lundi 28 mars 2016

L'expérience de la lumière...

Homélie Veillée Pascale 2016

« Maintenant, c’est clair, je suis perdu »… Celui qui décrit cette expérience traumatisante est un écrivain célèbre, Eric-Emmanuel Schmitt, perdu dans l’immensité du Hoggar, désert du grand sud algérien. Un soir, le voilà complétement perdu, abandonné, peu vêtu et sans vivre… Lui arrive alors une expérience étonnante pendant la nuit. 2 mots reviennent pour la décrire : Mort et  Lumière… Cette « nuit de feu », ainsi que Pascal décrivait aussi son expérience mystique, nous permet de faire un rapprochement facile avec ce que nous vivons ce soir en cette Sainte veillée de Pâques. Et Eric-Emmanuel Schmitt écrit en ce sens : « ce feu, pourquoi ne pas le nommer Dieu ? ».

Au cœur de la nuit, des ténèbres de la mort, Dieu vient allumer le feu de sa vie pour toujours. Il vient nous éclairer du soleil d’un matin de Résurrection.

Peut être ne ferons-nous pas tous l’expérience d’ E.E. Schmitt. Nous ne sommes pas obligé d’aller dans le grand sud algérien pour faire l’expérience de Pâques. Bien que ce soit aussi le lieu d’enfouissement d’un certain Charles de Foucauld d’ailleurs.

Mais tous, ce soir, nous sommes invités à accueillir la lumière de Pâques. Pourtant c’est bien embarrassant. On ne sait pas quoi en faire. On a envie de l’enfouir, de la cacher cette lumière. Surtout dans notre société où la mode médiatique n’est pas à la foi catholique. Sacro-sainte laïcité à la française, priez pour nous ! Et dire autour de nous, qui plus est, que nous croyons à un Dieu qui s’est fait homme et qui est ressuscité ! Car c’est cela que nous annonçons à Pâques. Jésus est mort sur la croix… Et « à la pointe de l’aurore », les femmes découvrent le tombeau ouvert, vide et  deux hommes leur annonce : « il n’est pas ici, il est ressuscité ». Ce jour-là ; l’aurore s’est levée. Définitivement. Sur le monde. Sur l’Histoire.

Alors une lumière est-elle faite pour être mise sous le boisseau ? Peut-on l’enfouir et la cacher ? « Notre cœur n’était-il pas brulant alors qu’il nous parlait en marchant ? » diront les premiers disciples rencontrés par le Ressuscité. « Fait chaud, fait bon ici » décrit E.E. Schmitt. Comment cacher encore cette bonne, cette extraordinaire nouvelle : la mort est morte ! Elle a été clouée au bois de la Croix. La vie a gagné définitivement.

Et là, frères et sœurs, il nous faut choisir ! Vous savez dans la vie, nous sommes confrontés à ce genre de choix cornéliens : Beurre ou confiture ? Fromage ou dessert ? Savez-vous qu’en ce moment, un débat formidable divise le peuple américain en deux camps adverses : il s’agit de choisir si on est plutôt Batman ou Superman ? Quel super-héros êtes-vous ? Celui qui vient du mal ou celui qui fait le bien ? C’est, plus sérieusement, d’une certaine manière le choix de Pâques. Etes-vous pour que la vie gagne ? Pour que la mort perde définitivement ?

Des forces de mort sont présentes dans notre monde. Elles frappent au cœur de nos sociétés occidentales. Encore il y a quelques jours à Bruxelles. Après Paris. Nous pouvions lire dans le journal dernièrement, le témoignage de ce couple qui était au Bataclan le 13 novembre dernier. Depuis ils sont encore sous le choc. Il doivent se ré-éduquer à la vie ! Car il faut choisir la vie !

Parfois, nous aussi, intérieurement, sans avoir vécu un si grand cataclysme, nous sommes tentés par nous laisser gagner par la mort. Nous endormir au jardin de Gethsémani. Jésus n’a pas hésité à aller jusqu’aux profondeurs de la mort pour nous dire : lève-toi d’entre les morts ! Libère-toi de toutes les tristesses, les pesanteurs mortels qui t’habitent… et vis ! La dernière phrase écrite par ma mère quelques heures avant de quitter ce monde est une citation de Frère Roger de Taizé « ce qui te préoccupe, Dieu s’en occupe ». Quel beau testament !

Ce soir, nous avons allumé nos petits cierges au Cierge Pascal, au Christ vivant !  Nous allons repartir avec. Ils seront éteints… Mais n’oublions pas que nous avons illuminé cette nuit avec. Qu’ils peuvent illuminer nos vies : si nous choisissons la vie ! Si nous osons choisir le Christ, vivant, ressuscité. Alléluia !