dimanche 29 avril 2012

Rien sans amour !


Homélie Dimanche des Vocations 2012

Il y a quelques années, alors que j’étais supérieur de la Maison Charles de Foucauld, nous avons fait notre pèlerinage de rentrée à Lisieux. C’était d’ailleurs la première année où nous accueillions plusieurs jeunes du diocèse de Bayeux-Lisieux. Un chapelain eu la bonne idée alors de solliciter une rencontre entre la vingtaine de jeunes hommes faisant ainsi un tout premier pas vers une vocation presbytérale et vos sœurs du Carmel de Lisieux. Ce qui fut fait. Après quelques premières minutes de timidité réciproque, nous vécûmes un échange extraordinaire. Nous étions un peu au ciel déjà, impressionné de notre côté par la sainteté qui se dégage toujours d’une vie communautaire entièrement donnée au Christ et pour les sœurs sans doute joyeuses de voir des jeunes choisir la suite du Christ. Chaque sœur fut invitée à dire un message qu’elle portait pour ces vocations naissantes. La simplicité et la franchise étaient au programme. Et pour terminer ce moment, l’intensité monta encore d’un cran lorsque chaque garçon alla offrir une rose à une sœur se promettant une mutuelle prière commune. Ainsi le Carmel de Lisieux, comme celui de Vezin, j’en suis sûr, était fidèle à l’accueil et la prière pour les vocations et particulièrement celle de prêtre.

A l’abbé Bellière qui s’excusait  de l’ennuyer « avec tout ce verbiage, dans lequel il semble que je parle de moi à outrance » ; Thérèse répondait « Ô mon cher petit frère, je vous en prie, ne croyez jamais m’ennuyer, ni me distraire, en me parlant beaucoup de vous. Serait-il possible qu’une sœur ne prit pas intérêt à tout ce qui touche son frère ? Pour ce qui est de me distraire, vous n’avez pas à craindre : vos lettres au contraire, m’unissent davantage au bon Dieu, en me faisant contempler de près les merveilles de sa miséricorde et de son amour ».

L’abbé Bellière et de nombreux autres aussi bénéficièrent de l’attention et de la prière de la Petite Thérèse. Aujourd’hui encore ce Carmel est un haut lieu de prière pour les vocations et pour les prêtres. La belle veillée de jeudi soir dernier en témoigne en présence du Père Supérieur du Séminaire et de quelques séminaristes. Ainsi alors que nous savons combien nous en manquons, nous sommes invités par Jésus lui-même à « prier le maitre de la moisson afin qu’Il envoie des ouvriers pour sa moisson ». Que retentisse dans le cœur de jeunes hommes, l’appel à devenir de « bons pasteurs » à l’imitation de Jésus Christ qui en donnaient la définition dans l’Evangile de ce jour.

Cette prière est importante, essentielle. Mais nous ne devons pas nous tromper sur ce que nous demandons. Il ne s’agit pas de faire plier le Seigneur au vu d’improbables arguments numériques. Le Père Jérôme, moine de Sept Fons écrivait « le sacerdoce devrait-il dépendre des critères appliqués aux autres métiers ?  Dans la Cité, en effet, les activités se répartissent selon les besoins. Ainsi on n’aura pas plus de confiseurs ou de dentistes, que n’en demande la clientèle. Veut-on soumettre à ce régime-là le Royaume de Dieu ? (…) Lorsque durant le « dernier repas » notre Seigneur fit ses premiers prêtres, il ne mit aucune proportion entre le nombre de ceux-ci et une quelconque nécessité cultuelle ou missionnaire. Il fit prêtres tout simplement ceux que le Père lui avait donné et qu’il avait lui-même choisi pour être ses compagnons ». Notre prière ne doit donc pas être orientée vers le nombre de prêtres. Mais sur leur qualité. Ne dit-on pas « donnez-nous des saints prêtres » ? Bien sûr, nous aimerions qu’il y ait aujourd’hui en France plus de jeunes filles et de jeunes hommes à suivre cette voie. Mais surtout ce qu’il faut vouloir, c’est leur sainteté. Ce qu’il faut demander nous est indiqué dans les deux lectures de ce jour. D’après les Actes, reconnaître que le Christ est la pierre angulaire sans laquelle toute vie ne peut tenir et est comme une maison bâtie sur le sable. Et d’après la lettre de Saint Jean, reconnaître que le Fils nous ouvre à l’amour du Père : « voyez comme il est grand l’amour dont Il nous a comblés ».

Pour cette 49é journée de prière pour les vocations, le Saint Père a écrit une de ces si belles méditations. Il rappelle qu’à la source de toute vocation, il y a l’amour. « Nous sommes aimés par Dieu “avant” même de venir à l’existence ! Mû exclusivement par son amour inconditionnel, Il nous a “créés de rien” (cf. 2M 7, 28) pour nous conduire à la pleine communion avec Lui. (…) La vérité profonde de notre existence est ainsi contenue dans cet étonnant mystère: chaque créature, en particulier chaque personne humaine, est fruit d’une pensée et d’un acte de l’amour de Dieu, amour immense, fidèle, éternel (cf. Jr 31, 3). Découvrir cette réalité change véritablement notre vie en profondeur. » écrit-il. Et il ajoute cette anecdote « A la prieure du monastère de Ségovie, peinée par la situation dramatique de la suspension dont il était l’objet au cours de ces années, saint Jean de la Croix répond en l’invitant à agir selon le dessein de Dieu : « Ne pensez à rien d’autre, sinon que tout est disposé par Dieu; et là où il n’y a pas d’amour, mettez l’amour et vous récolterez l’amour » (Lettre, 26).

Voilà donc bien ce qui doit être notre prière : que nous-même aimions toujours plus « le bon Dieu » comme aurait dit Thérèse. Et que les jeunes s’ouvrent toujours plus à cet amour, qu’ils puissent le découvrir. C’est la clé d’une vocation.

En ce jour, il nous faut donc aussi prier pour les familles car comme le rappelle Benoit XVI, elles sont le lieu d’expérience de l’amour oblatif. Citant l’exhortation Familiaris consortio il rappelle qu’elles peuvent représenter « le premier et le meilleur séminaire de la vocation à une vie consacrée au Royaume de Dieu ».

Chères Sœurs, Chers amis,
Les vocations existent encore. J’en ai rencontré. De belles, très belles vocations. Prions fidèlement et sans relâche pour que le Seigneur fassent de nous tous des témoins d’amour qui invitent au grand Amour qui ne finit jamais.

Amen ! 


dimanche 22 avril 2012

Oser y croire !


Homélie 3é dimanche de Pâques

Frères et Sœurs,
Une grande joie de mon ministère ces derniers temps a été d’avoir de multiples occasions de confesser ; à la Basilique Saint Sauveur avec qq jeunes prêtres où nous assurons une permanence le mercredi de 15h à 17h, dans des paroisses, lors de WE Jeunes, retraites de profession de foi ou autres. Bien souvent m’est revenu une question : n’ayez crainte, je ne vais pas vous faire de grandes révélations, ceci ne relevait pas de la confession ! On me dit donc : « mon père, vis à vis de la foi, j’ai de plus en plus de questions ». Ou même carrément : « je crois que je doute » ou « j’ai des doutes ». Cette question n’est pas réservée aux jeunes. Parfois des personnes d’un âge mur me le disent aussi. Peut être parmi vous, certains ne seraient pas loin de se reconnaître. Devant les évolutions du monde et de l’Eglise, « da feiz an tadou koz » la foi de nos ancêtres, simple, limpide, massive semble chamboulée. On ose un peu plus poser des questions… Mais qui augmentent en nous le trouble.

C’est bien l’Evangile de ce jour qui m’invite à cette réflexion. Jésus ressuscité était là au milieu d’eux… Et pourtant « frappés de stupeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit » écrit Saint Luc. « Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent en vous ? Voyez mes mains et mes pieds : c'est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n'a pas de chair ni d'os, et vous constatez que j'en ai. »
Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds.
Dans leur joie, ils n'osaient pas encore y croire, et restaient saisis d'étonnement. »

Evidemment la Résurrection qui est au cœur de notre foi, qui est l’élément décisif de la foi, c’est bien pour cela que l’on baptise les catéchumènes adultes dans la nuit de Pâques, la Résurrection du Christ trouble les disciples comme elle peut encore nous troubler aujourd’hui. Alors que faire lorsque nous avons des questions troublantes pour notre foi ?

D’abord deux point de méthode :
Le premier, je rappelle que comme l’a écrit le brillant Cardinal Newman que « mille questions ne font pas un doute » ! Ne mélangeons pas tout.
Deuxièmement, soyons plutôt rassurés d’avoir des questions. Une foi qui ne se questionne plus me ferait par trop l’impression d’être une foi morte.

Ceci dit, que faire ? Regardez attentivement l’Evangile de ce matin. Faire comme Jésus qui est le Maître par excellence.

D’abord, Jésus leur dit « avez-vous quelque chose à manger ? » Etonnant non ? Nous sommes après toutes les épreuves de ce long chemin vers la Croix, la mort, le tombeau retrouvé vide au 3é jour, l’annonce par certains de l’avoir revu dont nos célèbres pèlerins d’Emmaüs, sa présence au milieu des disciples dans des retrouvailles bouleversantes… Et voilà Jésus qui a faim. Je vois deux messages dans cette demande de Jésus :
-       le premier : n’allez pas chercher midi à 14h. Vous êtes troublés. Mais je suis là, semble dire Jésus. En chair et en os, ressuscité certes, mais avec un petit creux bien humain. « il prit le poisson grillé et le mangea devant eux ». Dans une autre apparition préalable «ils le reconnurent à la fraction du pain ». C’est dans ma présence réelle que vous aurez la réponse à vos questions.
-       Le second message : quant on a faim, il faut se nourrir ! C’est aussi simple que cela. Si vous vous posez des questions sur la foi, c’est que vous avez faim de mieux la connaître, la comprendre. Quelque chose vous échappe et vous voulez aller plus loin. Alors il faut vous nourrir ! Nourrir votre foi comme on prend bien soin de nourrir son corps : nourrir aussi son esprit.

En extrapolant un peu, mais d’une manière qui ne me semble pas outrancière, c’est en vivant les sacrements de l’Eglise, signes visibles de la présence du Christ, que vos doutes pourront s’effacer. C’est en allant à la Messe le dimanche que l’on renforce sa foi en sa présence. On peut aussi la prolonger par l’adoration eucharistique. Mais aussi dans une pratique régulière du sacrement du pardon. Dans l’accueil du don de l’Esprit comme nous allons le vivre de manière extraordinaire cette année à la Pentecôte avec les 800 confirmands de notre diocèse. Vivre sa foi en fidélité à ce que l’Eglise nous demande est une première manière de répondre à ces questions.

Mais Jésus nous propose aussi un autre moyen de nourrir sa foi : «Il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Ecritures ».  Ce qui m’invite à vous proposer deux pistes.
La première : la fréquentation régulière de l’Ecriture Sainte. Je suis sûr que vous avez une ou plusieurs Bibles chez vous. Malheureusement, en bon catholique, elle reste peut être bien rangée dans sa bibliothèque. D’ailleurs où est –elle ? Peut être même qu’en rentrant il va falloir chercher un peu pour la retrouver… Ce n’est pas normal ! Nous devons ouvrir la Bible tous les jours. Nous le faisons peut être grâce à la liturgie. Lisant dans Prions ou Magnificat le texte de l’Evangile du Jour. C’est déjà bien. Mais quelle expérience extraordinaire de faire comme Jésus : de donner à ces extraits d’Evangile un peu plus d’ampleur en regardant tout ce qui a été écrit sur le Christ dans « la loi de Moïse, les Prophètes, les Psaumes » et toute la richesse du Nouveau Testament dans sa diversité. Voilà notre repère sûr pour nous guider sur le chemin de la foi. Nous avons en plus la chance d’être à une époque où les recherches exégétiques nous sont accessibles à travers les notes de nos bibles. Lisez, relisez la Bible.
Deuxième piste : Saisir les opportunités nombreuses de développer l’intelligence de notre foi. Si j’ai du mal à croire à la Résurrection, par exemple, j’ai sous la main une réserve de moyens nombreux et divers pour nous informer : des livres pour tous les niveaux, des vidéos, des revues, des sites internet dont on aura vérifié la catholicité bien sûr, des formations, des groupes de réflexions, que sais-je… Quand avons-nous pour la dernière fois lu, ne serait-ce qu’un article qui nous a permis d’apprendre quelque chose ? Le drame de beaucoup de jeunes est qu’ils ont une foi de bébé avec une intelligence d’ingénieur high tech ! Cela ne peut pas durer.
Frères et Sœurs,
Devant la Résurrection du Seigneur que nous fêtons chaque dimanche, peut être sommes-nous comme les premiers disciples ? Dans notre joie, nous n’osons pas y croire vraiment. Pourtant nous entendons le Christ nous dire : « c’est vous qui en êtes les témoins » aujourd’hui pour ce monde. Sûrs que c’est une bonne nouvelle qui peut bouleverser le monde plus que les résultats d’une élection, mettons tout notre cœur, toute notre intelligence au service du Dieu de la Vie ! 

lundi 16 avril 2012

Jean ou Thomas ?


Homélie 2é dimanche de Pâques

Depuis dimanche dernier, nous avons la joie de chanter à nouveau des « alléluias », le cierge pascal est  allumé au milieu du chœur de l’église. Après le temps du Carême, de la Passion, enfin nous pouvons célébrer Pâques. D’ailleurs devant l’importance de cette fête, la liturgie a fait de la semaine qui vient de se passer qu’un seul et même jour, l’octave de Pâques. Tous les textes que nous venons d’entendre nous tournent eux aussi vers cette Résurrection. Vous avez peut être remarqué que les deux lectures sont exceptionnellement tirées du Nouveau Testament. Oui, nous voici bien au cœur de la foi chrétienne. Pâques n’est une fête parmi d’autres. C’est la fête des fêtes. « Si Jésus Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine ». Si nous n’avons pas l’assurance que Jésus a vaincu la mort, si nous n’avons pas l’espérance que nous sommes invités à participer à cette résurrection, a quoi cela sert-il de croire ?

Tout à l’heure, il y a une phrase que je vais chanter dans la prière eucharistique, qui prends une importance particulière en ces temps : « Il est grand le mystère de la Foi ». Dans ce mystère de la Foi, il y a en son cœur le mystère de la Résurrection. Un mystère au sens chrétien : pas ce que je ne comprendrais jamais ; mais ce que je n’aurai jamais fini de comprendre. La Résurrection de Jésus est au cœur de ce mystère de la Foi.

Regardons comment ont réagi les premiers chrétiens ? Comment ont réagi ceux qui avaient suivis Jésus de sa prédication enthousiasmante en Galilée, à la croix et au tombeau ?
Je pense que l’on peut dégager deux types d’attitude :
-       celle de Jean (ou Pierre) « il vit et il crut ». Il arrive le premier au tombeau. Il n’entre pas avant Pierre. Ils entrent et vois… Quoi ? Quasiment rien : le linceul et le linge qui avait servi pour la tête roulé à part. Pour ces deux apôtres, la foi en la résurrection est vive, instantanée, simple, évidente.
C’est un peu ce qui se passe aussi pour les femmes qui viennent de bon matin au tombeau et qui les ont précédées.

-       Autre attitude : celle de Thomas : « si je ne vois pas, si je ne touche pas : je ne croirai pas ». Thomas a besoin de preuves, d’évidences. Non seulement, il veut voir mais aussi toucher. Il fait partis de ces « cœurs lents à croire ». Et il entend Jésus le Ressuscité lui dire « heureux ceux qui croient sans avoir vu ».
Jésus valorise l’attitude de Jean ou de Pierre mais il reste compréhensif à celle de Thomas. Il ne le condamne pas. Il lui apporte même les preuves dont sa foi a besoin.

Car ce que veut Jésus après la Résurrection, c’est déverrouiller tous ces cœurs fermés à double tour par la peur. Il veut les remplir de sa joie. Il veut leur apporter sa Paix et leur donner l’Esprit.

Et nous alors ? Nous sommes ces disciples qui cheminons dans la Foi. Oui « il est grand le mystère de la Foi ». Mais la Résurrection ne doit pas être un truc incompréhensible de la foi des chrétiens que je mets de côté, en attendant plus tard. Non c’est le cœur de notre foi. Aujourd’hui encore le Christ ressuscité se manifeste à nous : sommes-nous comme Saint Jean ou comme Saint Thomas ? Nous entendons l’invitation de Jésus : « cesse d’être incrédule. Sois croyant ».

Accueillir Jésus Christ ressuscité peut changer une vie. Vous avez peut être autour de vous le témoignage de femme ou d’homme que la rencontre du Christ ressuscité a changé. Car la résurrection est un torrent de vie qui emporte tout sur son passage.

« C’est avec une grande force que les apôtres portaient témoignage de la Résurrection et la puissance de la grâce était avec eux tous. » les Actes des Apôtres rapportent comment cela change les choses. Nous avions aussi ce récit de la première communauté chrétienne. Et cela existe encore aujourd’hui.

Frères et Sœurs,
La Bonne Nouvelle de la Résurrection nous est confiée. Nous devons en être les témoins chaque jour. La force et la puissance de vie de la Résurrection nous est promise à nous tous. Accueillons-les.

Comme aux premiers disciples, Jésus nous donne sa Paix. Il veut que nous vivions de cette Paix. La joie de Pâques n’est pas une joie extravagante ! Mais une joie sereine. Qu’elle vous remplisse et vous accompagne tous ces jours.

mardi 10 avril 2012

De partout, la joie de Pâques éclate ! Que le Christ ressuscité illumine vos vies. Alléluia !