samedi 17 novembre 2012

Veilleurs d'aube


Homélie 33é dimanche du T.O. B

Frères et Sœurs,
Nous voici arrivés au dernier dimanche du T.O. La liturgie nous emmène donc à regarder devant, à scruter l’avenir, le concile Vatican II  dira : « savoir lire les signes des temps. ». La première lecture du Livre de Daniel qui nous parle de la résurrection des morts, « en ce temps-là » et l’Evangile reprends l’expression « en ce temps-là » pour parler de sa venue, de son retour final avec grande puissance et grande gloire. La description grandiose qui est faite de « ce temps-là » peut nous affoler un peu. On pourrait se croire dans certains films catastrophe qui nous annonce la fin des temps. Selon Astérix, les Gaulois déjà pensaient que le ciel allait leur tomber sur la tête. Aujourd’hui certains paraît-il font des réserves ou projettent de se rendre dans l’Aude pour attendre la fin du monde prévue le 21 décembre prochain. Heureusement, le préfet, plein de sagesse, a interdit l’accès au site. Alors entendant les paroles de Jésus, devons-nous, nous aussi, céder à la panique ? Nous dire : et si la fin du monde c’était demain : serai-je prêt ? Regardons attentivement l’Evangile. Car le message n’est pas là. Cela ne ressemblerait pas à Jésus.
Regardons le signes décrit : « le soleil s’obscurcira » : cela n’arrive t-il pas tous les soirs ? « La lune perdra de son éclat » : cela n’arrive t-il pas tous les matins ? « Les étoiles tomberont du ciel » : cela s’appelle des météorites et certains mois, il paraît qu’il en tombe un cinquantaine sur terre. Et je pourrais continuer ainsi. Jésus s’appuie ensuite sur une image toute simple et naturelle : celle du figuier qui n’annonce pas le malheur, le froid, la pluie… mais l’été.
De cela, retenons donc :
1.     la vérité de cette venue du Seigneur. C’est bien notre foi. Nous allons la redire ensemble tout de suite : « je crois qu’il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts. ». Bien sûr, cela fait presque 2000 ans que nous attendons et peut être faudra t-il encore attendre 2000 ans ? Mais ce n’est pas une raison pour gommer cela de notre horizon.
2.     Seul le Père sait le jour et l’heure. Personne d’autre. « Pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils ». Donc inutile de faire des prévisions, et des provisions d’ailleurs ! Nous perdons notre temps. Tous ceux qui annoncent la fin du monde se trompent et nous trompent. Seul le Christ a les « paroles de la vie éternelle ». Seul le Père a les clés du Royaume.
3.     Nous ne devons pas avoir peur de ce temps qui vient. Au contraire.  Cela sera un temps heureux : le temps de l’été, le temps de la grande réconciliation, du bonheur sans fin. Il nous faut donc l’attendre avec joie et calme. 
4.     Avec les descriptions qu’il emploie, notamment celle du figuier, nous pouvons comprendre que ce Royaume promis, ce temps est déjà commencé. Il n’est pas seulement demain mais déjà là, en germe. Dans notre monde, tout n’est pas pourri ou voué à la destruction. Mais avec ceux qui nous ont précédés, nous sommes les bâtisseurs du Royaume. « Héritiers et bâtisseurs » disait le titre d’un rassemblement il y a quelques années.
5.     Alors que devons-nous faire pour attendre ? Je trouve une réponse dans la lettre aux Hébreux, la seconde lecture : accorder le pardon. Je pense à ces regrets éternels que l’on peut garder lorsqu’un proche nous quitte et que les pardons n’ont pas été donnés. Quelle tristesse et même quelle souffrance parfois. Ainsi sans attendre, nous devons aimer jusqu’à pardonner, comme le Christ qui nous a aimé jusqu’au bout pour le pardon de nos péchés. Reprenant une belle image biblique,  Jean Paul II avait dit aux jeunes d’être des sentinelles du matin. Oui, Frères et Sœurs, soyons des veilleurs d’aube qui annoncent le jour qui vient.  Amen !

samedi 10 novembre 2012

Tout donner




Homélie 31é dimanche du T.O. B

Frères et Sœurs,
Vous connaissez tous l’action extraordinaire de Mère Térésa qui a répandue à travers le monde des communautés accueillantes aux plus déshérités de tous. J’ai visité il y a quelques années la communauté présente au Niger avec des malades du Sida, particulièrement des mamans avec leurs enfants souvent eux-mêmes dénutris. A quelques années de distance, ces images restent gravées en moi. Il fallait essayer de sourire… Mais comme c’était dur. Par contre, les Sœurs, elles rayonnaient. Elles avaient pour tous la même attention, la même simplicité et une incroyable joie de vivre. Bien sûr, nous sommes allés prier avec elles dans leur oratoire. Et comme dans toutes les communautés des missionnaires de la Charité, il n’y a quasiment rien : qu’une croix et cette inscription en anglais : «  I Thirst » : « j’ai soif ». Et la sainte de Calcutta commente ce mot de Jésus ainsi : «  J'ai soif » est bien plus profond que Jésus vous disant « Je vous aime ». Tant que vous ne savez pas au plus profond de vous que Jésus a soif de vous, vous ne pouvez pas savoir qui il veut être pour vous. Ou qui il veut que vous soyez pour lui. » Mère Teresa poursuit « Jésus a soif, même maintenant, dans votre cœur et dans les pauvres, il connaît votre faiblesse. Il veut seulement votre amour, il veut seulement la chance de vous aimer. » Elle aimait dire que Jésus se cache dans les pauvres que nous rencontrons et qui nous demande de l’aide. Et quand ils nous demandent « donne-moi à manger » ou « donne-moi à boire » comme le prophète Elie à cette pauvre veuve ou comme Jésus à la Samaritaine, c’est Dieu lui-même qui nous interpelle et met à l’épreuve notre foi. Tu n’as plus de farine ? Tant pis, dit Elie, donne-moi quand même un morceau de pain. Et si tu le fais, Dieu lui-même viendra remplir ta jarre de farine, ton vase d’huile. Tu n’as pas d’argent ? Donne quand même tes deux piécettes. Dieu lui-même voit ta générosité. Tu n’as qu’une vie ? Donne-la. Dieu lui-même prendra soin de toi car à ses yeux chaque femme, chaque homme, chaque enfant vaut plus que tout l’or du monde. Saint François de Sales écrivait que « le bien ne fait pas de bruit ». Effectivement la générosité extrême de cette veuve n’a pas fait de bruit avec ces 2 maigres piécettes. Ceux et celles qui se dévouent pour les autres le font en toute discrétion. Ils ne tiennent pas à en parler. Mais ils agissent. Ils ouvrent leur porte, leur cœur, se laissent toucher et donnent. J’ai souvent constaté l’étonnante solidarité des plus pauvres. Ils nous donnent de belles leçons d’humanité et de foi. Car la charité n’est pas un accessoire de la Foi en Jésus Christ. Ce n’est pas seulement parce que je suis catho et pour me donner bonne conscience que je donne quelques euros (et parfois même beaucoup) à telle ou telle organisation caritative. Mais c’est bien « la charité du Christ qui nous pousse » 2Co 5,14 comme l’écrit Saint Paul. C’est Lui qui le premier s’est donné tout entier, n’a rien retenu pour notre salut. Connaissez-vous « Santig du » , le petit saint noir ? Jean Discalcéat était un franciscain breton du XIVé siècle, qui fut recteur de St Grégoire près de Rennes et fut surtout connu pour son amour de la pauvreté. Il doit son nom au fait qu’il ne portait jamais de sabot. Il a terminé sa vie à Quimper et fut canonisé par la voix du peuple. Dans la Cathédrale Saint Corentin de Quimper, près de sa relique, une tablette reçoit encore aujourd’hui du pain déposé là par des anonymes et récupéré par des personnes dans le besoin. Cette pratique originale remonte au XVé siècle et perdure aujourd’hui encore. Dans quelques instants, je vais laisser la parole à un délégué du Secours Catholique qui fera appel à votre générosité. J’ai voulu que nous l’entendions maintenant car il ne s’agit pas d’une annonce de plus. Nous l’avons bien compris avec les textes de ce jour. « Le Seigneur fait justice aux opprimés, aux affamés il donne la pain, il redresse les accablés, il aime les justes, il protège l’étranger, il soutient la veuve et l’orphelin ». Et pour cela, il a besoin de nous. En cette fin d’année, nous sommes, je le sais bien, assailli de demandes de toute sorte. Je me permets deux conseils :
-       le premier : devant la multitude des appels, allons à l’essentiel, au plus sérieux et efficace. Et le tape à l’œil n’est pas une assurance de réussite. C’est l’Evangile qui nous le dit.
-       Le second : rien ne vaut l’action concrète, discrète, humble, quotidienne que nous pouvons mener nous-même. La charité commence au coin de la rue. Dans votre famille, parmi vos amis. Même si nos télés ou nos ordinateurs nous emmènent à l’autre bout de la planète en un clic, n’oublions pas que notre voisin a peut être besoin d’attention, d’un peu de sollicitude pour échapper à la solitude. « La grande pauvreté s’accroit dans notre pays » rappelle malheureusement le président du Secours Catholique. Cela doit aussi être vrai près de nous. Raison de plus de nous aider les uns les autres.

Frères et Sœurs,
Mère Térésa disait à ses sœurs : « Jésus veut rassasier sa propre faim de notre amour en se cachant derrière les traits de l'affamé, du lépreux, du mourant abandonné. C'est pourquoi nous ne sommes pas des assistantes sociales mais des contemplatives au cœur même du monde. Nos vies sont consacrées à l'eucharistie par le contact avec le Christ, caché sous les espèces du pain et du corps souffrant des pauvres ». Dans quelques instants, nous viendrons nous aussi communier au corps du Christ. Qu’Il soit notre force pour donner, tout donner.

Amen !




  


  

jeudi 1 novembre 2012

La sainteté : c'est maintenant !






Homélie pour la fête de la Toussaint – 2012


Frères et Sœurs,

Gros titre du journal Ouest France hier pour St Malo sur le nouveau Crématorium, enfants déguisés en sorcières qui se promènent dans les rues et vont de portes en portes pour récolter des bonbons, vendeurs de chrysanthèmes qui pullulent sur les trottoirs… Avec tous ces signes contradictoires, comment fêter encore la Toussaint ? Et surtout comment bien entrer dans le message de cette fête si entremêlée avec la commémoration qui la suit immédiatement de tous les fidèles défunts le 2 novembre ? Bien sûr, les 2 ont un lien. Ce n’est pas complètement par hasard que ces deux célébrations se succèdent. En effet, ceux qui nous ont quittés sont, nous l’espérons, dans cette foule immense évoquée par le livre de l’Apocalypse. Ces gens vêtus de blanc sont les baptisés qui ont connu la grande épreuve de la mort et sont auprès de Dieu comme des Vivants. Ils partageront alors la Sainteté de Dieu, de manière pleine et entière ou dans des étapes de purification. Mais voilà bien la grande difficulté : de penser que la sainteté est réservé à l’au-delà. Qu’elle n’est pas pour nous. Je dis dit bien : « qu’elle n’est pas pour vous et moi. » Pour reprendre une expression célèbre : la sainteté, c’est comme les autoroutes. On trouve cela très bien. Mais si ca passe dans le jardin du voisin ! Or si le ciel est rempli de sainteté et donc de saints, à commencer par Dieu lui-même, qui est en vérité le seul Saint de qui nous tenons tout, l’Eglise tient à professer de manière constante la communion des Saints, c’est à dire un rapport étroit entre ces Saints du ciel dont un certain nombre ont reçu une reconnaissance officielle de l’Eglise par leur canonisation et nous mêmes, encore en pèlerinage sur la terre vers la Cité Sainte. « Car tout comme la communion entre les chrétiens de la terre nous approche de plus près du Christ, ainsi la communauté avec les saints nous unit au Christ » déclare le Concile Vatican II. Et si les saints du Ciel prie pour nous : « je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre » dit Sainte Thérèse de Lisieux, nous sommes invités à les rejoindre dans la sainteté. Dès maintenant, pas demain. « Santo subito » pouvait-on lire sur la place Saint Pierre après le décès de celui qui est maintenant déjà le Bx Jean Paul II.

Pour nous aussi, chers amis, la sainteté : c’est maintenant ! Et ce n’est ni une promesse électorale, ni un slogan politique. Mais là encore un message du Concile Vatican II qui dans son texte sur l’Eglise lance un vibrant appel universel à la sainteté : « A travers les formes diverses de vie et les charges différentes, il n'y a qu'une seule sainteté cultivée par tous ceux que conduit l'Esprit de Dieu et qui (...) marchent à la suite du Christ pauvre, humble et chargé de sa croix, pour mériter de devenir participants de sa gloire » LG 41. Quand je parle de cela avec les chrétiens, beaucoup me disent oui poliment… Mais en pensant que cela ne le concerne pas. Frères et Sœurs : je vous le demande solennellement aujourd’hui : voulez-vous être saints ? Car l’histoire de l’Eglise nous apprends que d’abord il faut commencer par le vouloir. Ainsi Saint Ignace de Loyola, lisant la Légende Dorée de J. de Voragine (racontant la vie de 150 saints et saintes) durant sa convalescence de soldat a ressenti en lui que là était sa vocation. Ainsi aussi Sainte Thérèse de Lisieux et d’autres encore. Une première étape est donc là. Insuffisante bien sûr. N’ayez donc pas peur d’être des saints, des saints pour aujourd’hui, des saints de l’ordinaire et du quotidien. Tous sont passés par là. J’aime évoqué, vous l’avez déjà compris sans doute, notre sainte locale, Sainte Jeanne Jugan par exemple. Pas seulement parce que les Petites Sœurs des Pauvres ont été pour moi une vivante image de l’hospitalité pendant 4 ans, mais aussi pour nous redire que la sainteté est proche. Alors que la Révolution faisait rage, une petite bonne femme, mue par sa foi profonde a décider d’aider une vieille femme malade… et ainsi de suite.

Un spirituel du siècle dernier écrivait que « La « grande » sainteté est dans l’accomplissement des petits devoirs de chaque instant. » Nous pouvons être des saints car cela n’a rien à voir avec devenir des supers héros. Nous ne sommes pas dans le monde de Stars Wars, même s’il s’agit peut être de briller comme une étoile. « Faire tout par Amour ! Voilà le chemin de la sainteté, le chemin du bonheur. C'est de ce point de vue que tu dois affronter tes tâches intellectuelles et les occupations les plus hautes de l'esprit, et les choses qui te semblent très à ras de terre, celles que nous devons tous accomplir par nécessité. Et tu vivras alors dans la joie et dans la paix. » Etre saint dans les activités les plus hautement spirituelles comme dans les plus terre à terre. Nous le savons, la petite sainte de Lisieux cultivait sa sainteté en passant le balai dans le cloître du Carmel. Ainsi on ne peut pas être saint si on ne passe jamais le balai ! Ne me dites pas que cela est bien compliqué ! Boutade mise à part, Jésus indique le chemin dans la grande Loi évangélique des Béatitudes : être doux, avoir faim et soif de justice, être miséricordieux, artisans de paix. Chers amis, aujourd’hui, je voudrais que nous sortions tous de cette église en souhaitant marcher vers la Sainteté. Faire partie de cette foule d’amis, hommes et femmes, qui depuis 2000 ans nous ont précédés et sont pour nous des exemples. Et parce cela n’est pas toujours évident : faites vous des saints des amis. Connaissant leur histoire, fréquentant les lieux où ils ont vécu, lisant des témoignages, ayez votre petit Panthéon personnel peuplé de quelques témoins qui vous plaisent particulièrement. Patrick, Yves, Amélie, Marie bien sur. Chacun trouvera ceux qui lui vont bien et qui l’entraineront sur le chemin de la sainteté. « N'ayons pas peur de tendre vers le haut, vers les sommets de Dieu, écrit Benoit XVI, n'ayons pas peur que Dieu nous demande trop, mais laissons-nous guider dans chacune de nos actions quotidiennes par sa Parole, même si nous nous sentons pauvres, inadéquats, pêcheurs : c'est Lui qui nous transformera selon son amour. »

Oui, n’ayons pas peur de la sainteté. Car c’est elle qui nous rendra véritablement heureux, bienheureux comme le dit et le répète Jésus dans l’évangile de ce jour. Oui, réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse car votre récompense sera grande dans les cieux.

Amen !