lundi 30 décembre 2013

Une Sainte Famille très large...

Homélie Dimanche Sainte Famille 2013

Un film sorti il y a quelques années m’avait particulièrement marqué. Non pas tant par son intrigue policière assez violente mais surtout parce qu’à travers elle, perçait de profondes interrogations sur les rapports entre un père et son fils. Et notamment par une première scène étonnante où celui-ci évoque avec un ami, la nécessité pour lui, devant la déchéance physique et morale de son père, de devenir le « père de son père »… et la difficulté que cela représente. Cette scène fait écho aux paroles de Ben Sirac le Sage dans la première lecture de ce jour : « Mon fils, soutiens ton père dans sa vieillesse, ne le chagrine pas pendant sa vie. Même si son esprit l'abandonne, sois indulgent, ne le méprise pas, toi qui es en pleine force. Car ta miséricorde envers ton père ne sera pas oubliée. »

Ce dimanche, à quelques jours de Noël, nous fêtons la Sainte Famille avec la belle image de la crèche : Marie et Joseph veillant sur l’enfant Jésus nouveau-né. Si je prêchais en me focalisant uniquement sur ce modèle de famille, certes en tout point admirable, je crois que je serai un peu à côté de la plaque en refusant de voir ce qu’est vraiment une famille ; ce qu’elle fut à l’époque de Jésus et ce qu’elle essaye d’être aujourd’hui à travers des transformations et des évolutions hasardeuses et parfois regrettables mais pourtant bien réelles mais qui sont d’ailleurs le quotidien de beaucoup d’entre nous. Parler de la famille est aujourd’hui délicat et nous oblige sûrement à ne pas nous satisfaire des clichés ou des images d’Epinal aussi rassurantes soit-elles. Je pense à ces photos de famille du XIXé siècle où tout semblait parfait : les costumes bien repassés, la composition de l’image autour d’un père de famille chef de tribu, une épouse au sourire bienveillant et des enfants sages comme des images. Mais sous ces apparences flatteuses, que de drames cachés parfois, que de silences destructeurs.

Même à l’époque de Jésus ; celui-ci n’hésite pas à l’occasion à remettre en cause les liens familiaux. Pensons à la réplique cinglante des noces de Cana à sa mère : « Femme, que me veux-tu ? ». Et à cet autre passage de l’Evangile ou alors qu’on vient lui annoncer la présence de sa famille, il répond : « Qui sont mes frères ? Qui est ma mère ? ». Et désignant ses disciples : « Voici ma mère et mes frères : quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, c’est lui mon frère, ma sœur, ma mère. » Jésus ne vient pas bousculer les repères familiaux. Mais il vient rappeler que la famille de ceux qui font la volonté de son Père, de ceux qui le suivent et écoutent sa Parole, cette famille a une étonnante force et une réalité indéniable. C’est ainsi que nous sommes bien réellement frères et sœurs en Christ. Il est bon de le rappeler afin que dans notre communauté, comme dans toute communauté chrétienne, ce ne soit pas simplement des mots mais une réalité concrète et visible. Ainsi célébrer aujourd’hui la Sainte Famille, c’est d’abord nous en reconnaître comme les membres vivants. Nous faisons partie de cette famille inaugurée à Bethléem dans une étable. Saint Paul dans sa lettre aux Colossiens développe quantités de conseils pour notre vie de famille : « puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes ses fidèles et ses bien-aimés, revêtez votre cœur de tendresse et de bonté, d'humilité, de douceur, de patience. » Entre frères et sœurs dans le Christ, c’est le cœur qui doit nous mener et diriger nos relations, un cœur habillé de tendresse et de bonté, d'humilité, de douceur, de patience. Je vous avoue que c’est difficile à vivre pour moi tous les jours, comme pour vous sans doute. D’où l’utilité de réentendre cette invitation pressante. La clé de tout cela : c’est l’amour, qui « fait l’unité dans la perfection. » Car c’est bien à l’amour que nous aurons les uns pour les autres que nous serons reconnu comme les disciples du Christ, les enfants d’un même Père.

En disant cela, comment ne pas être aussi dans l’action de grâce, comme le demande encore Saint Paul ? Car si mes paroles ce matin veulent nous encourager à vivre une vraie fraternité, elles ne peuvent manquer d’être admiratives devant ce qui se fait déjà. Je suis réellement émerveillé devant les attentions fraternelles dont je suis le témoin chaque jour. Telle personne qui prends des nouvelles d’une voisine malade, telle autre qui visite très régulièrement une personne ne pouvant plus se déplacer. Et comment ne pas rendre grâce aussi pour l’attention portée à votre curé ? Notamment en cette période de Noël… Ou avec le Panier du Curé, toujours préparé avec un soin délicat pour qu’il ne manque rien à nos repas du week-end. Sachez que le curé que je suis est touché par tant de délicatesse fraternelle qui s’exprime ainsi de multiples manières. L’Eglise est ainsi une grande et vraie famille. C’est tellement important pour le témoignage dans ce monde, dans notre monde. A la sortie de la messe, vous avez remarqué que j’aime ouvrir les grandes portes de l’église, j’aime que les discussions qui prennent un peu de temps sur le parvis : quel témoignage simple et beau pour ceux qui passent. La voilà l’image bien réelle de la Sainte Famille de Dieu, joyeuse d’avoir rencontrée son Seigneur et de se retrouver. Et dans cette famille-là : tous sont invités. Je pense ici à un ami qui m’a envoyé ces vœux en me donnant quelques nouvelles. Notamment celle très triste du décès de sa maman. La famille prend alors un autre visage. Se sent-il pour autant exclu de l’amour de Dieu : il m’écrit : « le Prince de la Paix a vécu, vit et vivra toujours parmi nous ! ». Le cœur de Dieu le Père est assez grand pour accueillir tous ses enfants… et particulièrement ceux qui peuvent sembler le plus loin de lui. En accueillant Jésus, Marie et Joseph ouvrent leur famille aux dimensions du monde. Cela n’empêche pas, chacun d’entre nous, de vivre dès maintenant cette fraternité universelle, comme aimait à l’écrire Charles de Foucauld, dans notre propre famille humaine. En écoutant les conseils de Saint Paul encore. Remarquons qu’il y en a pour tout le monde : les femmes bien sûr, mais aussi les hommes, les enfants, les parents. Et si on insiste beaucoup souvent sur la première phrase, permettez-moi de relever aussi la dernière : « Et vous les parents, n'exaspérez pas vos enfants ; vous risqueriez de les décourager. » Elle peut faire sourire, mais elle est d’une grande vérité. Je l’aime beaucoup. C’est sans doute mon cœur d’éducateur qui parle ici.

Frères et Sœurs,
Ce qu’il nous faut encore apprendre, c’est apprendre à aimer ! Dés maintenant, dès ici-bas, dans nos familles et au delà. Dieu est à l’image de Joseph, ce Père attentionné qui prends soin de chacun de nous. Nous soyons donc pas des enfants ingrats : « Celui qui honore son père aura de la joie dans ses enfants, au jour de sa prière il sera exaucé. Celui qui glorifie son père verra de longs jours, celui qui obéit au Seigneur donne du réconfort à sa mère (…) Car ta miséricorde envers ton père ne sera pas oubliée, et elle relèvera ta maison si elle est ruinée par le péché. »

Que la Sainte Famille nous apprenne à aimer afin que le monde croie.


Amen !

mercredi 25 décembre 2013

Homélie de Noël

Frères et Sœurs,

Le monde est séparé en deux types de personnes : ceux qui ouvrent leurs cadeau de Noël dans la Nuit après la messe… ou ceux qui les ouvrent au matin de Noël. Car, frères et sœurs, soyons honnêtes,  si nous sommes tous contents de fêter saintement la venue en notre monde de notre Seigneur Jésus Christ, nous aimons bien aussi ouvrir nos cadeaux de Noël ! Et nous avons bien raison ! Souvenons-nous de ca cadeau de Noël qui va changer la vie, changer le cœur de la Petite Thérèse Martin en cette nuit de Noël 1886. Elle qui n’était que pleurs y retrouvera une joie sereine et apaisante.
Moi-même, en me mettant devant le sapin, pourtant bien garni encore de cadeaux, je me suis aperçu que j’avais déjà reçu ces dernières semaines un très beau cadeau… qui ne se met pas dans un paquet de toute façon : le beau cadeau de l’amitié. Ne vous inquiétez pas : ce n’est pas que je n’avais pas d’amis avant. Non. Mais mes amis les plus anciens habitent loin. Installé  depuis un an et demi à Saint Malo, je découvre la joie de m’être fait de nouveaux amis. De bons et vrais amis sur lesquels on peut compter par tous les temps : dans la joie comme dans les coups durs. Oui quel beau cadeau que d’avoir des amis ! C’est si important. Que vous soyez enfants, jeunes ou adultes : ne l’oubliez pas. N’oubliez pas la grâce de l’amitié. Une amitié : ça se cultive et ça s’entretient. Mais parfois aussi ca se perd. Mais pas toute.
En ce jour de Noël, il nous est facile de comprendre qu’en plus de tous nos amis d’ici-bas, nous avons un ami véritable, un ami pour la vie… éternelle, qui vient de se révéler au cœur de cette nuit à notre monde : c’est Jésus le Christ. Dieu en nous donnant son Fils, en faisant de Lui un homme parmi les hommes, nous dit cette amitié infinie qu’il nous porte. En Jésus, il nous donne un ami au cœur immense. Comme j’ai beaucoup déménagé, voyagé, été prêtre dans différentes paroisses et missions, je me suis demandé dernièrement si notre cœur est assez grand pour accueillir encore de nouveaux amis. Dieu nous donne la réponse : notre capacité d’aimer est un peu à la mesure de sa capacité d’aimer : c’est à dire sans mesure, sans limite. Dieu en Jésus a été donné au monde par sa naissance il y a plus de 2000 ans… Mais il continue de se donner aujourd’hui à notre monde, à nous, à vous, à toi. Il est toujours là, petit enfant dans la crèche qui nous attends. « Moi, l’enfant de Noël, je veux te donner mon amour, l’amour infini de Dieu. Alors, quelle sera ta réponse ? » Dieu est toujours fidèle… Il est là aujourd’hui dans la crèche. Et moi, vais-je être fidèle pour être l’ami de Jésus ? Ce que nous sommes invités à redécouvrir aujourd’hui finalement, chers amis, c’est que nous avons un cœur, un cœur fait pour aimer, un cœur prêt à aimer. Oui, frères et sœurs, avez-vous du cœur ? Le petit Jésus de la crèche est un cœur battant prêt à aimer, prêt à nous aimer… Et aujourd’hui, il nous redit que nous aussi nous avons un cœur prêt à aimer, prêt à l’aimer… Il nous le redit car nous l’oublions bien souvent. La dureté de notre monde nous fait l’oublier. En contemplant Jésus nous devons retrouver notre cœur d’enfant. Pas pour gommer les aridités du monde d’un coup de baguette magique : Dieu n’est pas un magicien. Non. Mais Noël vient nous redire qu’après chaque tempête (et nous en avons essuyé une belle la nuit passée) : après la tempête vient toujours un rayon de soleil, le calme, la paix qui permet de retrouver la liberté, la joie de sortir à nouveau au grand air. Dans cette église, ensemble, ce soir, nous venons puiser à la source d’amour de Dieu qui nous donne sa paix et sa joie. Et ainsi nous pourrons repartir avec un cœur renouvelé, plus beau. Joie très intérieure bien sûr, très profonde. Mais aussi, joie pour les autres, tournée vers les autres.  La Bonne Nouvelle de cette nuit de Noël, la Bonne Nouvelle d’un Dieu qui nous aime tellement qu’il s’est fait homme, ne peut rester dans l’intimité de cette église. Elle doit en déborder comme un fleuve d’eau vive. Beaucoup se demandent : mais pourquoi faire encore la fête ? Dans toute cette consommation effrénée, y a t-il encore un sens à tout cela ? Certains se ferment même à la fête, à la joie de Noël. Quelle tristesse d’entendre dire : « moi je n’aime pas Noël ».

Chers amis, aujourd’hui, il nous faut ré-enchanter ce monde. Ce n’est pas un miroir aux alouettes qui nous est promis, un cadeau empoisonné.  Non, c’est le cadeau d’un amour plus fort que tout. Un amour qui peut tout et nous donne l’audace de vivre ici et maintenant. Et cela n’a aucune valeur marchande. Cela ne se vend pas, ne s’achète pas. Cela se puise à la source, en Dieu. Gratuitement. Indéfiniment.

Oui, rendons grâce pour vous tous qui êtes là ce matin. Découvrez, redécouvrez cet amour dont Jésus est le signe. Découvrez, redécouvrez l’amour présent en votre cœur. Et soyez-en les témoins autour de vous. C’est simple. Mais cela peut être une véritable révolution, une révolution de l’amour comme la nomme le Pape François. Nous avons à la mener ensemble… Elle doit atteindre le monde. Toutes les périphéries de l’existence. Et on commence aujourd’hui. Ce matin.

Amen !




dimanche 22 décembre 2013

Laissons-nous aimer !

Homélie 4é dimanche de l’Avent

Durant ces derniers jours de l’année, j’ai la joie de rencontrer plusieurs couples de jeunes fiancés et même de vivre cela dans la prière au cours d’une célébration : Vincent et Elise, Aude et Patrick ou Hortense et Benoit. Oui, c’est vraiment une grande joie d’accompagner ces bonheurs naissants, ces espérances radieuses d’une vie de couple et de famille. A ce stade, tout semble leur sourire. Tout semble simple : et tant mieux ! Et pourtant si lorsque Benoit vient de déclarer sa flamme à Hortense et son désir qu’ils se marient, celle-ci lui annonçait qu’elle est déjà enceinte… par l’action de l’Esprit Saint ! Essayer un instant d’imaginer le trouble de ces deux jeunes gens ! Et là deux solutions : soit on arrête tout, soit on poursuit…dans la confiance. Voilà bien le dilemme de Joseph et de Marie qui est repris dans l’Evangile de ce dimanche, de ce dernier dimanche avant Noël. Ne minimisons pas les questions qui ont été celles de ce couple et que l’Evangéliste rapporte. Marie : « Mais comment cela va t-il se faire ? ». Joseph avait décidé de répudier Marie en secret. L’irruption de cet enfant dans leur vie les déroute et remet en cause leur beau projet. Pour cela Joseph est admirable. Cet homme juste est d’une grande discrétion dans l’évangile. On en parle finalement très peu. Mais c’est bien le signe qu’il s’est laissé finalement faire par Dieu. Tout comme Marie, il a accepté ce changement fondamental de destin. Il a accepté de ne pas suivre le chemin tracé par la tradition. L’arrivée de l’enfant Jésus, en tout point extraordinaire, remet profondément en cause leur projet de vie. Mais ayant entendu l’ange de Dieu résonnant avec la parole des Prophètes, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse… et cet enfant qui venait de Dieu. Quelle belle leçon de foi, de confiance en Dieu.

A quelques heures de Noël, nous sommes nous aussi questionnés : allons-nous accepter d’accueillir Jésus le Christ qui vient naitre en nous, qui veut en nous faire sa demeure ? Comme vous êtes de bons chrétiens, ayant qui plus est le sens de l’accueil, vous allez, un peu instinctivement me répondre : oui ! Mais attention, frères et sœurs. Le Pape François l’a clairement dit aux jeunes réunis à Rio l’été dernier : le Christ ne vient pas apporter un bonheur bien confortable et tranquille. Il vient apporter la pagaille ! D’ailleurs, il a apporté la pagaille dans la vie de Marie et de Joseph dès avant sa naissance. Or nous n’aimons pas la pagaille… Nous avons peur de la pagaille… Et c’est vrai que ce n’est sans doute pas un idéal de vie. Mais je crois qu’il y a une sainte pagaille. Jésus vient nous rappeler l’essentiel. Sa venue en ce monde nous réveille et remet les choses à l’endroit. Parce qu’il aime Marie et qu’il fait confiance en Dieu dans la Foi, Joseph accepte d’aller au delà des lois de la religion de ses Pères et de leurs traditions. Marie dit alors « Voici la servante du Seigneur : que tout se passe pour moi selon ta Parole ». Ensemble, ils osent croire à l’impossible de Dieu.

Notre foi ose-t-elle croire à l’impossible de Dieu ? A un Dieu qui rends fertile ce qui est stérile comme pour Elisabeth ? Qui transforme les cœurs les plus endurcis et accueille dans son Paradis le malfaiteur crucifié à côté de Jésus, le Bon Larron. Accueillir le Christ dans sa vie la transforme et la rends meilleure. Mais il faut accepter le danger que cela nous fait courir. Je pense ici à cette jeune femme qui avait commencé un parcours vers le baptême et qui, au bout d’un an, s’est arrêtée sur la route car les exigences d’une vie chrétienne était alors trop fortes pour elle. Je pense aussi à tous ces chrétiens du bord de la piscine… Ils tournent autour avec envie, mettent éventuellement un doigt de pied dans l’eau pour voir la température de l’eau… Mais hésitent à plonger. En disant cela, je ne fais qu’un constat. Et je voudrais surtout les inviter à plonger dans le bain de la Foi en osant la rencontre avec le Christ qui transforme, en osant dire « oui » au Dieu qui vient.


Frères et Sœurs,
Dans quelques heures presque, nous allons fêter Noël. Nous sommes invités à redire ensemble « oui » à Jésus, le Seigneur sauve. Oui à l’Emmanuel, Dieu avec nous. Oui à l’inattendu de Dieu qui fait toutes choses nouvelles. Nous avons bien raison de tout préparer pour une grande fête, nos maisons, nos tables… Mais acceptons de laisser aussi une place à l’inconnu. Si le cousin perdu de vue depuis des années vient sonner le 24 déc. à 22h : qu’allons-nous faire ? Et ce soir-là, nous accueillerons mieux que notre cousin de loin. Nous accueillerons le Christ, Dieu fait homme.

Je voudrai conclure avec les mots de Madeleine Delbrel, femme de foi et d’action à Ivry avant la 2de guerre mondiale. Dans son livre « Sainteté des Gens Ordinaires », elle écrit ceci :

« Chaque petite action est un événement immense où le Paradis nous est donné, où nous pouvons donner le paradis.
Qu'importe ce que nous avons à faire : un balai ou un stylo à tenir ; parler ou se taire; raccommoder ou faire une conférence ; soigner un malade ou taper à la machine.
Tout cela n'est que l'écorce d'une réalité splendide, la rencontre de l'âme avec Dieu, à chaque minute renouvelée, à chaque minute accrue en grâce, toujours plus belle pour son Dieu.
On sonne ? Vite, allons ouvrir.
c'est Dieu qui vient nous aimer.
Un renseignement ? le voici:
c'est Dieu qui vient nous aimer.
C'est l'heure de se mettre à table: allons-y :
c'est Dieu qui vient nous aimer.
Laissons-le faire… Laissons-nous aimer ! »


Amen.

dimanche 8 décembre 2013

Jean Baptiste : lanceur d'alerte !

Homélie 2é dimanche de l’Avent 2013

Frères et Sœurs,

« Nous avons perdu l'un des hommes les plus bons, les plus courageux et les plus influents de l'humanité » « Je ne peux pas imaginer ma vie sans l'exemple de Nelson Mandela », a dit le président des Etats-Unis, Barack Obama, visiblement ému. Il a ajouté que le jour de sa sortie de prison, Mandela « m'a fait comprendre ce que l'on peut réaliser lorsque l'on est guidé par l'espérance ». Une belle parabole du temps de l’Avent, non ?

La vie éprouvée et l’action de cet homme en faveur de la paix et de la justice est saluée dans le monde entier. Comme l’évoque le président Obama, il est un signe qu’un au-delà de soi est possible pour le bien des autres. Si je l’évoque avec vous ici ce matin, c’est que je crois qu’il peut nous aider aussi à comprendre ce grand personnage biblique du temps de l’Avent qui nous accompagne aujourd’hui : saint Jean Baptiste, le précurseur.

Jean-Baptiste est un prophète qui étonne. Par la description qu’en fait St Matthieu dans son Evangile, il insiste sur les côtés étonnants, on pourrait presque dire extravagants du personnage.

Saint Jean-Baptiste étonne par ce qu’il est, par ce qu’il dit, par ce qu’il fait. Je m’explique.

Etonnant par ce qu’il est : son vêtement (en poil de chameau) ; sa nourriture (des sauterelles et du miel sauvage). Par son mode de vie ultra sain et naturel au milieu de la nature, Saint Jean Baptiste pourrait être le premier des écologistes !
St Jean Baptiste de L. de Vinci

Etonnant par ce qu’il dit : Il a une parole de prophète. A ses interlocuteurs, pharisiens et des sadducéens, il dit des paroles dures : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? » Ne soyez pas trop fiers de vous-mêmes. Ne vous glorifiez pas d’être des enfants d’Abraham. Mais soyez cohérents avec vos paroles.

Etonnant enfin  par cette pratique du baptême d’eau. Au milieu du désert, au bord du Jourdain, il fait venir à lui des foules pour les plonger dans l’eau.

Jean-Baptiste nous étonne donc… Mais pourquoi fait-il cela ? Pour se mettre en valeur ? Pour attirer à lui des fidèles ? Pour sa propre gloire ?

Non, nous le savons bien. Jean-Baptiste lui-même le dit : il n’est là que pour annoncer Celui qui doit venir. Pour préparer le chemin à plus fort que lui, à Celui « qui vient derrière moi est plus fort que moi, et auquel je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. » Jésus le Christ qui lui aussi viendra recevoir le baptême de Jean-Baptiste… Mais en proposera un nouveau : baptême dans l’Esprit Saint et le feu.

Et Jean-Baptiste est très clair. En attendant la venue du Messie, nous devons nous préparer, nous devons nous convertir, nous devons aplanir la route et produire dans notre vie un fruit qui exprime notre conversion. Sur le chemin qui nous même à Dieu, il y a des embûches, des pierres que nous déposons nous-mêmes, des détours qu’un plaisir facile nous fait emprunter. « Convertissez-vous » clame Jean-Baptiste. Prenez la bonne direction et la route droite vers le Christ. 

Peut être sommes-nous un peu fatigués ? Peut être trouvons-nous que la route est dure car nous ne sommes pas épargnés par les épreuves de la vie ? Saint Paul nous invite à prier alors le Dieu de la persévérance et du courage ! « Frères, tout ce que les livres saints ont dit avant nous est écrit pour nous instruire, afin que nous possédions l'espérance grâce à la persévérance et au courage que donne l'Écriture. » Et il poursuit avec un conseil. Nous pouvons le prendre pour nous comme notre règle de vie pour la semaine qui vient : « Soyez bien d’accord entre vous selon l'esprit du Christ Jésus. Accueillez-vous donc les uns les autres comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu, vous qui étiez païens. »

Ce qu’Isaïe évoque par cette description : « Le loup habitera avec l'agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l'ourse auront même pâturage, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s'amusera sur le nid du cobra, sur le trou de la vipère l'enfant étendra la main. »

Tout cela peut paraître bien idyllique. Mais cela veut surtout nous inviter à marcher vers cette description du Royaume qui vient et que nous sommes invités à faire grandir chaque jour. Avec ce souci de nous accueillir les uns les autres. Tels que nous sommes avec nos énormes qualités bien sûr. Mais aussi nos petits défauts… qui pourtant parfois crèvent l’écran ! Et deviennent insupportables aux yeux des autres. 

Comment pourrions-nous accueillir le Christ si nous ne sommes pas capables de nous accueillir les uns les autres ? Voilà donc un point concret d’effort pour les jours qui viennent. Je choisi une personne de mon entourage, de ma famille qui ne me revient pas, que je ne comprends pas. J’écoute Jean le Baptiste : je me convertis. Je convertis mon regard sur elle. Je mets une garde à mes paroles déjà pour arrêter de dire du mal. Et je demande au Seigneur dans la prière de m’aider à l’accueillir telle qu’elle est. 

La véritable conversion passe par des gestes concrets. Elle se fait en acte et en vérité. Mandela a été ce signe de réconciliation entre les peuples d’Afrique du Sud. Il a montré que des années d’incompréhension et de mépris sont surmontables. Si chacun œuvre pour cela. Et notre foi nous pousse à être des signes de réconciliation dans le monde, autour de nous. Ici et maintenant. Exigence qui doit même et d’abord se vivre au sein de notre communauté.

Frères et Sœurs,

Cette semaine, gardons Jean-Baptiste pour compagnon de route. Entendons-le nous interpeller : « préparez-le chemin du Seigneur » et mettons-nous à l’œuvre concrètement dans l’attention à l’autre, et peut être le plus petit… celui qui n’aura pas la chance de bénéficier de l’aide d’une œuvre à grand impact médiatique… mais qui n’attends pas moins qu’on lui tende la main, qu’on lui donne un regard, un sourire… « Car le Royaume des cieux est tout proche. »