lundi 25 février 2013

une Foi en éveil !


Homélie 2é dimanche de Carême – année C

 « Maitre, il est heureux que nous soyons ici : dressons trois tentes». Et voilà Saint Pierre qui une fois de plus tombe dans le panneau ! Saint Pierre est cet homme que la bonne volonté et l’ardeur à parler ou agir vont perdre parfois. Il parle avec sincérité, avec tout son cœur mais on aurait parfois envie de lui dire, comme aux enfants : « as-tu bien tourné 7 fois ta langue dans ta bouche avant de parler ? » Pas vraiment sans doute car l’évangéliste nous dit : « il ne savait ce qu’il disait ».
Mais Pierre se trouvait bien là, en bonne compagnie avec Jésus dans sa gloire. Il avait raison car la prochaine fois qu’il serait ainsi sur une montagne à prier avec le Maître, ils seront à Gethsémani…quelques heures avant la mort de Jésus, avant son reniement.

Il avait raison, Pierre, car en cette Transfiguration, Jésus leur ait présenté comme ce qu’il est vraiment. Pas seulement un prophète à la suite d’Elie, pas seulement un homme très religieux à la suite de Moïse. Non. Celui que le Ciel désigne comme le « Fils bien aimé », choisi par Dieu et qu’il faut écouter. Cette épiphanie de la gloire du Christ nous renvoie sans hésiter à la lumière du doux matin de la Résurrection, au jardinier au vêtement éblouissant venant discuter avec les femmes devant le tombeau vide. Pierre, Jacques et Jean sont les trois témoins choisis par Dieu pour affermir la foi de leurs frères au temps de l’épreuve, au temps du choix décisif, au temps où Jésus les ayant quitté par le supplice infamant de la Croix, il faudra se décider à continuer à le suivre ou non. Pressentant peut être tout cela, Pierre veut rester et planter sa tente sur la montagne.

Pourtant Pierre n’a pas encore tout compris. Ils ne devront pas rester sur la montagne. Il faudra redescendre en plein monde. La tentation était grande de s’installer avec Jésus, Moïse et Elie, avec ses deux amis Jacques et Jean. Mais voilà, c’est une tentation. Tentation qui peut parfois être la nôtre de nous installer dans un petit confort spirituel avec notre groupe, notre communauté, nos amis qui nous ressemblent, nos habitudes de prière, que sais je... 

Or si ces moments d’alliance existent et peuvent avec grand bénéfice nous nourrir, Dieu nous invite toujours à avancer au large. Dès la genèse, que nous entendions en première lecture, « le Seigneur parlait à Abraham dans une vision, puis il le fit sortir ». De même, c’est Lui, le Seigneur qui va guider son peuple vers le pays qu’il lui donne en possession. Saint Paul, nous le dit aussi : nous sommes citoyens certes. Mais surtout citoyens des cieux ! Notre patrie, notre cité : c’est la cité de Dieu qui ne connaît pas de frontière. Ainsi, nous sommes invités à voir large, à avoir une foi aux larges horizons. Juste avant la Transfiguration, il nous est dit que les disciples étaient accablés de sommeil. Les autres traductions nous apprennent que cette Transfiguration a sans doute eu lieu de nuit. C’est donc de nuit que Dieu les réveille pour qu’ils contemplent sa gloire. Notre foi nous réveille. Contrairement à ce que peuvent penser certains détracteurs de la religion catholique, un vrai chrétien ne peut pas s’endormir sur ses lauriers. Il est constamment interpellé, réveillé, invité à grandir en sainteté, un chemin rude parfois qui demande des remises en question pas toujours aisées. Si votre foi ne vous pose plus aucune question… peut être faut-il s’en poser une ! 

Par contre, le cardinal Newman rappelait que mille questions ne font pas un doute. Que la lecture d’un texte biblique ou la participation à la messe nous posent question, il ne faut pas en avoir peur. C’est plutôt sain et même peut être un chemin de sainteté. Durant le temps de carême que nous vivons, nous sommes justement provoqué pour nous interroger et regarder si notre vie chrétienne n’est pas devenue un peu trop plan plan. Bravo à la trentaine de paroissiens qui ont accepté de sortir de chez eux hier soir pour les vêpres dans une église bien évidemment un peu froide malgré le chauffage et pour la soirée de réflexion qui a suivi sur la prière. Bravo à ceux qui se réunissent autour des ambassadeurs de la foi acceptant de partager modestement mais surtout fraternellement le cœur de leur vie ou de s’attaquer au texte du Concile Dei Verbum sur la révélation divine. Bravo à tous ceux qui, dans le secret, font un effort pour la prière, le partage, le pardon. Saisis par l’amour de Dieu, nous ne pouvons pas faire comme s’Il n’était pas là, même s’Il ne se révèle pas à nous dans une nuée ou une blancheur éclatante ! A l’instar de la nature, le Carême est ce temps du réveil spirituel. Ce temps où nous sommes invités à rejoindre Jésus sur la montagne pour vivre une rencontre privilégiée (par exemple à la messe le dimanche ou en semaine) mais aussi à vivre notre foi dans la vallée de notre quotidien. Sainte Thérèse d’Avila le dit à sa manière : « La preuve que vous avez bien fait oraison, c’est que, en sortant de l’oraison, vous avez une plus grande charité personnelle. »

Chers amis,
Equipons-nous pour être capables de ces allers et retours, pour avoir une foi dynamique qui ne nous laisse pas trop tranquilles parce que nous avons envie d’aller toujours plus loin avec le Christ !


jeudi 14 février 2013

Triste ou difficile ?


Homélie Mercredi des Cendres 2013

Frères et Sœurs,

Voilà bien une semaine chargée en événements religieux. Elle a débuté lundi par la nouvelle qui nous a tous surpris de la décision de Benoit XVI de mettre fin à sa charge le 28 février prochain. Je lirai un message de Mgr d’Ornellas à ce propos à la fin de la messe. Et nous voilà entrant dans le temps du Carême ayant à peine vu passer le temps ordinaire. Peut être pourrions-nous trouver là une première invitation pour ces 4O jours : ralentir notre rythme… Essayer de mettre de petits temps de désert dans la course du quotidien. Car voilà la grande invitation de Jésus en ce jour : faire avec lui le chemin vers Pâques, l’accompagner sur cette route escarpée et rude qui mène au sommet de notre vie liturgique et chrétienne la grande et belle nuit de la Résurrection ! Le moment choisi par Benoit XVI n’est certainement pas anodin. Il pourrait nous dire ceci : ne vous inquiétez pas trop de moi… Mais regardez plutôt vers le Christ, Celui qui est le seul Maître pour notre foi. Benoit XVI semble nous dire : « Trois jours avec les feux médiatiques braqués sur le Vatican : cela suffit. Maintenant entrez dans le Carême résolument, comme moi, j’entre résolument dans cette démarche d’abandon entre les mains du Père. » Il conclut d’ailleurs ainsi son message de Carême : « Chers frères et sœurs, en ce temps de Carême, où nous nous préparons à célébrer l’événement de la Croix et de la Résurrection, dans lequel l'Amour de Dieu a racheté le monde et illuminé l’histoire, je vous souhaite à tous de vivre ce temps précieux en ravivant votre foi en Jésus Christ, pour entrer dans son parcours d’amour envers le Père et envers chaque frère et sœur que nous rencontrons dans notre vie. A cette fin j’élève ma prière à Dieu, tandis que j’invoque sur chacun et sur chaque communauté la Bénédiction du Seigneur ! ». Le geste des Cendres que nous allons recevoir dans un instant est ce signe qui manifeste notre accord pour entamer notre chemin de conversion, de réconciliation. Nous avons entendu ces appels magnifiques de la Bible : du prophète Joël « Revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d'amour, renonçant au châtiment. » et de Saint Paul « Au nom du Christ, nous vous le demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu». Difficile de rester assis sur notre chaise !
Mais vous allez me dire que je suis très optimiste, que le Carême n’est un temps très joyeux et donc que l’on n’y entre pas comme lorsque l’on part en vacances. Ce matin, avec les enfants, nous avons fait la différence entre « triste » et « difficile ». Le Carême n’est pas triste puisqu’il est une invitation à une plus grande proximité avec Dieu et qu’il nous achemine vers la joie immense de Pâques. Mais il est peut être difficile. Comme un chemin de montagne ou de marche qui peut être tortueux, demander de gros efforts de notre part mais qui nous procure beaucoup de bonheur à l’arrivée au sommet. Reprenant l’exemple de Benoit XVI, il faut souvent avoir le courage de faire des choses difficiles. Un père eudiste écrivait alors qu’il devait abandonner sa charge d’enseignement, gagné par une maladie incurable : avoir « le courage de l’abandon ». Aller au désert avec le Christ oblige à abandonner toutes nos tentations de pouvoir, de savoir ou d’avoir. Avec le Christ, il nous faut mener le combat du désert. « La vie est un combat : accepte-le ! » écrivait Mère Térésa qui s’y connaissait en matière de lutte contre la pauvreté et la maladie. Dans ce combat, nous ne sommes pas démunis. Jésus nous offre trois armes efficaces : le jeûne, la prière et l’aumône ou autrement dit : la pénitence, le prière et le partage. Chacun connaît bien cela. Inutile de développer longuement. Simplement rappelons-nous bien que si nous nous abstenons de manger ou de cigarette, si nous donnons à une association caritative ou si nous prions l’Angélus, ce n’est pas pour obéir à une règle, fut-ce t’elle d’Eglise. Non ! Tout cela, nous le faisons pour mieux nous approcher du Christ, pour suivre sa route et mieux nous accorder, nous encorder, à Lui.

Tout cela finalement, Frères et Sœurs, nous le faisons par amour. Dans son message de carême, Benoit XVI rappelle qu’à l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive... Comme Dieu nous a aimés le premier (cf. 1 Jn 4, 10), l’amour n’est plus seulement « un commandement », mais il est la réponse au don de l'amour par lequel Dieu vient à notre rencontre ».
Prenons donc résolument, ce soir, ce chemin d’Amour et de Foi sur lequel nous sommes invités à trouver Dieu, à trouver nos frères car « l’amour du Christ nous presse ».

Amen !


dimanche 3 février 2013

Redevenir prophète !




Homélie 4é dimanche T.O.

« Cher Diocèse de Rennes, il te faut redevenir prophète ». C’est ainsi que Mgr d’Ornellas adressait ses vœux à notre diocèse il y a quelques jours. « Ce je voudrais dire avec beaucoup d’affection et une grande confiance à tout le diocèse, en reprenant à mon compte ce mot du livre de l’Apocalypse : « Il te faut à nouveau prophétiser sur les peuples, les nations, les langues et les rois en grand nombre. » (Ap 10,11) disait-il « car l’Eglise a une vocation prophétique. » Voilà bien une invitation relayée par les textes de ce dimanche. Cette mission prophétique est pleinement assumée par le Christ, au risque de rendre furieux ses auditeurs qui veulent sa mort. Mission annoncée par le Seigneur à Jérémie : « je fais de toi un prophète pour les peuples ». Enfin Saint Paul décrit le sens de cette mission en prophétisant la suprématie de l’amour. Nous ne pouvons donc pas nous cacher derrière notre petit doigt et dire que nous ne savions pas. Au milieu de ce monde, nous devons faire entendre une voix prophétique, sans doute discordante, sans doute exigeante mais essentielle. « Comment le chrétien est-il prophète ? » demande Mgr d’Ornellas. « Quand foi vivante et charité active sont intimement reliées en lui. Par la foi, il se reconnaît tout petit devant Dieu et « ami de Dieu ». Par l’amour, il se fait modeste devant chaque personne, en particulier la plus fragile, et se veut « ami des hommes ». Le prophète reconnaît en Jésus son modèle, lui qui est « doux et humble de cœur » (Mt 11,29). »


Chers amis, dans les débats qui agitent notre société et qui peuvent à juste titre nous inquiéter, nous ne devons pas nous étonner de faire entendre une voix dissonante, une voix qui dérange même et qui n’est pas d’emblée comprise et acceptée. Comment pourrions-nous nous en étonner vraiment ? « Mais Lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin ». Ce que nous devons retenir de Jésus, c’est cette assurance qui lui fait traverser une foule furieuse et poursuivre son chemin. La scène est presque irréelle… Cette assurance doit être la nôtre. Elle nous fait espérer contre toute espérance, aimer contre toute haine et avoir une foi à déplacer les montagnes. Oui nous pouvons nous poser des questions sur l’évolution du couple et de la famille. Mais désespérer n’est pas une attitude chrétienne. Car nous savons sur quoi est fondée notre espérance. Sur l’amour. Et l’amour ne passera pas. Les prophéties disparaitront… Mais l’amour ne passera pas. Soyons les prophètes de l’Amour en ce temps, en ce monde. Dans le peuple chrétien, certains ont été appelés à en témoigner de manière particulière : les religieux et religieuses. Qu’ils soient dans le monde, c’est la vie apostolique ou dans un monastère avec la vie contemplative. Plusieurs communautés sont présentes dans notre paroisse. Rendons grâce à Dieu pour leur témoignage. Merci au P. Bedu et Sœur Carmen d’avoir accepté notre invitation à prendre la parole.

Amen !