jeudi 8 décembre 2011

Homélie Immaculée Conception 2011



Aujourd’hui, l’Eglise fête donc en grande solennité l’Immaculée Conception de la Vierge Marie. Autant dire que rien que les termes de cette célébration « immaculée conception » sont étrangers à la plupart de nos contemporains. Autant qu’ils pouvaient l’être à la jeune Bernadette de Lourdes malgré la précaution toute maternelle de la Vierge de lui parler en bigourdan : « Que Soy era immaculada conceptiou ». On connaît la suite. Bernadette ne comprend rien à ce message de la Vierge. Elle part en courant et ne voulant rien oublier se répète ces mots jusqu’à la porte du presbytère. Lorsqu’elle annonce cette phrase au brave curé Peyramale, celui-ci sera troublé. Nous sommes le 25 mars 1858 et ce n’est que quatre ans plus tôt, en 1854, que le pape Pie IX en avait fait une vérité de foi catholique. La dame de la grotte ayant enfin révélé son identité, il semble là qu’il y ait un tournant dans l’histoire de Lourdes et le succès de ses pèlerinages par la suite.  C’est aussi en 1852 que naît à Lyon la tradition de la fête des lumières le 8 décembre pour fêter l’inauguration de la statue de Notre Dame de Fourvière. Invitation est faite aux lyonnais de dire « Merci, Marie ».

Aucun doute, nous fêtons donc bien Notre Dame. Ce qui est d’autant plus justifié que nous sommes au milieu du temps de l’Avent dont Marie est l’une des figures emblématiques avec Jean Baptiste, évoqué dimanche dernier. Car comme nous l’avons dit dans l’oraison d’ouverture, Dieu a préparé à son Fils « une demeure digne de lui ». Avec Marie, le catéchisme de l’Eglise catholique nous rappelle que nous avons un modèle de la Foi. Elle ne cesse de nous montrer le chemin de la foi, de la prière, de la juste attitude de l’homme vis à vis de Dieu. Le peuple chrétien ne s’y trompe pas d’ailleurs. Ces foules qui envahissent les sanctuaires mariaux savent trouver en elle ce recours à toutes leurs demandes, à leurs infidélités, à leurs manques de foi. De l’accueil de la Nouvelle portée par l’ange à la mort de Jésus sur la croix, puis ensuite au Cénacle avec les apôtres, « la Vierge Marie est allée «dans le pèlerinage de la foi » jusque dans la nuit de la foi en communiant à la souffrance de son fils et à la nuit de son tombeau » nous dit le catéchisme. Ainsi elle nous montre le chemin. « La première en chemin, Marie, tu nous entraines » avons-nous l’habitude de chanter. Son fiat, que nous venons de réentendre dans l’Evangile de ce soir, est bien un acte humain de sa volonté pour accueillir le choix inattendu et étonnant de Dieu. Marie n’est pas un pantin, un simple instrument de l’économie divine. Par sa réponse admirable « Voici la servante du Seigneur : que tout se passe pour moi selon ta parole », elle nous invite à accepter positivement l’invitation de Dieu, a nous laisser bouleverser par Lui, à accepter qu’Il vienne changer nos plans de carrière, nos projets de vie bien ficelés d’avance mais qui risque de s’écrouler parce que trop fondés sur des critères de réussite humaine. Vous le savez bien, amis séminaristes. Dire oui à Dieu est une expérience qui nécessite constamment de faire fi de son amour propre, des ses ambitions mondaines pour choisir une autre ambition bien plus grande : s’ajuster à sa condition de Fils de Dieu au service du Seigneur. Même si cela peut être parfois un combat rude, bienheureux êtes-vous d’avoir oser un premier pas. Le pire aurait été de ne pas choisir. Je connais quelques exemples d’une tristesse dramatique. Le premier pas de Marie est ce « oui » sans réserve qui l’entraine vers un destin inconnu mais frappé du sceau de l’amour divin.

Mais cette fête de l’Immaculée Conception, nous invite à aller plus loin. Car si nous pouvons à juste titre admirer le fiat de la Vierge Marie et le redire chaque jour pour nous même laissant Dieu prendre chair en notre chair, il nous faut tout autant admirer l’action et l’œuvre de la Grâce qui l’a ainsi préserver de « toutes les séquelles du premier péché ». Pour cela, la jeune femme de Galilée n’y est pour rien. Elle ne peut qu’accueillir ce don gratuit et se laisser faire par la grâce dont elle est comblée. Ce dessaisissement de soi-même peut aussi fonctionner pour nous comme un modèle. Bien souvent, nous sommes tellement préoccupés de bien faire, de faire la volonté de Dieu que nous nous y attelons  de toutes nos forces. Tant et si bien que nous allons nous fatiguer. Si l’on fait tourner un moteur à plein régime sans arrêt, non seulement il va consommer beaucoup mais en plus il risque d’exploser au bout d’un certain temps. Marie, ce soir, nous invite à tout autre chose. Se laisser faire. Accepter de se laisser faire, de se laisser modeler par le Créateur. « Il nous a d’avance destinés à devenir pour lui des fils par Jésus Christ ». Comment cela va t’il se faire ? En refusant nos velléités volontaristes qui peuvent se transformer en une sorte de pélagianisme, de salut acquis par la somme de nos petits efforts, à la force de nos poignets. Comment cela va t’il se faire ? « L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très haut te prendra sous son ombre. » Ainsi c’est l’Esprit Saint qui travaille, c’est Lui qui opère par sa force. Il nous faut juste, pour reprendre la belle image de l’Ange, nous mettre sous son ombre. Nous comprenons bien alors que nous ne sommes à l’origine ni de l’arbre et encore moins du soleil qui permettent l’ombre. Bien sûr me direz-vous, nous n’avons pas été conçu sans péché. Pourtant, « il faut résister à la tentation de s’enfermer dans une culpabilité paralysante, écrasés par notre péché, nos faiblesses… » écrit un auteur spirituel dans un beau livre intitulé « de la peur à la grâce ». « On se croit alors indigne de la grâce de Dieu » poursuit-il. « Cette culpabilité conduit au repli sur soi au lieu que notre regard se porte sur Dieu. On risque alors de s’y complaire, d’en tirer orgueil et d’en faire une idole. Il faut fracasser cette idole et se tourner vers notre Seigneur qui est amour. » Saint Paul nous redit pourtant comme aux habitants d’Ephèse : « En Jésus Christ, Dieu nous a choisi avant la création du monde, pour que nous soyons, dans l’amour, saints et irréprochables sous son regard ». Sous l’ombre de son regard d’amour. Oui, comme Marie, il nous faut cette confiance inouïe qui se laisse travailler par la grâce. En elle, aucune peur, aucun refus ne vient troubler l’œuvre de la grâce. Avec elle, nous pouvons prier avec ces mots attribués à Charles de Foucauld :

Notre Dame, qui par votre oui avez changé la face du Monde,
prenez en pitié ceux qui veulent dire "oui" pour toujours.
Vous qui savez à quel prix ce mot s'achète et se tient :
obtenez-nous de ne pas reculer devant ce qu'il exige de nous.
Apprenez-nous à le dire comme vous dans l'humilité, la pureté, la simplicité et l'abandon à la volonté du Père.
Faites que, tout au long de notre vie, les "oui" que nous dirons après celui-là ne soient pas autre chose qu'un moyen d'adhérer encore plus parfaitement à la volonté de Dieu: pour notre salut et celui du monde entier.

Amen.