jeudi 26 décembre 2019

En version lecture...


Homélie de Noël 2019
Bruz.


Frères et Sœurs,
En scrutant l’actualité chaque jour, comme vous sans doute, j’ai retenu deux faits récents qui me ramènent à la fête de Noël de ce jour. L’un nous place dans l’infiniment ancien… aux temps préhistoriques. Et l’autre dans un futur peut être qu’imaginaire !

Mais d’abord, remontons un peu le temps. Il y a quelques semaines, des archéologues ont fait une découverte extraordinaire du côté d’Amiens. Ils ont retrouvé, sans doute un peu par hasard, une statuette datant de 23 000 ans. 230 siècles ! Soit au paléolithique ; de l’art protomagdalénien, à l’époque de nos lointains ancêtres chasseurs-cueilleurs. Ces 4 cm de craie représentent une femme aux formes très avantageuses. On dit stéatopyge quand on veut le dire scientifiquement ! Celle que l’on a nommé la « Vénus de Renancourt » vient donc compléter la petite collection de statuettes trouvées elles plutôt dans le Sud-Ouest de la France comme la Dame de Brassempouy que j’ai eu la chance de découvrir le mois dernier au musée de Saint Germain en Laye. Ces représentations féminines sont un signe très ancien de l’importance de la femme dans toutes les sociétés. Près de 20 000 ans plus tard, elles préfigurent un peu notre vénération pour la Vierge Marie, la Mère des mères. Car Noël est peut-être aussi la vraie fête des mères, étant la fête de Marie, cette mère qui a dit OUI à Dieu et a permis la naissance du Sauveur. C’est le même OUI que nous sommes nous aussi invité à redire aujourd’hui. Aujourd’hui, Dieu veut demeurer chez toi, veut venir en toi. Vas-tu l’accueillir ? Nous pourrions répondre : « mais comment cela va-t-il se faire ? ». Réponse : ne t’inquiète de rien. C’est l’œuvre de l’Esprit Saint. Rien n’est impossible à Dieu qui veut naître en toi. Tu n’as qu’à dire OUI. Alors, frères et sœurs, ce soir, voulez-vous que Dieu naisse en vous ?

Le second évènement nous projette dans un avenir au moins imaginaire. Vous n’avez pas pu passer à côté du nouvel épisode de la saga Star Wars ; cette guerre des étoiles qui n’en finit pas de se raconter. Mais ce qui affole les réseaux sociaux en ces jours, particulièrement de l’autre côté de l’Atlantique, c’est l’apparition dans une série apparentée à l’univers de Star Wars, d’un personnage au nom officiel « The Child », c’est-à-dire l’Enfant, mais que tous ont surnommé « Baby Yoda ». Il est vert, a de grandes oreilles et des yeux marrons très expressifs. Les spécialistes analysent que s’il est de la même espèce que Maître Yoda, ce n’est pas lui enfant, et peut-être son fils caché. Bref, surtout, il fait craquer tout le monde. Il est « so cute », si mignonesque ! Désolé pour les fans mais il faudra attendre jusqu’au printemps prochain avant qu’il fasse son apparition en France. Que nous dit cette folie sur les réseaux sociaux pour un baby Yoda aujourd’hui en 2019 trois quart ? Nous avons tous besoin de tendresse… de simplicité enfantine. Ce soir, je vous propose moi aussi un baby ! Mais pas un bébé imaginaire, un Yoda venant d’une autre galaxie. Non. Voici Jésus, le fils de Marie. Jésus, le Fils de Dieu. Il vient naître en nous.
Ainsi ce soir, c’est plus que le 2020é anniversaire de la naissance du Christ. Nous fêtons le « Verbe fait chair » : c’est-à-dire la parole d’amour de Dieu pour notre monde qui prends forme d’un petit enfant en son Fils. L’amour de Dieu est si grand qu’Il nous donne son Fils… qui s’est donné jusqu’au bout par amour. Qui d’entre vous n’a pas envie d’être aimé ? Qui d’entre vous n’a pas besoin d’être aimé ? Que vous soyez jeune ou moins jeune, que vous soyez pauvre ou riche, que vous soyez malade ou bien-portant, que vous soyez français, indien, brésilien, africain ou américain… Dieu par amour vous donne son fils comme signe d’amour. En Jésus, l’amour a fait ainsi irruption dans notre monde. Voilà la Bonne Nouvelle de Noël.

A la question de savoir si vous acceptez que Dieu naisse, renaisse en vous, vous avez répondu oui tout à l’heure. Pourquoi le ferait-Il ? Pour vous aimer ! Ainsi mon message de ce soir est simple. Peut-être trop pour certains. Pourtant il n’y en a pas d’autre. Pourtant mon message est peut-être aussi trop rabâché, pas nouveau. Pourtant, c’est à chaque fois une force neuve qui nait en nous. C’est à chaque fois, le côté obscur de la force qui perds une bataille. Et la lumière de Bethléem qui nous guide vers plus de joie, de paix, de justice et d’amour.

Frères et Sœurs,
Ce soir, laissons-nous tout simplement attendrir par le petit baby de la crèche. « Partout, et sous différentes formes, la crèche parle de l’amour de Dieu, le Dieu qui s’est fait enfant pour nous dire combien il est proche de chacun, quelle que soit sa condition » écrit le Pape François dans une très belle méditation sur la crèche. Et il poursuit, « en contemplant la scène de Noël, nous sommes invités à nous mettre spirituellement en chemin, attirés par l’humilité de Celui qui s’est fait homme pour rencontrer chaque homme. Et nous découvrons, qu’Il nous aime jusqu’au point de s’unir à nous, pour que nous aussi nous puissions nous unir à Lui ».

                                                                       Amen +

dimanche 24 février 2019

Parler d'autre chose que la pluie et le beau temps...


Homélie 24 février 2019
 7é dimanche du Temps Ordinaire – Année C

vous pouvez l'écouter ici


Parler d'autre chose que du beau temps ?
Des scandales de pédophilie dans l’Église.

Frères et Sœurs,

Quand on n’a pas grand-chose à se dire, on parle de la météo. Cette semaine, elle a été très clémente et ensoleillée. Mais la météo de notre Église catholique, elle, a été particulièrement mouvementée. Agitée par de multiples nuages qui sont venus assombrir le Ciel : le livre « Sodoma » sur le lobby gay au Vatican, le film sur l’affaire Preynat de Lyon, l’enquête sur les agissements troubles du nonce apostolique à Paris mais aussi l’important sommet qui se conclue aujourd’hui à Rome autour du Pape François sur la prévention des abus sexuels dans l’Église. Tout cela, relaté par une abondance d’articles et de reportages plus ou moins bien renseignés, plus ou moins bienveillants. Nous aurions donc peu nous réjouir de cette belle météo de printemps. Mais il m’a semblé plus juste et indispensable que nous évoquions ensemble et ouvertement ces questions douloureuses.

Oui, j’ai décidé de vous parler. Car il me semble que le pire dans toutes ces affaires et pour tous, les victimes d’abord mais aussi pour l’Église, ce fut le silence. Ces longues années où l’on a, parfois intentionnellement et parfois par simple peur du scandale, caché les choses, voir fait taire les victimes tout autant que les abuseurs. Même si certains se réveillent aujourd’hui comme après un cauchemar dont on souhaite qu’il ne fût qu’imaginaire, des enfants, des adolescents, des hommes, des femmes ont été abusés par des prêtres ou des religieux. En France, et dans le monde entier, nous le savons maintenant. J’ose cependant penser que notre pays est moins durement touché que d’autres. Mais n’y aurait-il eu qu’un seul cas : ce serait déjà trop ! La commission d’enquête indépendante, mise en place au début de cette année par nos évêques a charge de faire la vérité, aussi dure soit-elle. Je voudrais donc vous partager quelques points de conviction, ayant essayé de m’informer aussi honnêtement que possible sur cette épineuse question.

1. Ne traitons pas cela à la légère. Ou avec un sentiment de ras-le-bol, de trop plein qui souhaiterait qu’on évacue la question au plus vite. Une des victimes de Lyon a rapporté les propos de son propre père qui lui a dit « Toi, tu as toujours été très doué pour remuer la merde ! ». Quand dans une famille, la couche du bébé est pleine, le père ou la mère n’a de cesse que de la changer. Alors oui, tout cela a bien une odeur nauséabonde mais pourtant, il nous affronter les choses avec courage. Ces affaires sont d’une gravité extrême. Nous ne pouvons plus faire la politique de l’autruche. Éradiquer ce mal dans l’Eglise comme dans la société est l’affaire de tous. Pape, évêques, diacres, laïcs : à nous de chercher les moyens concrets, comme l’a rappelé vendredi le Saint Père aux évêques, pour sortir de la culture du silence et de la dissimulation. Sans entrer dans une vision catastrophiste dont certains se délectent en pensant que ce dernier coup va finir d’abattre l’Église, ne doutons pas que nous traversons une grave crise existentielle qui nous oblige à questionner nos raisons d’être. Crise d’autant plus grave que l’attaque vient de l’intérieur par la trahison de certains clercs, c’est-à-dire d’hommes qui auraient dû être les guides du peuple ou de leur communauté… et qui ont failli par leurs actes ou par leur silence.

2. Cette gravité, elle est d’abord et avant tout, celle de la souffrance infligée aux victimes… qui plus est, bien souvent dans l’innocence de l’enfance. En écoutant leurs témoignages, parfois 20, 30 ou 40 ans plus tard, nous comprenons avec effroi la blessure toujours aussi vive d’un corps bafoué et d’un esprit durablement perturbé. Ainsi, je crois que nous n’en ferons jamais assez pour les victimes. Pour les accueillir avec empathie, les écouter, en prendre soin. Même si cela ne peut sans doute pas venir complètement effacer leurs troubles. Dans tous les diocèses de France maintenant, il existe une cellule d’accueil et d’écoute. A leur dernière assemblée de Lourdes, les évêques ont accueilli et entendu le témoignage de victimes, comme ceux réunis à Rome vendredi dernier. Il y a quelques semaines, quatre-vingt-dix prêtres de notre diocèse l’ont fait aussi à l’occasion d’une journée de formation consacrée à ce sujet. C’est d’ailleurs le propos du film qui vient de sortir, relatant les débuts de l’association au nom évocateur « la parole libérée ». Dans les familles, dans l’Église comme dans toute institution, il faut que les victimes soient accueillies et entendues.

3. Reconnaitre la gravité de ces faits, c’est aussi identifier les coupables et les présenter à la justice tant civile que celle de l’Église, chacun respectant son champ d’intervention. L’Église n’a pas alors, comme elle l’a tenté si maladroitement dans le passé, à se substituer à la justice civile. Mais elle doit assumer la mise en œuvre des procédures internes de jugement et le cas échant de sanction des coupables. Et si celles-ci ne sont pas satisfaisantes ou opérantes, il faut les réformer. C’est le travail qu’effectue en ce moment le sommet du Vatican à la demande du Pape François : « Le saint Peuple de Dieu nous regarde et attend de nous, non pas de simples et faciles condamnations, mais des mesures concrètes et efficaces à préconiser. Il faut être concret. » a-t-il rappelé dans son discours d’ouverture.

4. Car l’Église bouge et ne reste pas sans agir. Il est donc injuste d’entendre cette sempiternelle litanie de reproches portée par la vague médiatique. Une très intéressante infographie du journal Le Monde, que l’on ne peut pas accuser de complaisance envers l’Église, rappelle que le premier texte sur les abus sexuels des clercs remonte au pape Jean XXIII en 1962. Plus tard, Jean-Paul II et plus encore Benoit XVI se sont saisis des choses avec une volonté de sortir du silence. En France, au début des années 2000, la conférence des évêques a notamment édité une première brochure de sensibilisation. Et depuis quelques années, souvent reconnaissons-le, sous la pression des victimes ou des médias, la volonté de prendre au sérieux la douleur des victimes et de leur rendre justice devient impérieuse. Oui, cela peut paraitre lent. Oui cela peut paraitre encore timide. Mais ne brisons pas dans l’œuf, l’élan porté au plus haut niveau par le successeur de Pierre qui répète clairement que l’objectif est tolérance zéro !

5. Bien sûr, l’existence de crimes pédophiles commis par des clercs, interroge la place du prêtre. Cependant ne remettons pas trop vite en cause, à cette malheureuse occasion, le célibat consacré. Aucun lien sérieux n’a été établi entre les deux. D’ailleurs un spécialiste rappelle que s’il y en avait un, il n’y aurait pas de père, de grand-père ou d’oncle pédophile ! Or nous le savons, les familles ne sont pas épargnées par ce fléau. Dans sa lettre au Peuple de Dieu, parue en aout 2018, le Pape nomme ce mal qui est le cléricalisme. C’est-à-dire lorsque le prêtre se croit au-dessus de tous. Lorsqu’il se croit plus fort que tous. Quand finalement, il se prend pour Celui dont il devrait n’être que l’humble serviteur et témoin. Cette maladie, c’est celle du prêtre bien sûr. Mais le Pape François rappelle qu’elle peut aussi être favorisé par les laïcs. Nous devons reconnaitre ensemble que nous sommes faits de la même glaise. Nous sommes faits du « même argile » comme l’écrit Saint Paul. Et nous portons un trésor en ces vases d’argile que nous sommes. Fragiles… Les prêtres ne sont pas des surhommes. Et le recteur breton omnipotent a disparu depuis bien longtemps de nos presbytères. Aussi, il est « nécessaire que chaque baptisé se sente engagé dans la transformation ecclésiale et sociale dont nous avons tant besoin » écrit le Pape François. Une amie m’a écrit cette semaine une très belle lettre rappelant que c’est une illusion de vouloir chercher dans le prêtre le « zéro défaut » ou « comme si l’homme d’Église incarnait l’humanité parfaite ». Non. Nous partageons cette commune humanité et « de même que nous sommes à l’image de celui qui est fait d’argile, de même nous avons être de plus en plus à l’image de celui qui vient du ciel : le Christ. » comme l’écrit encore Saint Paul aux Corinthiens.

Car, pour conclure, reconnaissons que la conversion de tous sera le chemin. Cette crise nous invite à une plus grande sainteté personnelle et communautaire. La vie de l’Église a toujours été éclairée par les lumineux témoignages des saintes et des saints qui n’ont pas eu peur parfois de porter le fer dans la plaie pour faire réagir le corps de l’Église… et tenter de le guérir. Ainsi n’ayons pas peur. Gardons confiance et espérance. « Courage chrétiens » écrit un grand éditorialiste cette semaine avec justesse. Le Royaume de Dieu avance… même si c’est dans les douleurs d’un enfantement.

Amen !

Père Olivier ROY +
Bruz, 24 février 2019

dimanche 17 février 2019