mardi 13 janvier 2015

Compte-rendu de la lecture de "Le voyant"  de Jérôme Garcin - Ed. Gallimard.

Même consacré à un héros oublié de la Résistance, un livre-hommage pourrait être barbant. Rien de cela dans le lumineux récit de Jérôme Garcin. Il a su nous partager la force de vie incroyable et la joie contagieuse de Jacques Lusseyrand. Une épopée qui montre que, même à travers les yeux éteints d’un aveugle et dans les circonstances les plus ténébreuses des cam ps de concentration : « la lumière est toujours là ». A lire d’urgence en ces temps parfois obscurs.


Le voisin d’en face la librairie l'Etagère !


dimanche 11 janvier 2015

Seul l'Amour vaincra la haine !

Homélie Baptême du Seigneur – B

Frères et Sœurs,
Dans l’équipe liturgique avec laquelle nous avons préparé ce dimanche, une très bonne question a été posée : mais enfin pourquoi Jésus a été baptisé ? Pourquoi avait-il besoin d’être baptisé ? Très bonne question car c’est vrai : si Jésus est le Christ, il n’en a pas besoin. Jean Baptiste lui-même d’ailleurs s’en rend bien compte. « Celui qui viendra est plus fort que moi ; je ne suis pas digne de m’abaisser pour défaire la courroie de ses sandales. » Et même chez un autre évangéliste, il y a cette discussion entre Jean Baptiste et Jésus. Le premier refusant de baptiser celui en qui il a reconnu le Sauveur, celui qui baptise non plus dans l’eau mais dans l’Esprit. Il est donc tout à fait légitime de se demander pourquoi Jésus veut recevoir ce baptême.
Parmi les nombreuses réponses que l’on pourrait évoquer, je voudrais en retenir une pour nous aujourd’hui. Pour la comprendre regardons tout simplement ce qui s’est passé lors de ce baptême, la description des évangélistes.
« Il fut baptisé par Jean dans le Jourdain.
Et aussitôt, en remontant de l’eau,
il vit les cieux se déchirer
et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe.
Il y eut une voix venant des cieux :
« Tu es mon Fils bien-aimé ;
en toi, je trouve ma joie. »

Les éléments étonnants de ce baptême sont la colombe qui représente l’Esprit et la voix qui vient du ciel qui vu son message peut nous laisser penser que c’est le Père qui parle. Ainsi, une des raisons du baptême de Jésus est cette manifestation, cette épiphanie de Dieu. Dieu se révèle, Dieu se dit là. Dieu nous dit ce qu’il est, qui il est. Jésus, homme au milieu des Hommes, est le Fils bien aimé du Père. Notre Dieu se révèle en ses 3 personnes, la Trinité, mais surtout Il nous dit la relation qui unit les trois. Cela tient en un mot : Dieu est amour ! « Tu es mon fils bien aimé ». A ceux qui assistent au baptême dans le Jourdain, aux disciples de Jean Baptiste, à Jean Baptiste lui-même et à nous ce matin, il est redit que notre Dieu n’est qu’amour. Vous allez peut être me dire que ça vous le saviez déjà ! Que ce n’est pas une grande nouvelle… Certes. Mais parfois les évidences sont bonnes à rappeler. A chaque baptême que je célèbre, j’aime bien rappeler cette phrase et dire que le baptême nous fait entrer dans cette relation particulière, privilégiée avec Dieu car je suis, tu es, nous sommes les fils, les filles bien aimés de Dieu.
Et je crois qu’aujourd’hui, dans les moments troublés qui sont les nôtres, nous avons besoin d’entendre cela à nouveau. De nous redire ensemble cela à nouveau. Mgr d’Ornellas dans son communiqué à la suite de l’attentat criminel de ce 7 janvier écrivait : « Quelle que soit la religion, Dieu est un Dieu de paix. » Et dans notre foi chrétienne, nous annonçons un Dieu d’amour de miséricorde. Quel Dieu pourrait porter en lui autant de haine, de violence ? Cela n’est pas Dieu, quelque soit le nom qu’on lui donne ! Tout croyant est questionné par ce qui est arrivé à Paris ou ce qui se passe dans le monde arabe aujourd’hui. Mais nous ne devons pas cesser de dire que nous n’avons qu’un Dieu en Jésus Christ et qu’il n’a cessé de proclamer l’évangile de l’Amour.  Cette Bonne Nouvelle est semée en nos cœurs à notre baptême et ne doit pas revenir sans être fécondée, avoir germé et porter du fruit. Et saint Jean ne cesse de nous expliquer ce que cela veut dire : Voici comment nous reconnaissons
que nous aimons les enfants de Dieu :
lorsque nous aimons Dieu
et que nous accomplissons ses commandements.
Car tel est l’amour de Dieu :
garder ses commandements ;
et ses commandements ne sont pas un fardeau,
puisque tout être qui est né de Dieu
est vainqueur du monde.
Or la victoire remportée sur le monde,
c’est notre foi.

Par son baptême, Jésus nous montre aussi le chemin de cette obéissance à Dieu. Sur sa route humaine, il devait être baptisé dans l’eau avant plus tard de passer aussi par la mort pour renaître à la Vie éternelle. Aimer implique la confiance. Elle est totale entre le Père et le Fils car Il sait que « Dieu ne peut que donner son amour ». Et c’est ainsi que nous aurons la victoire sur le monde, la victoire sur la haine, la victoire sur la violence en nous et autour de nous. Il nous faut aimer… Encore et encore…  Le Pape François écrit «  Chaque chrétien et chaque communauté est missionnaire dans la mesure où il porte et vit l’Évangile et témoigne de l’amour de Dieu envers tous, spécialement envers celui qui se trouve en difficulté. Soyez missionnaires de l’amour et de la tendresse de Dieu ! Soyez missionnaires de la miséricorde de Dieu, qui toujours nous pardonne, toujours nous attend, nous aime beaucoup ! ».
Il est de notre devoir d’aimer en actes et en vérité. Pas seulement aves des paroles. Aimer, c’est très concret. C’est une question de tous les instants. A la sortie de cette messe, dans ma voiture, dans mon travail, avec ma famille, etc… Et ne l’oublions pas au sein de notre communauté. Comment pourrions-nous être serieusement des missionnaires de l’amour si nous nous critiquons les uns les autres dans notre communauté. Si sans cesse, nous disons du mal de notre évêque, de tels ou tels prêtres ou de tels ou tels frères chrétiens. Aimer commence ici et maintenant. C’est sûrement notre réponse à tous. La République parle quand même de « fraternité » elle aussi.
Je voudrais conclure en vous partageant un bel appel à l’amour. Celui d’un poète. A un moment particulier pour lui car il a écrit cette lettre dans la nuit du 2 au 3 février 1975 qui a suivi l’assassinat de sa femme par leur jardinier, déséquilibré.
Lettre ouverte de Julos Beaucarne.
… C'est la société qui est malade. Il nous faut la remettre d'aplomb et d'équerre, par l'amour, et l'amitié, et la persuasion…
Sans vous commander, je vous demande d'aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches. Le monde est une triste boutique, les cœurs purs doivent se mettre ensemble pour l'embellir, il faut reboiser l'âme humaine… Il n'est de vrai que l'amitié et l'amour. Je suis maintenant très loin au fond du panier des tristesses. On doit manger chacun, dit-on, un sac de charbon pour aller en paradis. Ah ! Comme j'aimerais qu'il y ait un paradis, comme ce serait doux les retrouvailles.
En attendant, à vous autres, mes amis de l'ici-bas, face à ce qui m'arrive, je prends la liberté, moi qui ne suis qu'un histrion, qu'un batteur de planches, qu'un comédien qui fait du rêve avec du vent, je prends la liberté de vous écrire pour vous dire ce à quoi je pense aujourd'hui : Je pense de toutes mes forces qu'il faut s'aimer à tort et à travers.
Julos - nuit du 2 au 3 février 1975 - Ecrit après l’assassinat de sa femme par leur jardinier.