dimanche 29 septembre 2013

Baptême à La Peinière - Sept 2013


Homélie 26é dimanche du T.O.


Frères et Sœurs,

Il ne fait pas bon être riche dans l’Evangile ces temps-ci. Avec cette nouvelle parabole du Riche et de Lazare, le pauvre, Jésus conclue un ensemble d’enseignements à ses contradicteurs, les pharisiens incrédules. Ils aimaient la controverse mais il semble bien qu’elle soit stérile ; une discussion sans fin. Car ce que Jésus essaie de leur montrer, ce que les prophètes ont dénoncés déjà avant Lui, c’est qu’ils ont le cœur endurci. Leur richesse les rend aveugles et sourds. Amos n’y va pas avec le dos de la cuillère quand il dénonce cette « bande de vautrés » enfermée dans ses plaisirs immédiats, incapables de se préoccuper de l’essentiel à l’heure de leur mort. Un humoriste de grand talent, qui se savait atteint d’une maladie incurable, écrivait « Vivons heureux en attendant la mort ! ». Et le Riche de l’Evangile a du appliquer à la lettre cette maxime. Mais la mort venue, le bonheur n’est plus au rendez-vous. Ainsi Jésus nous rappelle l’urgence de la charité. La richesse risque surtout de rendre aveugle à la pauvreté de l’autre, voir à l’autre tout court. C’est ni plus ni moins le risque du nombrilisme ; ou les plus jeunes diraient TPMG ! Se préoccuper de l’autre, c’est donc maintenant, et sans attendre que cela doit se vivre. Faire l’aumône avec un cœur qui donne lui aussi. Pas simplement pour soulager sa conscience. Voilà pourquoi, nous ouvrons une année de la Charité dans notre diocèse. Pour soutenir et valoriser ce qui est déjà fait, et qui est très important. Nous avons célébré vendredi la fête de Saint Vincent de Paul avec les membres des Conférences qui sont actives sur notre paroisse. Mais aussi le Secours Catholique, très présent sur notre doyenné. Mais aussi toutes nos petites actions quotidiennes de partage et d’attention à l’autre. Nos manières de vivre concrètement la fraternité. Comme nous le chantons parfois, la richesse « encombre nos chemins » vers Dieu. Interrogeons-nous donc pour savoir de quoi notre cœur est-il encombré ? N’ai-je pas quelque chose encore à partager ? De l’argent peut être, de mon temps, de mes compétences ? Que sais-je…

Et tout cela, pas pour être en règle, pas pour respecter la Loi ou pour soulager sa conscience. Non. C’est une question de foi ! C’est une question de fidélité à notre baptême. C’est une réponse à notre volonté de suivre le Christ et d’en être les disciples. Voilà ce qu’illustre d’ailleurs la 2é partie de la parabole. Le Riche se soucie alors de ses frères. Il a compris que pour lui, c’est foutu, pourrait-on dire. Mais peut être peut-il encore faire quelque chose pour ses frères ? Enfin, fait-il montre d’un peu de générosité. Mais la réponse d’Abraham est claire. « S'ils n'écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu'un pourra bien ressusciter d'entre les morts : ils ne seront pas convaincus. ». Car leur cœur est fermé. Rien n’y fera. Comme l’écrit un grand théologien : « ils ne veulent pas croire mais savoir. Ils ne veulent pas obéir mais garder leur autonomie ». Ils veulent des signes pour être convaincus. Mais de signe, il n’y en aura pas d’autre que le Christ. Pensons à la résurrection du vrai Lazare. Elle n’a pas entrainé de multiples conversions mais plutôt des questions. Nous pensons tous à première vue, que si Jésus était là présent au milieu de nous, la foi serait plus facile, plus naturelle. Que nos contemporains viendraient remplir nos églises. Que les jeunes n’auraient plus peur de dire qu’ils sont catho à leurs copains collégiens, lycéens ou étudiants. Mais relisez l’Evangile ! Jésus n’a cessé de redire qui il était vraiment, de faire des miracles. Et pourtant, peu l’ont suivi. Et certains l’ont même trahi.

La foi au Christ doit aller au delà des signes. Je pense à ces discussions que j’ai régulièrement avec une amie qui se dit athée mais intéressée par la religion. Nous sommes beaucoup dans des questions de compréhensions, de connaissance. Et ainsi, je sens qu’elle tourne autour du pot. Cette soif de savoir devra se convertir en soif de croire. Saint Paul évoque cela dans sa lettre à Timothée : « Toi, l'homme de Dieu, cherche à être juste et religieux, vis dans la foi et l'amour, la persévérance et la douceur. Continue à bien te battre pour la foi, et tu obtiendras la vie éternelle. ». Si je relève juste les verbes employés par Paul : cherche, vis, bats-toi. Et je signale que juste avant l’invitation à se battre, Paul parle de douceur ! Notre foi nous invite donc à toujours chercher, à sortir. Je ne peux m’empêcher de vous citer ce passage du discours du Pape François aux catéchistes du monde entier réunis en congrès à Rome cette fin de semaine : « Quand nous, chrétiens, nous sommes fermés sur notre groupe, sur notre mouvement, sur notre paroisse, sur notre milieu, nous restons fermés et il arrive ce qu’il arrive à tout ce qui est fermé ; quand une pièce est fermée, elle commence à sentir l’humidité. Et si une personne est dans cette pièce, elle tombe malade ! Quand un chrétien est fermé sur son groupe, sur sa paroisse, sur son mouvement, il est fermé, il tombe malade. Si un chrétien sort dans les rues, les périphéries, il peut lui arriver ce qui arrive à des personnes qui vont dans les rues : un accident. Bien des fois nous avons vu des accidents de la route. Mais je vous dis : je préfère mille fois une Église accidentée, et non une Église malade ! ». Voilà pourquoi, Saint Paul parle aussi d’un combat. Combat avec nous-même pour ne pas tomber dans la routine, dans le confort d’une foi bien au chaud que rien ne viendrait perturber. Combat avec le prince de ce monde qui sème la zizanie, le doute autour de nous. Malgré cela nous ne devons donc pas avoir peur. Et je cite encore le Pape : « Pour rester avec Dieu, il faut savoir sortir, ne pas avoir peur de sortir. Si un catéchiste se laisse prendre par la peur, c’est un lâche ; si un catéchiste reste tranquille, il finit par être une statue de musée ; et nous en avons beaucoup ! Nous en avons beaucoup ! S’il vous plaît, pas de statues de musée ! Si un catéchiste est rigide il devient rabougri et stérile(…) Quand nous pensons aller loin, dans une extrême périphérie, et nous avons peut-être un peu peur, en réalité Lui s’y trouve déjà : Jésus nous attend dans le cœur de ce frère, dans sa chair blessée, dans sa vie opprimée, dans son âme sans foi. ». Fin de citation.

La Foi n’est donc pas transmise par des savants mais par des témoins. Nous sommes ses témoins de la foi dont le monde a besoin. Aussi ne devons-nous pas avoir peur d’être « capable d'une si belle affirmation de ta foi devant de nombreux témoins » comme le dit Saint Paul à Timothée. Et je pense à ce que nous avons vécu à la Peinière au début du mois. Durant la messe, M. Huynh, 84 ans, né au Viet Nam a été baptisé : « le plus grand jour sa vie » Il vivait sa foi depuis son plus jeune âge. Mais la guerre et sa détention dans les camps communistes pendant 23 ans l’ont empêché de recevoir la grâce du sacrement malgré une vie de foi et de prière exemplaire. Oui quelle belle affirmation de la foi devant de nombreux témoins ! Quelle chance nous avons d’avoir été baptisé, d’être comme le dit encore le Pape François, parlant de lui-même, d’être des pécheurs sur lesquels Dieu a posé son regard. L’année de la Foi se terminera officiellement le dimanche 24 novembre. Mais nous sommes peut être les ouvriers de la dernière heure. En ce début d’année pastorale, soyons créatifs pour redynamiser notre vie de Foi, de croyants. Soyons créatifs dans notre vie de prière. Soyons créatifs dans notre recherche et notre intelligence toujours plus grande de la foi. Soyons créatifs dans notre solidarité, notre fraternité toujours renouvelée. Oui, n’attendons plus pour mettre en œuvre le beau conseil de Saint Paul : « Continue à bien te battre pour la foi, et tu obtiendras la vie éternelle. »

Amen !

dimanche 8 septembre 2013

Faire Sa volonté !

Homélie 23é dimanche du T.O.

Frères et Sœurs,
Quand nous entendons Jésus nous dire dans l’Evangile de ce jour : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. » ; devant cette parole répétée et extraordinairement exigeante, nous pouvons nous poser la même question que l’auteur du livre de la Sagesse, notre première lecture : « Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu ? ». Car devant la radicalité du choix demandé par le Christ à ses disciples, nous pouvons légitimement nous dire : qui en sera capable ? Qui peut ainsi répondre et renoncer à tout, tout quitter pour être le vrai disciple de Jésus ? Bien sûr, nous avons peut être quelques exemples qui nous viennent en tête de religieux, de saints que nous admirons. Tel Saint François d’Assise rendant jusqu’à ses vêtements à son père pour épouser publiquement Dame Pauvreté et son choix de vivre l’Evangile sans compromission aucune. Tout cela est très beau. Mais nous n’en sommes pas vraiment. Reconnaissons honnêtement que la majorité d’entre nous n’a pas atteint ces sommets de la foi chrétienne. Sommes-nous donc incapable d’être des disciples ? Devons-nous baisser les bras, fermer nos oreilles et attendre que la tempête passe… et que le prédicateur se taise ! Jésus ne parle t-il que pour les autres ? Car avouons-le ensemble, nous n’avons pas vraiment tout quitté pour le suivre. Nous ne sommes pas comme saint Paul qui rends à Philémon son esclave qui pourtant et alors qu’il était en prison lui rendait de grands services et sans doute le soutenait dans son épreuve. Mais Paul ne le garde pas pour lui. De cet esclave, il fait même un chrétien libre, il l’affranchit et il a cette belle formule pour Philémon : « accueille-le comme si c’était moi. ». Bel exemple de détachement, de liberté pour répondre à l’appel du Christ.

La méditation de cet évangile un peu sévère m’amène donc à deux réflexions.

La première est plus personnelle. Mais je crois bon de vous la partager. En ce début d’année pastorale, je n’ai pas pu m’empêcher de faire résonner l’appel du Christ à renoncer à ce à quoi nous sommes attachés par amour pour Lui de ma situation. Vous le savez maintenant, cette année une deuxième paroisse m’est confiée. Et pour faciliter les choses à l’autre bout de Saint Malo. S’il n’avait tenu qu’à moi et mes envies, je serai sans doute rester bien tranquillement au service de notre paroisse Saint Patrick, que j’ai appris à connaître et à aimer au cours de l’année passée. Mais ce cadeau qui m’a été fait en septembre dernier, je ne dois pas le garder pour moi et m’y attacher. Il me faut rester proche tout en apprenant à découvrir un peuple nouveau. Et vous le savez bien, cette évolution qui est une transition pour une année, nous prépare aux nécessaires évolutions pastorales sur notre ville de Saint Malo. Nos paroisses ne peuvent plus être des forteresses derrière lesquelles chacun se réfugie en ignorant les autres. Au contraire, elles doivent être des phares qui brillent et éclairent alentour, chacune avec sa personnalité propre qui enrichit la communion de sa diversité. Avec l’équipe de prêtres qui est en train de se constituer à Saint Malo, nous voulons être au service de cette communion dans la diversité. Beaucoup me demandent : « mais comment allez-vous faire ? ». Je vais faire comme dans l’Evangile. Prendre le temps de m’asseoir pour calculer la dépense, connaître les réels besoins, poser des fondations solides pour construire cette nouvelle organisation pastorale toute tournée vers la mission. Cette année 2013-2014 va y être consacrée. Avec tous ceux qui le veulent, nous réfléchirons et préparons l’avenir sans se laisser ligoter par les mirages des recettes du bon vieux temps ! Aujourd’hui comme hier, à l’appel du Christ, je réponds : « me voici ».
Deuxième réflexion, pour nous tous cette fois. Inutile de faire la politique de l’autruche, le Christ nous demande ce matin de nous interroger sur nos attachements. A quoi sommes-nous attachés vraiment ? Qu’est-ce que nous avons quitté ou devons nous quitter pour être ses disciples ? Je pense tout simplement à l’exemple local de Sainte Jeanne Jugan qui va donner sa chambre et son lit pour accueillir Anne Chauvin, cette première personne âgée pauvre trouvée dans la rue. Elle donne son lit. Bien sûr, nous sommes attachés à des objets et surtout à des personnes. C’est bien normal. Mais il nous faut régulièrement vérifier qu’ils ne remplacent pas le Christ. Là encore comme dans l’Evangile, prendre le temps de s’asseoir et de vérifier en ce début d’année pastorale : qu’est-ce que mon attachement au Christ va m’amener à faire cette année ? Pour moi ? Pour ma famille ? Pour la paroisse ou l’Eglise ? Des propositions vont vous être faites dans les prochaines semaines, des appels vont être lancés. Que me faudra t-il quitter peut être pour répondre présent ? L’exigence du Christ ne doit pas nous faire peur et encore moins nous paralyser. Car si nous sommes là ce matin, c’est que déjà nous avons fait une partie du chemin. Je parlais tout de suite de l’hospitalité de Jeanne Jugan. Je peux témoigner aussi de la belle et sympathique hospitalité des paroissiens de Paramé pour les jeunes qui se sont succédés cet été à Kériadenn. Etre ensemble ce matin pour célébrer le Christ, c’est déjà aussi répondre à son appel. Mais il veut sans doute que nous poursuivions la route avec Lui. Que nous fassions clairement le choix du Christ et que cela ait des conséquences concrètes sur nos vies. Oui, Seigneur, apprends nous la vraie mesure de nos jours, comme le chante le psalmiste. Que nos cœurs pénètrent la sagesse. Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains.

Seigneur Jésus,
Apprenez-nous à être généreux,
A Vous servir comme Vous le méritez
A donner sans compter,
A combattre sans souci des blessures,
A travailler sans chercher le repos,
A nous dépenser, sans attendre d'autre récompense,
que celle de savoir que nous faisons Votre Sainte Volonté.

Amen !