dimanche 16 mars 2014

Témoins de la Lumière

Homélie 2é dimanche de Carême – Année A /2014

Frères et Sœurs,

En lisant l’Evangile de ce jour, j’ai cru y retrouver comme une parabole de la semaine que je viens de vivre. En effet, partir en retraite dans un centre spirituel en l’occurrence située en région parisienne, c’est un peu se mettre dans la situation de Pierre, Jacques et Jean : à l’écart, sur une haute montagne, pour prier. Et essayer de voir Jésus me dire la vérité de ce qu’il est et donc de ce que je suis. D’autant qu’avec le pic de pollution, nous n’étions pas loin d’être dans la nuée… de particules fines malheureusement. Au delà de la plaisanterie, je souhaite à beaucoup d’entre vous de vivre même pendant quelques jours cette rencontre privilégiée du Seigneur dans la prière, l’écoute et la méditation de l’Ecriture Sainte. Comme Pierre, j’étais bien tenté de demander au Seigneur si je pouvais planter ma tente là car « Seigneur, il est heureux que nous soyons ici ! ». 

Et si vous n’avez pas la chance de pouvoir prendre 48h. ou plus, essayez la retraite dans la vie… la retraite dans la ville. Comme nous le proposent par exemple sur Internet nos frères dominicains. Ainsi on peut même prendre du temps pour Dieu chaque jour avec son Internet sur l’ordinateur, le téléphone portable ou la tablette. Je connais plusieurs chrétiens qui y trouvent un grand soutien pour leur vie spirituelle quotidienne. 

Si nous nous mettons vraiment à l’écoute des textes de ce jour, et notamment de ce récit étonnant de la Transfiguration, il nous faut aller plus loin qu’une simple invitation à gravir la montagne de la prière. Puisque là-haut, en présence de trois témoins (ce qui veut dire qu’il ne peut y avoir aucun doute sur ce qu’ils ont vu), Jésus est transfiguré. Il « sort » de son apparence terrestre, humaine pour leur montrer son visage divin, entouré de Moïse et Elie. « son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière » sont une annonce. Une annonce de ce qui va venir. 

Alors que nous sommes dans le brouillard du temps du Carême, nous savons que nous allons célébrer la lumière dans la prochaine nuit de Pâques. La lumière, c’est le grand signe de la Résurrection. Ainsi Jésus annonce t-il ici à ses plus proches disciples qu’ils le reverront ressuscités. L’épreuve de la croix qu’ils vont avoir à vivre va les troubler bien sûr mais elle ne sera pas une fin. Jésus traversera cette épreuve et donnera rdv à nouveau sur une montagne à ses apôtres pour se présenter à eux ressuscité. Vous voyez comme ce passage est important. Il annonce le cœur de notre foi chrétienne. Il prépare pédagogiquement les apôtres à l’évènement majeur de la Résurrection. Il nous prépare, au cœur de ce temps de Carême, à accueillir la lumière du feu pascal. 

Dimanche dernier, nous avons eu la joie de partager la route suivie par la vingtaine de catéchumènes adultes de notre diocèse. Vendredi soir, M. Joseph Fadelle, irakien d’origine musulmane converti au catholicisme a témoigné de sa foi, embrassée au péril de sa vie. Pourquoi des femmes et des hommes choisissent le Christ aujourd’hui ? Pour son message de vie, d’espérance, d’amour. Un amour plus fort que la mort. Un amour qui fait choisir la vie. « Cette grâce nous avait été donnée dans le Christ Jésus avant tous les siècles, et maintenant elle est devenue visible à nos yeux, car notre Sauveur, le Christ Jésus, s’est manifesté en détruisant la mort, et en faisant resplendir la vie et l’immortalité » rappelle Saint Paul. 

Durant ces jours de préparation, nous devons nous débarrasser de tous les germes de mort qui pourrissent nos vies. Dans le jardin du centre spirituel, cette semaine, on a brulé les bois morts, les mauvaises herbes, les ronces, les épines. Tout ce qui ne va pas reprendre vie avec le printemps qui vient. Belle image pour un temps de Carême. 

Avec Pierre, Jacques et Jean, nous savons par notre foi que nous croyons en un Dieu de vie, qui nous sauve, nous ressuscitera et nous fera participer à sa vie pour toujours. N’est-ce pas une bonne nouvelle ? Peut-on la garder pour nous. Vendredi soir encore Joseph Fadelle, nous a clairement invité à évangéliser, à porter la joie de l’évangile dit autrement le pape François dans son exhortation dont nous n’avons pas encore entrevue la réelle exigence et sa profondeur. « Prends ta part de souffrance pour l’annonce de l’Evangile » nous rappelle Saint Paul. Pour cela, nous sommes invités à sortir. C’est un grand message du Pape. Comme Abraham qui quitte la Chaldée : « Pars de ton pays, laisse ta famille et la maison de ton père, va dans le pays que je te montrerai. » Et Abraham partit comme le Seigneur lui avait dit. Voilà le grand mouvement de l’Evangélisation. Jésus n’invite pas Pierre à planter sa tente. Mais après la manifestation divine, nuée de l’Esprit, voix du Père, il faut redescendre, aller plus loin, annoncer la Bonne Nouvelle dans d’autres villages. Ce que les apôtres ont reçu, ils ne peuvent le garder pour eux. C’est bien pour cela que Jésus leur demande le secret. Les oreilles et les cœurs des foules ne sont pas prêts encore à comprendre ce qui vient d’arriver sur la montagne. Il faudra attendre la Résurrection pour le dire.  Courir annoncer la Bonne Nouvelle d’un Christ mort et ressuscité !

Frères et Sœurs, ce que nous avons reçu lors de notre baptême n’est pas une bonne nouvelle à cacher. Elle doit être visible. Une lumière n’est pas faite pour être caché sous le boisseau mais mise sur le lampadaire. Nous sommes donc invités à partager la lumière reçue dans notre relation avec le Christ, dans l’écoute de sa parole, dans le partage de cette Eucharistie. C’est ce témoignage humble mais réel qui convertira les cœurs. Pour cela, pas d’autre moyen que de sortir : sortir de nos habitudes, sortir de nos cercles, sortir de nous-mêmes. C’est cet effort que Saint Paul commente « Prends ta part de souffrance pour l’annonce de l’Evangile ». Cela va tout à fait en cohérence avec le témoignage que je vous propose cette semaine de Yann et Jeanne qui sont coopérants au Liban. Pour cette semaine de carême, ils nous écrivent : « Le fait d’être loin de notre pays et de nos familles, nous nous rendons compte qu’il n’est pas si facile d’accepter l’étranger et de lui faire une place dans notre quotidien. Pour la suite du carême nous vous proposons d’être plus attentifs aux nouveaux visages dans votre quartier ou votre paroisse. Une rencontre est toujours source de joie et permet de partager nos modes de vie différents pour œuvrer à un monde plus fraternel. Au Liban, ces rencontres bousculent notre quotidien, pas besoin d’être si loin pour l’expérimenter. Alors laissez la joie de la rencontre transformer vos habitudes. »


 Pierre, Jacques et Jean ont expérimenté cette rencontre bouleversante sur la montagne. Ce matin encore Jésus vient nous rencontrer dans sa Parole, dans son Eucharistie. Comme l’écrit le pape François : ne nous laissons pas voler la joie d’évangéliser, de répandre la douce et réconfortante lumière de l’Evangile.

jeudi 6 mars 2014

Se décrasser le coeur !

Homélie Mercredi des Cendres 2014



Vous connaissez la chanson qui dit « pour faire un homme, mon Dieu, que c’est long ! ». Bien que simple et populaire, je crois que ces paroles nous disent quelque chose de juste et de vrai sur la nature humaine. Car si « Paris ne s’est pas fait en un jour » selon l’expression, Dieu peut sûrement parfois se dire que sa création la plus achevée met beaucoup de temps à lui ressembler. Au lieu de prendre la droite allée du Bien, nous aimons tant les détours du Mal. Pour faire un homme, mon Dieu que c’est long ! Or du temps, en voici : 40 jours. Un chemin de 40 jours qui s’ouvre devant nous, cette année encore. 40 jours : mon Dieu, que c’est court… pour faire un homme ! Car voilà le sens du Carême. Voilà notre mission : faire humblement et honnêtement  notre métier d’homme sur cette terre pour nous approcher de Dieu. « Revenez à moi de tout votre cœur » dit Dieu. Alors comment allons-nous nous y prendre ? Qu’allons-nous faire ? « Déchirez votre cœur et non pas vos vêtements » précise le prophète Joël. Ce qui peut se traduire par «  ce que vous avez à faire se passe d’abord et avant tout au niveau du cœur. » L’important, l’essentiel est ce qui va se passer en nous, avant ce que nous pouvons faire de visible. Et Jésus insiste : « quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner la trompette » ; « quand tu pries, ne sois pas comme ceux qui se donnent en spectacle » ; « quand tu jeûnes, ne prends pas un air abattu ». Des efforts de carême, aussi beaux et spectaculaires soient-ils, s’ils ne sont pas fait avec le cœur ne serviront à rien. Si vous arrêtez le Nutella, il faut le faire de bon cœur. Si vous arrêtez de fumer, la télé, l’ordinateur, les écrans, internet à outrance, faites le bon cœur. Ou ne le faites pas ! Cela ne servirait à rien.
Aujourd’hui scrutez, écoutez votre cœur. Que vous dit-il de faire par amour ? Par amour de vous-mêmes,  par amour des frères et sœurs, par amour de Dieu.
De quoi te demande t-Il de jeûner… par amour ? Comment te demande t-Il de partager par amour ? Comment t’invite-t-il à prier… par amour ?
Ces 40 jours de Carême sont un programme de cardio-training efficace et aux résultats prouvés par des siècles d’expérience. 40 jours d’entrainement intensif pour que nos cœurs soient illuminés de la lumière de Pâques, qu’ils en soient resplendissants.
Depuis que je suis à Paramé, il m’est arrivé par deux fois d’avoir besoin de faire rénover des encensoirs. Ils étaient tout ternes, abimés et noircis par des années de service. Je les ai confié à un artisan orfèvre. Et à chaque fois, le même miracle : ils reviennent tout étincelant. Tout le monde les croient neufs. Voilà le traitement que nous devons faire vivre à notre cœur ! Et même si c’est notre 40é, 50é ou 70é carême ! Raison de plus pour s’y mettre car la crasse a pu d’autant plus s’accumuler.
Frères et Sœurs,
Par la prière, par le partage et le jeûne, prenons ensemble la route de ce nouveau Carême sous le signe de la Charité, de l’amour. Prenons la route avec détermination et humilité. Pour faire un homme, mon Dieu que c’est long ! Mais avec Dieu, tout devient possible.


Amen !

Folie du monde, sagesse de Dieu

Homélie du 7é dimanche du T.O. - 23 février 2014

« Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. » écrit le Livre des Lévites.
« Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » dit Jésus dans l’Evangile de ce dimanche.
L’invitation est claire… mais j’ai bien peur que lorsque nous entendons ces demandes, nos oreilles se bouchent rapidement. Notre cœur se ferme. Par modestie bien sûr. Car nous n’osons pas imaginer être un jour parfait. Cette perfection est réservée à Dieu. Nous le comprenons et acceptons aisément. Dieu pourrait-il ne pas être parfait ? Non. Sinon, il ne serait pas Dieu. Si nous admettons que Dieu est parfait, je voudrai que nous démontrions, presque comme par A+B, que nous pouvons l’être aussi.

Commençons donc notre raisonnement ensemble. Dieu est parfait. Il est le saint des saints. Pas de plus haute perfection qu’en Lui. Jusque là, nous sommes d’accord. 2é étape : Jésus est Dieu. J’espère que là aussi, nous sommes d’accord. Mais là arrive une petite complication. Ou plutôt, il est nécessaire d’apporter une précision car Jésus est, nous le savons aussi, à la fois vrai Dieu et vrai homme. En Lui et de manière tout à fait unique, ces deux natures sont unies. Or nous avons dit plus haut que Dieu était parfait. Donc vous serez encore d’accord avec moi pour dire que Jésus, qui est Dieu sans aucune restriction, est lui aussi parfait. Tout en Jésus est parfait… Il n’est pas à moitié parfait. Jésus Dieu est parfait comme Jésus homme est parfait. Nous sommes encore d’accord ? Ainsi Jésus est parfait quand il prêche la Bonne Nouvelle, quand il guérit des malades ou prie son Père sur la montagne. Mais Jésus est parfait aussi quand il pleure son ami Lazare qui vient de mourir, quand il est fatigué et demande de l’eau à la Samaritaine, quand il veut pendant quelques instants écarter la coupe de la souffrance pendant sa Passion. Rien de la vie de Jésus ne peut donc être sérieusement exclu de la perfection divine. 

Et c’est ainsi que nous-mêmes, femmes et hommes, pouvons accéder à la perfection. Puisque Jésus est parfait aussi dans son humanité, il entraine la notre dans sa perfection. Première bonne nouvelle de ce dimanche que je viens de vous démontrer de manière évidente : Vous, nous pouvons être parfaits… On peut le dire autrement : nous sommes tous appelés à la sainteté. Nous pouvons tous être des saints. Saint Paul le dit simplement : « n'oubliez pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous. » Le concile Vatican II l’a rappelé clairement dans un de ces textes les plus forts : celui sur l’Eglise, Lumen Gentium. Les Pères conciliaires écrivirent : « Il est donc bien évident pour tous que l’appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s’adresse à tous ceux qui croient au Christ, quel que soit leur état ou leur forme de vie [124] ; dans la société terrestre elle-même, cette sainteté contribue à promouvoir plus d’humanité dans les conditions d’existence. »

Comme j’aimerais que nous osions y croire et le penser vraiment en sortant de cette église aujourd’hui. Malgré toutes les lourdeurs de notre vie humaine, toutes nos limites : nous pouvons être parfaits… Nous pouvons être saints… Nous voulons être parfaits… Nous voulons être saints. 

Avant de nous auto-juger incapable, osons croire que nous pouvons le devenir. Car croyez-vous que Sainte Bernadette que nous avons fêté cette semaine auraient osé penser devenir sainte, elle que des femmes de Lourdes appelaient « la petite merdeuse » ? Croyez-vous même que Jean-Paul II qui sera canonisé le 27 avril prochain aurait pensé être saint ? Non. Ils ont fait ce que Dieu leur demandait. Ils ont répondu humblement à la volonté de Dieu. Le Concile Vatican II précise : « Appelés par Dieu, non au titre de leurs œuvres mais au titre de son dessein gracieux, justifiés en Jésus notre Seigneur, les disciples du Christ sont véritablement devenus par le baptême de la foi, fils de Dieu, participants de la nature divine et, par la même, réellement saints. » LG 40.

Ainsi, nous voilà dégagé d’un grand souci : Car nous avons effectivement raison : ce n’est pas par nos propres forces que nous pouvons être parfait, saint. C’est par la grâce de Dieu. Un exemple : Saint Ignace de Loyola. Lui, il nous est dit que jeune il voulait être saint. Mais il en rêvait alors qu’il était cloué dans son lit, un boulet de canon lui ayant  broyé la jambe et fait ainsi s’envoler ses grands désirs de gloire militaire. C’est lorsqu’il est complètement faible et impuissant qu’Ignace de Loyola marche le plus sûrement vers la sainteté offerte par Dieu gratuitement. Si aujourd’hui, nous partageons le choix de la sainteté plus clairement : comment y accéder ? Comment par notre vie, nos paroles, nos actions accéder à la perfection ? Cette sanctification qu’ils ont reçue, il leur faut donc, avec la grâce de Dieu, la conserver et l’achever par leur vie, écrit le Concile. 

La réponse tient en un mot : charité. « Moi, je vous dis : Aimez vos ennemis » rappelle Jésus. Une loi unique, la loi de l’amour qui ne comporte pas d’exception. Comment faire ? Vatican II précise encore :
« Les fidèles doivent s’appliquer de toutes leurs forces, dans la mesure du don du Christ, à obtenir cette perfection, afin que, marchant sur ses traces et se conformant à son image, accomplissant en tout la volonté du Père, ils soient avec toute leur âme voués à la gloire de Dieu et au service du prochain. » LG 40

Benoit XVI, lui qu’on a dit compliqué, l’expliquait simplement  dans une catéchèse : « Peut-être ce langage du Concile Vatican II est-il encore un peu trop solennel pour nous, peut-être devons-nous dire les choses de manière encore plus simple. Qu’est-ce qui est essentiel ? Il est essentiel de ne jamais laisser passer un dimanche sans une rencontre avec le Christ Ressuscité dans l’Eucharistie; cela n’est pas un poids en plus, mais une lumière pour toute la semaine. Il ne faut pas commencer ni finir une journée sans avoir au moins un bref contact avec Dieu. Et, sur la route de notre vie, suivre les «panneaux routiers» que Dieu nous a communiqués dans le décalogue lu avec le Christ, qui est tout simplement l’explicitation de ce qu’est la charité dans des situations déterminées. Il me semble que cela est la véritable simplicité et la grandeur de la vie de sainteté: la rencontre avec le Ressuscité le dimanche; le contact avec Dieu au début et à la fin de la journée; suivre, dans les décisions, les «panneaux routiers» que Dieu nous a communiqués, qui sont seulement des formes de charité. «C’est donc la charité envers Dieu et envers le prochain qui marque le véritable disciple du Christ» (Lumen gentium, n. 42). Telle est la véritable simplicité, grandeur et profondeur de la vie chrétienne, du fait d’être saints. ». Ce que le grand Saint Augustin résume par cette parole audacieuse « Aime et fais ce que tu veux ». 

Frères et Sœurs, « Que personne ne s'y trompe : si quelqu'un parmi vous pense être un sage à la manière d'ici-bas, qu'il devienne fou pour devenir sage ». Fou de Dieu, Fou d’amour.