère de son silence. » (Exhortation apostolique postsynodale, Verbum Domini, 30 septembre 2010, n. 21)

« Chaque jour, j’entends dire : mais où est-il ton Dieu ? » s’exclame le Psalmiste, comme beaucoup de nos contemporains. Notre Dieu se révèle aux cœurs qui le cherchent. Donne-nous, Seigneur d’être de ceux là. Sans repos, tant que nous demeurons en toi. Donne-nous d’être chacun un visage nouveau, différent, complémentaire du Christ pour ce monde, témoin joyeux d’un Christ qui ne peut se cacher que dans le petit, le faible, l’humble, le discret, les miettes. Mais qui est là, présent, donné pour le salut du monde.
Amen !