vendredi 26 décembre 2014

Capables d'aimer !

Homélie Noël 2014

Frères et Sœurs,
Si, Petit Journal de Canal + aidant, nous apprenons qu’un certain nombre de nos compatriotes ne savent pas en quelle année est né Jésus Christ, il est peut être bon de préciser ici que cette nuit nous ne fêtons pas l’arrivée du Père Noël dans chacune de nos cheminées… Mais bien la naissance de Jésus. D’ailleurs, nous avons fait supprimer les cheminées au presbytère ! Et cela se passait ni au Moyen âge, ni à la Renaissance mais bien il y a à peu près 2000 ans…donc aux alentours de l’année 0 de notre ère. Nous sommes donc là pour un joyeux anniversaire. Un peu spécial quand même. D’abord parce que je ne connais pas beaucoup de personnes dans le monde qui réunissent autant de gens autour d’eux pour leur anniversaire. Qui d’autre que Jésus d’ailleurs ? Il se passe donc bien quelque chose autour de lui. Pourtant, un peu comme aujourd’hui, Jésus est né dans l’indifférence d’une ville plus préoccupée par autre chose, au fin fond d’une étable. Mais cette naissance a bouleversé le monde. Vous n’y croyez pas ? Alors pourquoi êtes-vous là ? 2000 ans plus tard…Parce que Jésus durant les 30 années de sa vie terrestre a prêché, a rencontré, a pardonné, a guéri, a nourri,… Autant de gestes et de paroles qui n’ont pu laisser indifférent ceux qui l’ont côtoyé. Il a bouleversé l’histoire. Il est donc juste qu’il en soit le point zéro pour l’Occident. En cette nuit, dans la discrétion d’une nuit, le calme d’une nuit, un enfant nouveau-né concentre nos regards depuis 2000 ans. Approchons-nous de la crèche. Que nous dit-il ? Quelle est cette Bonne Nouvelle dont il témoigne ? Qu’est-ce qui a émerveillé les bergers et fait se déplacer des rois étrangers ? Qu’est-ce qui nous a fait nous déplacer et être aujourd’hui ici dans cette église ?

La naissance de Jésus est une Bonne Nouvelle pour le monde depuis 2000 ans. C’est un message de paix, d’espérance, d’amour sans cesse répété. Mais surtout, Jésus le Christ vient nous révéler profondément ce que nous sommes. Le plus important dans cette naissance, c’est de savoir que la nuit où Dieu se fait homme en Jésus le Christ, l’homme est fait Dieu. Il est capable de Dieu. Nous sommes capables de Dieu. Chacun de nous est capable de Dieu. Nous savons que bien souvent nous sommes tirés vers le bas… pour ne pas dire par nos bassesses humaines. Par nous-mêmes… ou par le monde qui nous entoure. La société de consommation dans laquelle nous baignons ne cesse de nous attirer vers de faux dieux aux plaisirs immédiats mais fugaces et finalement insatiables.

Or l’enfant Jésus de la crèche vient nous redire : l’essentiel, le meilleur pour toi et les autres, Dieu l’a déposé en toi. Jésus est né de l’amour de Dieu pour le monde, de l’amour de Marie et de Joseph. Or c’est l’amour qui sauvera le monde ! Nous sommes capables de cet amour inouï ! De cette grandeur d’âme et d’esprit ! Jésus par sa naissance vient nous décrasser, nous sortir de notre petite bourbe quotidienne, nous dire : «  toi aussi : tourne les yeux vers l’étoile qui vient de naitre cette nuit. Avec moi, tu peux changer le monde ! » Aujourd’hui. Des hommes et des femmes qui changent le monde, il y en a encore aujourd’hui. Si nous avons ouvrir les yeux. Moi, j’essaie de les repérer. C’est comme un jeu. Cherchez les semeurs d’espérance de notre monde ! Ils dirigent parfois des entreprises : regardez Emmanuel Faber à la tête de Danone par exemple… ou il sont parmi les plus pauvres : je pense à cette femme, Isabelle Maurer, que j’ai eu la chance de rencontrer quand elle est venue témoigner à St Malo. Elle a écrit un beau témoignage intitulé « je ne baisserai plus les yeux ». Malgré une vie semée d’épreuves, elle porte en elle une énergie communicative et se dévoue, elle qui n’a rien, sans cesse pour les autres. Des gens comme cela, j’en rencontre plein. Tellement que j’aimerai créer un club : le club des gens formidables ! A une autre époque, on aurait dit le club des chics types ! Et ce soir, Jésus vient nous dire : toi aussi, tu peux entrer au club. Il y a déjà beaucoup de monde… On appelle cela les saints. Mais tu y as ta place. Pour vivre cette sainteté ordinaire, du quotidien. Qui me fait remplacer la grimace par le sourire, l’angoisse par la paix, la tristesse par la joie. Vous connaissez l’histoire de la petite Thérèse, cette petite fille qui pleurait sans cesse, pour un oui ou pour un non ! Et qui va se convertir comme instantanément dans la nuit de Noël 1886. Au retour de la messe de minuit, devant l’Enfant de la crèche, elle trouve la joie immense, infinie. Et deviendra pour cela : Sr Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face. Aujourd’hui Sainte Thérèse, connue et priée dans le monde entier.

Chers amis, la petite voie de Thérèse est notre voie. Ce petit enfant, je vous invite à la contempler, en rentrant chez vous. A prendre quelques instants pour écouter son message. « Voici mon Fils bien aimé. En toi, il a mis tout mon amour. Tu es capable d’aimer comme Lui ». Vous serez vraiment grands dans la mesure où vous êtes petits…comme l’Enfant de la crèche. Mais vous serez alors grands dans l’amour. Et l’amour changera le monde ! Et l’amour sauvera le monde !

Amen !



samedi 6 décembre 2014

Homélie 2é dimanche de l’Avent - B
 
« Préparez les chemins du Seigneur ! »… Le prophète Isaïe d’abord… puis Jean le Baptiste surement… et l’Evangéliste Marc nous claironne en ce temps de l’Avent : « préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. » Toute la ville, les commerces, les maisons se préparent à Noël. Cette semaine, j’ai fait les crèches du presbytère et mis quelques décorations de Noël. Mais est-ce vraiment se préparer ? Suis-je prêt ? Sommes-nous prêts à la venue du Christ en ce monde ? Car voilà la question du jour. Comment nous sommes-nous préparés à accueillir l’Homme-Dieu, le Semeur d’Espérance ? Vous connaissez peut être la devise des scouts  de Baden Powell « be prepared » « toujours prêts » ! C’est une belle devise spirituelle aussi. Chez les scouts, c’est être prêt à rendre service, la BA quotidienne. C’est sûrement pas mal d’être toujours prêt à rendre service. Mais peut être pas suffisant car, heureusement pour nous, ca peut arriver à tout le monde… même à des non-croyants. Car il n’y a pas que les catholiques à être serviables ! Je pense à ces beaux élans de solidarité qui marquent particulièrement ces périodes de fin d’année. La collecte de la Banque Alimentaire la semaine dernière par exemple. Les malouins ont montré qu’ils savaient donner à plus nécessiteux qu’eux-mêmes, alors même que la crise frappe de plus en plus de monde. Vivre concrètement la solidarité est très clairement une manière de préparer le chemin du Seigneur, de faire advenir ici et maintenant le ciel nouveau et la terre nouvelle que nous attendons. « L’indifférence envers ceux qui sont dans le besoin n’est pas  acceptable pour une personne qui se dit chrétienne. » écrivait dans son tweet le Pape François le 6 novembre dernier. Et on sait combien il est sensible à cette attention. En ce sens, je me réjouis de l’initiative de la Table Ouverte de dimanche prochain où des paroissiens accueilleront sous l’église ND des Grèves, ceux qui ne veulent pas déjeuner tout seul ce dimanche midi. On construit la communauté chrétienne et la communauté humaine par de telles initiatives fraternelles. Ainsi se prépare les chemins du Seigneur.

Mais il me semble que nous devons allez plus loin. Pour préparer les cœurs, Jean-Baptiste, le précurseur, proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés. Saint Pierre écrit dans sa lettre que le Seigneur prend patience de l’avancée lente de son Royaume. Mais parce qu’« Il veut que tous parviennent à la conversion ». Deux éléments dans cette phrase.

Il veut que TOUS parviennent. Il est question de l’extension de la conversion. Elle doit être proposée au plus grand nombre. Elle n’est pas faite pour quelques purs qui se sauveraient d’un monde mauvais. Méfions-nous : c’est une tentation actuelle. Les chrétiens ne sont pas les derniers des mohicans, qui tels les indiens, vont se réfugier dans une réserve… pour s’éteindre en paix. Ce que je décris peut sembler ridicule ou outrancier mais certaines attitudes vont dans ce sens. Et si nous sommes minoritaires dans la société française actuelle, cela ne doit avoir qu’un seul effet : nous renforcer dans l’idée d’évangéliser, de porter la Bonne Nouvelle. « Elève la voix avec force, toi qui porte la Bonne Nouvelle » proclame Isaïe. Notre Eglise, nos paroisses, nos communautés, nous-mêmes devons être mobilisés pour être témoins d’Evangile. Il s’agit d’être une Eglise « en sortie » comme la qualifie le Pape François. Ne nous cachons pas !  Jésus est le centre de notre vie. Il illumine et donne sens à nos vies : alors pourquoi le cacher ! Jean Baptiste s’est-il caché malgré ses choix de vêtements ou de nourriture un peu extrême ? Il semble que, bien que dans le désert, il était très entouré.  « Le temps de l’Avent nous apporte l’espérance, une espérance qui ne déçoit pas. Le Seigneur ne déçoit jamais. » rappelle encore le Pape François. Tous ont besoin d’espérance. Soyons semeurs d’Espérance.

Mais il faut encore aller plus loin ou plutôt plus profond. Qu’est-ce qui montrera à tous la force de la foi ? Notre sourire ? Sûrement et ce n’est pas négligeable. « Un saint triste est un triste saint » dit l’adage. Mais ce sourire doit aller avec un cœur souriant ! Il doit être vrai. C’est à dire le reflet de notre « intérieur ». Rappelons la phrase de St Pierre : le Seigneur « veut que tous parviennent à la conversion. » Il s’agit donc de conversion, d’ancrer intimement en nous (d’où l’ancre dans le logo de l’année de l’Espérance) le cœur à cœur avec le Christ. « Parlez au cœur » dit Isaïe. « Voyez quels hommes vous devez être, en vivant dans la sainteté et l’attachement à Dieu » écrit saint Pierre. Préparez le chemin du Seigneur, c’est, sans cesse, avec patience se convertir chaque jour un peu plus, un peu mieux. Le Seigneur nous connaît. Il sait que nous sommes des femmes et des hommes aux cœurs durs (nous ne sommes pas bretons pour rien !) mais qui peuvent changer… reconnaître leurs péchés et se convertir. Quelle joie au ciel pour un seul pécheur pardonné ! Soyons témoins d’Espérance jusque dans les profondeurs de l’homme, de nos cœurs. Ecartons le mal pour faire le bien !

Frères et Sœurs,
Au boulot ! Il faut préparer les chemins du Seigneur. Aplanir les routes, rendre droits les sentiers en vivant une fraternité concrète et quotidienne. Il faut aussi préparer nos cœurs, nous habiller intérieurement pour la fête qui vient. « Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ » chante une belle hymne baptismale. N’attendons plus. Soyons prêts à la Rencontre !

Amen.


samedi 1 novembre 2014

For humble heroes - Toussaint 2014

Homélie Toussaint 2014

Frères et Sœurs,

Aujourd’hui, c’est la fête ! C’est notre fête à tous…C’est la Tous…saint ! Ce mot génial sonne comme un slogan : Toussaint… Tous appelé à être des saints. Appel proclamé clairement par le dernier concile Vatican II dont nous fêtons en ce moment les 50 ans dans son texte d’une importance primordiale sur l’Eglise : « Lumen Gentium ». Ainsi les pères conciliaires ont écrits : « Il est donc bien évident pour tous que l’appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s’adresse à tous ceux qui croient au Christ, quel que soit leur état ou leur forme de vie (…) Les fidèles doivent s’appliquer de toutes leurs forces, dans la mesure du don du Christ, à obtenir cette perfection, afin que, marchant sur ses traces et se conformant à son image, accomplissant en tout la volonté du Père, ils soient avec toute leur âme voués à la gloire de Dieu et au service du prochain. Ainsi la sainteté du Peuple de Dieu s’épanouira en fruits abondants, comme en témoigne l’histoire de l’Église avec éclat à travers la vie de tant de saints. » Oui, bien sûr, quand nous pensons Toussaint, nous commençons à penser à juste titre à toutes ces femmes et ces hommes qui brillent de leur sainteté dans l’histoire. Sainteté manifeste aux yeux du monde et reconnue par l’Eglise. « Ils sont nombreux, ces bienheureux ». J’ai essayé de chercher combien de saints avaient été canonisés depuis le début de l’Eglise, à vrai dire, depuis le Xé siècle, puisqu’il n’y avait pas de canonisation auparavant, mais il y en a tant qu’il ne semble pas possible de les chiffrer. Ou alors faut-il retenir un chiffre symbolique comme celui de l’Apocalypse : le nombre de ceux qui sont marqués du sceau : 144 000 ? Tant pis pour les chiffres. Mais je trouve cette multitude sympathique. Ainsi cela montre la variété des formes de sainteté. Regardez rien que dans cette église et autour de nous… Il y a Saint Louis, le roi épris de justice. Bien sûr, La Sainte Vierge. Sainte Jeanne Jugan, compassion et humilité. Saint Malo, l’évangélisateur, épris de la Bonne Nouvelle, qui ont quitté leur terre pour aller porter l’Evangile. Sainte Thérèse de Lisieux, la sainte au cœur généreux, espiègle et poète de Dieu, Saint François d’Assise, le saint patron du Pape, chantre de la création et de la pauvreté, et l’on pourrait indéfiniment multiplier la galerie de portraits… Certains saints nous ressemblent… D’autres sont très éloignés de nous. Il est important que nous fassions des saints nos amis. Que nous adoptions quelques uns comme nos proches, des familiers, des membres de notre famille. Cette amitié peut naitre d’une visite. C’est ainsi que sont nés mon amitié avec Bernadette, en allant à Lourdes et en découvrant la vie de cette gamine béarnaise. Ou avec le Saint Curé d’Ars, qui avant d’aller dans sa paroisse ne m’était pas très familier. Un ami, on aime lui rendre visite. On aime le découvrir toujours un peu mieux. Alors on cherche des témoins. On lit des biographies… J’ai du en lire d’assez nombreuses pour mon ami Ignace de Loyola, qui lui-même a compris la vanité de ses espérances militaires, en lisant la Légende dorée, recueil de nombreuses vies de saints. Faites vous des saints, des amis. Vous avez le choix. Car vous l’avez compris : il n’y a donc pas de modèle unique pour être un saint. Certains étaient dès l’enfance… des petits saints. D’autre, comme Saint Augustin, ont mis longtemps à se convertir et à se donner au Christ. Ainsi cette variété est une véritable invitation pour chacun de nous. Quelque soit notre route, notre vie, il y a un chemin possible vers la Sainteté. Que l’on ait 6 ans ou 99 ans, la sainteté est notre route. C’est ce que nous dit aussi la belle énumération des Béatitudes : heureux les pauvres de cœur, les doux, ceux qui pleurent, les assoiffés de justice, les artisans de paix, les miséricordieux… 
Des 91 bateaux qui vont quitter Saint Malo, il en est un dont le nom a particulièrement retenu son attention. Il s’appelle « for humble heroes » ; je traduis : pour des héros humbles. Il me semble que c’est une belle définition des saintes et des saints : les héros humbles de la foi. Les « humbles de cœur » dit l’Evangéliste. Des héros car ils ont osé suivre l’appel du Christ à tout larguer pour avancer en eaux profondes, pour prendre le large. Et leurs vies sont des phares pour nous, des balises qui nous indiquent tant la route à suivre, que les écueils à éviter. Mais en même temps, ils ne sont pas des stars, des fiers à bras. Ils restent humbles. Comme le marin, qui sait que quelque soit le bateau et son équipement, quelque soit sa préparation et ses qualités nautiques, la mer reste toujours la plus forte. Tel le capitaine qui n’oublie jamais qu’il est le seul maître à bord… après Dieu ! La sainteté n’est pas loin d’une course océanique qui réservent souvent d’énormes surprises quant à l’arrivée. Alors il faut partir, larguer les amarres, décision qui seule nous appartient. Il faut sans cesse faire de notre mieux pour tenir le cap, régler les voiles. Mais le maître des vents et de la mer : c’est Dieu. Beaucoup de saints racontent qu’ils ont décidé d’être saint… Thérèse, François. Mais cette décision prise, c’est Dieu qui a fait le plus grand travail en leur cœur. Ensemble, ce matin, il nous faut décider d’être saints !
Frères et Sœurs, voulez-vous devenir des saints ?
Et bien maintenant, choisissez un cap… Un saint qui vous indique le chemin… Et laissez vous faire ! La sainteté ne s’acquiert pas dans l’accumulation d’exploits à la manière des 12 travaux d’Hercule… qui ne font de lui qu’un demi-dieu d’ailleurs. Nous ne voulons pas être des demi-saints ! La sainteté, elle se prend toute entière. Elle est l’acquiescement de toute une vie à la volonté bienfaisante de Dieu pour nous.
Pour devenir saint, Saint Ignace de Loyola a lu 2 livres. Le premier, je l’ai dit c’est la Légende dorée, un recueil médiéval présentant des vies de saints. L’autre est la « vie du Christ ». Un saint ne peut vivre que tourner vers le Christ, le saint des saints. « Tout homme qui fonde sur lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur » nous affirme Saint Paul. Ensemble, soyons les humbles héros de la sainteté quotidienne. Prenons le large avec le Christ. « Ainsi la sainteté du Peuple de Dieu s’épanouira en fruits abondants. »


Amen !

lundi 1 septembre 2014

Tu m'as séduit, Seigneur.

Homélie 22é dimanche du Temps Ordinaire

Qui veut en baver ?

Chers frères et sœurs, les textes de ce jour peuvent avoir un aspect peu engageant. Le prophète Jérémie se plaint de sa condition. Oui il annonce bien la parole de Dieu mais il doit « crier » et elle « attire sur lui l’injure et la moquerie. Tout le monde se moque de moi. » Voulez-vous être prophète ?

Saint Paul n’est pas moins exigeant qui invite «à offrir à Dieu votre personne et votre vie en sacrifice saint. » Rien de moins. Etes-vous prêt à tout donner à Dieu ?

Enfin Jésus dans l’Evangile ne dit rien qui rassure à ses disciples.
Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera. Qui veut marcher derrière lui ? Même Saint Pierre, dont on sait l’immense mission confiée par le Christ, veut éviter la souffrance annoncée à son Maître. Jésus alors le traite de Satan, d’obstacle sur sa route.

Alors suivre le Christ : n’est-ce pas une impasse ? Ou un chemin tellement rude que seuls les saints peuvent l’emprunter ? Une petite élite de costauds prêts à tout, à tout donner, à souffrir pour Lui, à porter sa croix chaque jour.

Bien sûr, nous savons que cela n’est pas vrai. Depuis 2000 ans, ceux qui ont pris le chemin de la foi ne sont pas des supers héros. A commencer par les apôtres que la Croix a fait frémir de peur, qui ont bien failli tout larguer. A commencer par Pierre, le roc capable de renier trois fois Jésus ! Et nous aujourd’hui, nous le savons bien, nous ne sommes pas des héros. « Je ne suis pas un héros » chantait en son temps Balavoine. Pas un héros. Mais des femmes et des hommes conscients de leurs limites, de leurs fatigues, de leurs faiblesses. Et pourtant disciples de ce Jésus le Christ. Pas d’erreur. Nous savons pourquoi nous sommes là aujourd’hui !

Alors qu’est ce qui nous attire ? Sommes-nous maso ? Non. Mais nous avons fait l’expérience de Dieu. Un jour dans notre vie… Et peut être plusieurs fois, nous avons fait cette rencontre qui retourne, qui bouleverse, qui entraine.  Laissons le grand Saint Augustin, que nous avons fété cette semaine, nous dire ce que cette rencontre du Christ, de l’amour vivant, a provoqué en lui, l’homme a la jeunesse dissipée.

« Bien tard, je t'ai aimée, ô beauté si ancienne et si nouvelle,
Bien tard, je t'ai aimée !

Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors,
et c'est là que je te cherchais, et sur la grâce de ces choses que tu as faites, pauvre disgracié, je me ruais !
Tu étais avec moi et je n'étais pas avec toi ;
elles me retenaient loin de toi, ces choses qui pourtant,
si elles n'existaient pas en toi, n'existeraient pas !

Tu as appelé, tu as crié et tu as brisé ma surdité ;
tu as brillé, tu as resplendi et tu as dissipé ma cécité ;
tu as embaumé, j'ai respiré et haletant j'aspire à toi ;
j'ai goûté, et j'ai faim et j'ai soif ;
tu m'as touché et je me suis enflammé pour ta paix. »

Oui, comme le dit le prophète Jérémie aussi, « tu as voulu me séduire, et je me suis laissé séduire ». Et même s’il est moqué de tous, même si pour dire la Parole de Dieu, il doit se faire violence. « Mais il y avait en moi comme un feu dévorant, au plus profond de mon être. Je m’épuisais à le maîtriser, sans y réussir. »

Cette séduction de Dieu n’est pas humaine. Elle ne nous montre pas que le bon côté des choses. Elle nous met dans la vérité. Suivre le Christ n’est pas de tout repos. Ce n’est pas une assurance tout risque qui fait vivre en ce monde avec des air-bags de tout côté ! Voilà pourquoi nous pouvons nous laisser séduire par le Christ. Voilà pourquoi nous pouvons sans crainte lui offrir notre vie, faire la volonté de Dieu. 

Bien sûr, il ne faut pas prendre pour modèle le monde présent. Tellement tenté par les séductions d’une vie de magazine de mode ! Il faut accepter d’être moqués nous aussi. Mais nous avons une autre force. Une force intérieure qui nous pousse au-delà. C’est sûrement cette force qui anime aujourd’hui les chrétiens d’Irak. Ils savent que s’ils donnent leur vie pour le Christ, elle ne sera pas perdue.

Frères et Sœurs,
L’invitation qui nous est faite ce dimanche est une invitation au courage d’abord. Mais pour être armé de ce courage de la Foi, il faut sans cesse accepter de nous laisser séduire par le Christ. Oser la rencontre quotidienne avec Lui dans la prière, l’écoute de la Parole, la pratique des sacrements. Quand on aime quelqu’un, on aime aussi le rencontrer, parler avec Lui, faire des choses ensemble. Armés de l’amour de Dieu, nous aurons toutes les audaces. Comme celle de s’engager dans cette année pastorale nouvelle sans crainte, avec espérance.

Amen !