dimanche 20 avril 2014

Victoire !

Homélie du Saint Jour de Pâques
Frères et Sœurs, cette nuit de Pâques, nous avons remporté une grande victoire ! Et je ne veux pas parler de la victoire du PSG en Coupe de la Ligue ! Non, en cette nuit, c’est bien un triomphe, une victoire que nous voulons vous annoncer ! En cette nuit, le côté obscur de la Force a été définitivement vaincu ! Les plus cinéphiles d’entre vous auront bien sûr reconnus une allusion à  la sage Star Wars, la guerre des étoiles. Un des grands spécialistes de cette épopée cinématographique qui n’en finit de finir… ou de commencer… disait il y a quelques jours à la radio que le modèle par excellence pour le scénariste de Stars Wars, c’était l’Evangile. C’est Jésus. Petit rappel pour ceux qui ne sont pas initiés : le personnage central Anakin Skywalker a cédé à la tentation du côté obscur de la Force pour devenir Dark Vador. Puis il connait sa rédemption grâce à l'action de son fils, Luke. Alors George Lucas, le créateur de cette sage, a t-il été vraiment inspiré par l’Evangile ? Sans doute pas autant que par d’autres auteurs de science-fiction. Mais laissons ce débat aux exégètes de son œuvre. Et revenons à notre victoire… ou plutôt à la victoire du Christ !

Oui, frères et sœurs, nous l’avons vu en cette nuit : le coté obscur de la force a été vaincue. Par la lumière du feu allumé sur le parvis, puis celle du cierge pascal, puis celle de chacun des petits cierges qui ont illuminés notre église. Encore une fois, nous avons été plus fort que la nuit, nous avons éclairé cette nuit, comme Jésus le Christ, par sa résurrection a éclairé définitivement toutes les nuits du monde.

Inutile d’en faire une litanie mais nous savons bien que notre monde souffre. Ou plutôt que beaucoup d’hommes et de femmes de notre monde souffrent des fléaux de la guerre, de la pauvreté, de la maladie ou tout simplement mais parfois tout aussi tragiquement de la solitude dans notre société pourtant hyper-médiatique. Et les solutions qu’apporte la techno-science sont parfois tout aussi désastreuses. Pensons à ce qui se réfléchit au niveau du début ou de la fin de la vie. Nous jouons bien souvent les apprentis sorciers d’une vie qui ne nous appartient pas et pour des raisons parfois bassement économiques en négligeant les vraies axes d’une recherche humainement responsable.

Mais ce que nous dit pourtant la Bonne Nouvelle, l’extraordinaire nouvelle de ce jour de Pâques, c’est que malgré tout cela, une lumière existe. La Lumière existe. Le Christ est la lumière qui a traversé la nuit de la mort et veut éclairer tout homme. Le Christ a ouvert définitivement une brèche dans nos nuits humaines pour lui… et pour chacun d’entre nous. Oui, ce que nous voulons réaffirmer ensemble ici, c’est bien que nous avons avec Dieu la force de vaincre ce que le très futur Saint Jean Paul II appelait les stigmates de la « culture de mort ». La pauvreté peut être combattue. La paix peut gagner sur la guerre. Nous avons eu il y a quelques mois un bel exemple avec l’hommage à l’action déterminée de Nelson Mandela en Afrique du Sud. La santé peut être recherchée avec une médecine clairement orientée vers la vie.

Et ces combats, nous en sommes les acteurs. Au quotidien. Mais jamais seuls. Car « sans Lui, nous ne pouvons rien faire » rappelle Saint Jean. Ayons donc l’humilité de reconnaître que nous ne pouvons pas tout faire ! Que la Résurrection du Christ est notre force pour vivre. C’est le beau témoignage que nous ont donné cette nuit Margot, Malvin, Inés, Thomas, Audrey, Leeloo, Leïla et Nam qui ont reçu le baptême. 2 Enfants, 4 jeunes et 2 adultes. Ils nous disent à leur manière : « Seigneur, je ne peux pas vivre sans Toi ». Sans toi, il manque une pièce centrale au puzzle de ma vie. Il faut parfois longtemps pour s’en rendre compte. « Bien tard, je t'ai aimée, ô beauté si ancienne et si nouvelle, bien tard, je t'ai aimée ! » a écrit le grand Saint Augustin dans ces Confessions. Mais il n’est jamais trop tard. Cette semaine encore, je recevais deux femmes qui demandent la confirmation qu’elles n’ont pas reçue dans leur jeunesse. Et aujourd’hui, elles disent combien il est important de recevoir ce sacrement pour leur vie. Le baptême qu’ont reçu les catéchumènes est une vie nouvelle. Ils ont été plongés dans la mort et la résurrection du Christ. Le baptême que nous avons reçu, frères et sœurs, nous a ouvert à nous aussi cette vie nouvelle. Alors qu’avez-vous fait de lui ? « France, fille aînée de l'Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? » interrogeait le jeune Pape  Jean-Paul II lors de son voyage dans notre pays en 1980. Ces huit baptêmes, comme ceux des plus de 5000 jeunes et adultes en France cette nuit, doivent nous interroger : comment dans nos vies, allons-nous faire jaillir la lumière de Pâques ? Etre fidèle à l’engagement de notre baptême ? Comment notre visage d’abord, mais surtout notre cœur vont accueillir la joie d’une aurore nouvelle sur le monde ? Comment allons-nous nous laisser toucher par ce cri de premier-né qui dit « je veux vivre » ?

Frères et Sœurs,
Je veux aujourd’hui m’adresser plus particulièrement à tous ceux et celles qui ont des raisons d’être tristesse, voir de pleurer. Tous ceux et celles qui, comme Jésus, portent une lourde croix. C’est pour vous que Jésus a souffert, c’est vos souffrances qu’Il est venu porter. Et c’est pour vous que le Christ est ressuscité ! Ouvrez vos cœurs à cette vie donnée en abondance ! « Car, si nous sommes déjà en communion avec lui par une mort qui ressemble à la sienne, nous le serons encore par une résurrection qui ressemblera à la sienne. » affirme Saint Paul. Ressusciter vient d’un verbe grec egeiro qui veut dire relever. Jésus le Christ s’est relevé de la mort. Il vient nous relever de la mort. « Soyez donc sans crainte : il est ressuscité d’entre les morts !»

Et vous tous, frères et sœurs,
Comme les femmes de l’évangile, Jésus le Christ vous dit : « soyez sans crainte : allez annoncer à mes frères » qu’Il est ressuscité. Allez consolez ceux qui pleurent ! Allez soigner ceux qui sont malades ! Allez nourrir ceux qui ont faim ! Allez porter la paix à ceux qui se déchirent ! Allez faire briller la lumière de Pâques dans toutes les nuits du monde !

 Car aujourd’hui : c’est la victoire de la Lumière !
C’est la victoire de la Vie !
C’est la victoire de l’amour ! Alléluia ! Amen !


dimanche 13 avril 2014

Avec Jésus, sur les chemins de la Passion

Homélie Dimanche des Rameaux.

Frères et Sœurs,

Nous voici à l’entrée de la Semaine Sainte, à l’entrée de la Ville Sainte. Avec Jésus, nous allons cette année encore refaire notre chemin vers Pâques passant de l’Hosannah de l’entrée triomphale à Jérusalem, au repas pascal puis au jardin de Gethsémani, à la croix du Golgotha et enfin au silence dramatique du tombeau. Nous allons participer à la Pâque. Jour après jour, nous allons refaire le chemin de Jésus. Nous allons le suivre. Il nous invite à entrer dans son histoire qui est aussi notre histoire de baptisés. N’abandonnons-pas le Christ dans sa Passion. A l’arrestation de Jésus, les disciples s’enfuient, se cachent, ont peur. Nous savons pourtant que la mort sera vaincue en Jésus Christ. Avançons sans crainte dans cette nuit de la Passion pour accueillir pleinement la lumière de Pâques. Montons vers la croix avec ferveur. Prenons notre place dans cette histoire de salut.

Si tu es un apôtre, viens prendre place à la table du Seigneur pour participer au repas de sa Pâque.

Si tu es Pierre, Jacques ou Jean, partage la tristesse et l’angoisse du Seigneur au jardin de Gethsémani.

Si tu es un disciple, veille dans la prière sans t’endormir.

Si tu es Pierre, pleure amèrement la trahison de ton Maître et Seigneur.

Si tu es Pilate, essaie d’aller au bout de la vérité et de découvrir vraiment qui est cet homme Jésus.

Si tu es le Centurion, crie avec force ta foi « Vraiment, celui-ci était le Fils de Dieu »
  
Si tu es Simon de Cyrène, prends la croix et suis-le. Assiste ton frère sur son chemin de souffrance.

Si tu es dans la foule, approche-toi sans crainte de ton Sauveur et ose dire ta différence.

Si tu es crucifié avec lui, comme le malfaiteur, reconnais, comme cet homme juste, qu'il est Dieu. Deviens un homme juste à cause de lui.
     
Si tu es Joseph d'Arimathie, réclame le corps à celui qui l'a fait mettre en croix ; que ton souci soit le rachat du monde.

Si tu es Nicodème, cet adorateur nocturne de Dieu, mets-le au tombeau avec les parfums.

Si tu es une des saintes femmes, l'une ou l'autre Marie, si tu es Salomé ou Jeanne, va le pleurer de grand matin. Sois la première à voir la pierre enlevée, à voir peut-être les anges, et Jésus lui-même.


 D'après une homélie de Saint Grégoire de Naziance.

dimanche 6 avril 2014

Déliez le et laissez le aller

Homélie 5é dimanche de carême – Résurrection de Lazare


Quand j’étais jeune, il y avait une chanson de variété très populaire d’un interprète maintenant oublié (Hervé Christiani-1981) qui disait « il est libre max ! » Je ne sais pas qui était ce Max… Mais c’est ce refrain qui m’est venu à l’esprit en préparant cette homélie ayant en tête à la fois les textes de ce dimanche et mon retour de pèlerinage de Rome. Car de la rencontre du Pape François, l’image que je veux retenir d’abord : c’est celle d’un homme libre. Un évêque qui travaille à la curie nous a révélé que le Pape lui avait dit au début de son pontificat : « Moi, je n’ai peur de personne ». Ce qui n’est pas très étonnant vu son passé en Argentine et déjà cette liberté vécue alors quand il était évêque. Pour évoquer cette liberté du Saint Père, je voudrai vous rapporter deux faits vécus cette semaine. D’abord, mercredi matin, lors de l’audience générale, Place Saint Pierre. Le Pape a fait une catéchèse sur le sacrement du mariage. Elle a duré une dizaine de minutes. Sur les 10 minutes où le Pape a parlé, nous avons vu distinctement qu’il a arrêté de lire son texte pendant une bonne moitié du temps. Il s’est libéré de son texte, parlant simplement à la foule présente, blaguant avec elle même. De son court message, c’est d’ailleurs cela que nous avons retenu ; qui nous a le plus marqué. Un autre exemple : vendredi dernier ; C’était les 24h. du Pardon au Vatican. Le pape devait confesser des pèlerins à la basilique St Pierre. Là encore, au lieu de rejoindre le confessionnal qui était prévu pour lui, il s’est affranchi du protocole et, il est allée lui-même, devant tout le monde, se confesser à un prêtre présent. Quel beau geste ! Le geste d’un homme libre et qui se donne librement au pardon de Dieu, le sacrement qui libère et qui redonne sens à la vie.

Voilà aussi ce qui se passe dans l’évangile de ce jour. Jésus va libérer lui aussi son ami Lazare des liens de la mort. Quand il sort du tombeau, l’évangéliste précise bien : « Et le mort sortit, les pieds et les mains attachés, le visage enveloppé d'un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. ». Plus tard, ressuscité, au cénacle, Jésus dit à ses apôtres : « Tout homme que vous délierez de ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. ». Ezéchiel l’écrit aussi : Dieu ouvre nos tombeaux et nous en fait sortir, Dieu est celui qui nous fait vivre pleinement.

Chers amis, dans les jours qui viennent et nous préparent à la grande fête de Pâques, nous sommes invités à retrouver la route du Pardon, du sacrement que Jésus a laissé pour nous, le sacrement de la réconciliation et de la pénitence. Je sais bien que beaucoup d’entre vous en ont perdu l’habitude. Je sais bien que nous avons longtemps proposé des célébrations sans aveu personnel. Mais je vous invite vraiment à réfléchir honnêtement à la question : comment puis-je être pleinement libéré de mes péchés si je n’ai pas entendu une parole personnelle d’absolution ? Croyez-moi : confesser est le plus beau ministère qu’il m’est donné de vivre comme prêtre. Sortir quelqu’un des liens de mort qui l’enferme dans son péché et lui donner sans restriction la grâce du pardon, de la miséricorde de Dieu. Avoir la capacité de dire au plus grand des pécheurs de cette terre, s’il a le désir sincère de repentir et la volonté de s’en amender, «Moi, je ne te condamne pas… Va et ne pèche plus… Tes péchés sont pardonnés.» Quelle grande et belle chose !

Bien heureusement, ici, il n’y a sûrement pas de grands pécheurs. Et alors ? Raison de plus. Se confesser devrait être encore plus facile. Le pape l’a dit mercredi. Dans les couples, il y a parfois des disputes. On fait voler les assiettes. « Mais cela ne doit pas nous attrister car la condition humaine est faite comme ça. Et le secret : c’est que l’amour est plus fort que le moment où l’on se dispute. C’est pourquoi je conseille toujours aux époux : lorsque vous vous disputez, ne finissez pas la journée sans faire la paix. Toujours ! Et pour faire la paix pas la peine d’appeler les Nations Unies pour qu’elles viennent faire la paix chez nous. Un petit geste suffit, une caresse, et ciao ! A demain ! Et demain on recommence. ». Et le pape a donné les trois mots magiques de la vie d’un couple : 3 mots « qui aide beaucoup la vie matrimoniale. Trois mots que l’on doit toujours dire, trois mots qu’il doit toujours y avoir à la maison : Permisso, S’il te plait, Grazie, merci, Scusa, excuse-moi. Les trois mots magiques. S’il te plait ? Que penses-tu de cela ? Puis-je faire ceci ? Merci : remercier son conjoint ; merci pour ce que tu as fait pour moi, merci pour ci ou pour ça. Rendre grâce, que c’est beau ! Et comme nous nous trompons tous, il y a un autre mot un peu difficile à dire mais qu’il faut dire : excuse-moi. S’il te plait, merci et excuse-moi. Avec ces trois mots, avec la prière de l’époux pour l’épouse et vice-versa, en faisant toujours la paix avant la fin de la journée, le mariage continuera. Les trois mots magiques, la prière, et toujours faire la paix ! ». Ce qui est vrai pour la vie de couple est vrai de la vie chrétienne. Ne pas s’endormir le soir sans avoir fait la paix avec Dieu aussi. Sans avoir demander pardon.  

« Près de toi, Seigneur, se trouve le pardon » chante le psalmiste. Pourquoi alors ne pas s’approcher de Dieu pour le recevoir ? Pourquoi ne pas s’approcher de Lui avec confiance pour recevoir la tendresse de sa miséricorde ? Dieu ne se lasse jamais de pardonner. C’est nous malheureusement qui nous lassons de lui demander pardon. Quel dommage ! Lorsqu’il a appris que son ami Lazare était mort, l’évangéliste nous dit clairement l’infini tristesse de Jésus et même ses pleurs. Lorsqu’Il voit un homme enfermé dans les liens mortifères du péché, Dieu pleure lui aussi et l’invite à la conversion, à la libération. D’où le sacrement du pardon, signe du Christ pour dire l’amour de Dieu. 

Peut être certains ont-ils une mauvaise expérience de confession en mémoire. Mais si cela a eu lieu il y a 10 ou 30 ans, peut être faut-il passer à autre chose… Essayer de nouveau. Très simplement. Vous savez qu’aujourd’hui, le rapport avec les prêtres est, me semble t-il, beaucoup plus simple… et tant mieux.

Frères et Sœurs, Le Père nous attend, il nous pardonne… Et comme pour le fils prodigue de l’évangile, en plus il fait la fête ! Que nos célébrations soient des fêtes du Pardon. Car au lieu de nous réprimander, au pêcheur qui se convertit, Dieu fait la fête.

Ne donnons donc pas de prise au mal sur nous. Libérons-nous du poids de nos fautes et n’ayons pas peur de recevoir la force, la grâce de son pardon. Nous sommes sous l’emprise de l’Esprit, écrit Saint Paul. Cet Esprit rend libre. Il rend heureux, il rend joyeux. Comme à Lazare, il nous redonne la vie. 

Osons dans les jours qui viennent, avant Pâques, nous approcher de l’amour de miséricorde de Dieu. Il nous attend et déjà, Il nous pardonne car Il nous aime.


Amen !