dimanche 24 février 2019

Parler d'autre chose que la pluie et le beau temps...


Homélie 24 février 2019
 7é dimanche du Temps Ordinaire – Année C

vous pouvez l'écouter ici


Parler d'autre chose que du beau temps ?
Des scandales de pédophilie dans l’Église.

Frères et Sœurs,

Quand on n’a pas grand-chose à se dire, on parle de la météo. Cette semaine, elle a été très clémente et ensoleillée. Mais la météo de notre Église catholique, elle, a été particulièrement mouvementée. Agitée par de multiples nuages qui sont venus assombrir le Ciel : le livre « Sodoma » sur le lobby gay au Vatican, le film sur l’affaire Preynat de Lyon, l’enquête sur les agissements troubles du nonce apostolique à Paris mais aussi l’important sommet qui se conclue aujourd’hui à Rome autour du Pape François sur la prévention des abus sexuels dans l’Église. Tout cela, relaté par une abondance d’articles et de reportages plus ou moins bien renseignés, plus ou moins bienveillants. Nous aurions donc peu nous réjouir de cette belle météo de printemps. Mais il m’a semblé plus juste et indispensable que nous évoquions ensemble et ouvertement ces questions douloureuses.

Oui, j’ai décidé de vous parler. Car il me semble que le pire dans toutes ces affaires et pour tous, les victimes d’abord mais aussi pour l’Église, ce fut le silence. Ces longues années où l’on a, parfois intentionnellement et parfois par simple peur du scandale, caché les choses, voir fait taire les victimes tout autant que les abuseurs. Même si certains se réveillent aujourd’hui comme après un cauchemar dont on souhaite qu’il ne fût qu’imaginaire, des enfants, des adolescents, des hommes, des femmes ont été abusés par des prêtres ou des religieux. En France, et dans le monde entier, nous le savons maintenant. J’ose cependant penser que notre pays est moins durement touché que d’autres. Mais n’y aurait-il eu qu’un seul cas : ce serait déjà trop ! La commission d’enquête indépendante, mise en place au début de cette année par nos évêques a charge de faire la vérité, aussi dure soit-elle. Je voudrais donc vous partager quelques points de conviction, ayant essayé de m’informer aussi honnêtement que possible sur cette épineuse question.

1. Ne traitons pas cela à la légère. Ou avec un sentiment de ras-le-bol, de trop plein qui souhaiterait qu’on évacue la question au plus vite. Une des victimes de Lyon a rapporté les propos de son propre père qui lui a dit « Toi, tu as toujours été très doué pour remuer la merde ! ». Quand dans une famille, la couche du bébé est pleine, le père ou la mère n’a de cesse que de la changer. Alors oui, tout cela a bien une odeur nauséabonde mais pourtant, il nous affronter les choses avec courage. Ces affaires sont d’une gravité extrême. Nous ne pouvons plus faire la politique de l’autruche. Éradiquer ce mal dans l’Eglise comme dans la société est l’affaire de tous. Pape, évêques, diacres, laïcs : à nous de chercher les moyens concrets, comme l’a rappelé vendredi le Saint Père aux évêques, pour sortir de la culture du silence et de la dissimulation. Sans entrer dans une vision catastrophiste dont certains se délectent en pensant que ce dernier coup va finir d’abattre l’Église, ne doutons pas que nous traversons une grave crise existentielle qui nous oblige à questionner nos raisons d’être. Crise d’autant plus grave que l’attaque vient de l’intérieur par la trahison de certains clercs, c’est-à-dire d’hommes qui auraient dû être les guides du peuple ou de leur communauté… et qui ont failli par leurs actes ou par leur silence.

2. Cette gravité, elle est d’abord et avant tout, celle de la souffrance infligée aux victimes… qui plus est, bien souvent dans l’innocence de l’enfance. En écoutant leurs témoignages, parfois 20, 30 ou 40 ans plus tard, nous comprenons avec effroi la blessure toujours aussi vive d’un corps bafoué et d’un esprit durablement perturbé. Ainsi, je crois que nous n’en ferons jamais assez pour les victimes. Pour les accueillir avec empathie, les écouter, en prendre soin. Même si cela ne peut sans doute pas venir complètement effacer leurs troubles. Dans tous les diocèses de France maintenant, il existe une cellule d’accueil et d’écoute. A leur dernière assemblée de Lourdes, les évêques ont accueilli et entendu le témoignage de victimes, comme ceux réunis à Rome vendredi dernier. Il y a quelques semaines, quatre-vingt-dix prêtres de notre diocèse l’ont fait aussi à l’occasion d’une journée de formation consacrée à ce sujet. C’est d’ailleurs le propos du film qui vient de sortir, relatant les débuts de l’association au nom évocateur « la parole libérée ». Dans les familles, dans l’Église comme dans toute institution, il faut que les victimes soient accueillies et entendues.

3. Reconnaitre la gravité de ces faits, c’est aussi identifier les coupables et les présenter à la justice tant civile que celle de l’Église, chacun respectant son champ d’intervention. L’Église n’a pas alors, comme elle l’a tenté si maladroitement dans le passé, à se substituer à la justice civile. Mais elle doit assumer la mise en œuvre des procédures internes de jugement et le cas échant de sanction des coupables. Et si celles-ci ne sont pas satisfaisantes ou opérantes, il faut les réformer. C’est le travail qu’effectue en ce moment le sommet du Vatican à la demande du Pape François : « Le saint Peuple de Dieu nous regarde et attend de nous, non pas de simples et faciles condamnations, mais des mesures concrètes et efficaces à préconiser. Il faut être concret. » a-t-il rappelé dans son discours d’ouverture.

4. Car l’Église bouge et ne reste pas sans agir. Il est donc injuste d’entendre cette sempiternelle litanie de reproches portée par la vague médiatique. Une très intéressante infographie du journal Le Monde, que l’on ne peut pas accuser de complaisance envers l’Église, rappelle que le premier texte sur les abus sexuels des clercs remonte au pape Jean XXIII en 1962. Plus tard, Jean-Paul II et plus encore Benoit XVI se sont saisis des choses avec une volonté de sortir du silence. En France, au début des années 2000, la conférence des évêques a notamment édité une première brochure de sensibilisation. Et depuis quelques années, souvent reconnaissons-le, sous la pression des victimes ou des médias, la volonté de prendre au sérieux la douleur des victimes et de leur rendre justice devient impérieuse. Oui, cela peut paraitre lent. Oui cela peut paraitre encore timide. Mais ne brisons pas dans l’œuf, l’élan porté au plus haut niveau par le successeur de Pierre qui répète clairement que l’objectif est tolérance zéro !

5. Bien sûr, l’existence de crimes pédophiles commis par des clercs, interroge la place du prêtre. Cependant ne remettons pas trop vite en cause, à cette malheureuse occasion, le célibat consacré. Aucun lien sérieux n’a été établi entre les deux. D’ailleurs un spécialiste rappelle que s’il y en avait un, il n’y aurait pas de père, de grand-père ou d’oncle pédophile ! Or nous le savons, les familles ne sont pas épargnées par ce fléau. Dans sa lettre au Peuple de Dieu, parue en aout 2018, le Pape nomme ce mal qui est le cléricalisme. C’est-à-dire lorsque le prêtre se croit au-dessus de tous. Lorsqu’il se croit plus fort que tous. Quand finalement, il se prend pour Celui dont il devrait n’être que l’humble serviteur et témoin. Cette maladie, c’est celle du prêtre bien sûr. Mais le Pape François rappelle qu’elle peut aussi être favorisé par les laïcs. Nous devons reconnaitre ensemble que nous sommes faits de la même glaise. Nous sommes faits du « même argile » comme l’écrit Saint Paul. Et nous portons un trésor en ces vases d’argile que nous sommes. Fragiles… Les prêtres ne sont pas des surhommes. Et le recteur breton omnipotent a disparu depuis bien longtemps de nos presbytères. Aussi, il est « nécessaire que chaque baptisé se sente engagé dans la transformation ecclésiale et sociale dont nous avons tant besoin » écrit le Pape François. Une amie m’a écrit cette semaine une très belle lettre rappelant que c’est une illusion de vouloir chercher dans le prêtre le « zéro défaut » ou « comme si l’homme d’Église incarnait l’humanité parfaite ». Non. Nous partageons cette commune humanité et « de même que nous sommes à l’image de celui qui est fait d’argile, de même nous avons être de plus en plus à l’image de celui qui vient du ciel : le Christ. » comme l’écrit encore Saint Paul aux Corinthiens.

Car, pour conclure, reconnaissons que la conversion de tous sera le chemin. Cette crise nous invite à une plus grande sainteté personnelle et communautaire. La vie de l’Église a toujours été éclairée par les lumineux témoignages des saintes et des saints qui n’ont pas eu peur parfois de porter le fer dans la plaie pour faire réagir le corps de l’Église… et tenter de le guérir. Ainsi n’ayons pas peur. Gardons confiance et espérance. « Courage chrétiens » écrit un grand éditorialiste cette semaine avec justesse. Le Royaume de Dieu avance… même si c’est dans les douleurs d’un enfantement.

Amen !

Père Olivier ROY +
Bruz, 24 février 2019

dimanche 17 février 2019