mardi 20 mars 2012

Eau pour la Vie


Homélie 20 mars 2012 - Mardi de la 4é semaine de Carême.

Frères,

Vous avez peut être suivi depuis quelques années, les avancées de la recherche de l’eau sur Mars. D’énormes moyens scientifiques sont déployés pour prouver, avec un certain succès semble t’il, qu’il y a bien de l’eau sur cette planète. Pourquoi tant d’intérêt à cette question ? Car l’eau est la condition indispensable de la vie. Ceci est d’ailleurs rappelé dans l’intéressant document paru récemment en provenance du Saint Siège à l’occasion du Forum mondial de l’eau qui s’est tenu les jours derniers à Marseille. En presque 50 pages, sous le titre « L'EAU, UN ELEMENT ESSENTIEL POUR LA VIE - Instaurer des solutions efficaces », le texte rappelle comment - malgré certains progrès – environ la moitié de la population mondiale n'a toujours pas un accès approprié et garanti à l'eau potable, et il souhaite une meilleure gestion de l'eau de la part d'acteurs qui sont appelés à agir avec sobriété, responsabilité et solidarité.

«Le document définit l’eau comme un bien triple : un bien social, lié à la santé, à l’alimentation et aux conflits ; un bien économique, nécessaire à la production d’autres biens et rapporté à l’énergie, mais qui ne peut pas être considéré comme n’importe quel autre bien commercial du fait qu’il est indispensable à la vie et un don de Dieu ; un bien environnemental, au sens où il est lié à la durabilité de l’environnement et aux catastrophes naturelles. »

Nous qui n’avons qu’à ouvrir un robinet pour trouver de l’eau à profusion, nous pouvons avoir tendance à oublier son importance vitale. Il faut avoir voyager un peu, en Afrique par exemple ou au Proche Orient pour en faire l’expérience. Hier comme aujourd’hui, la Palestine en est évidemment un exemple flagrant. D’où les textes de ce jour qui tous les deux y font une allusion claire. La première lecture avec cette vision d’une source nouvelle qui jaillit du Temple et qui irrigue la terre environnante la rendant quasiment aussi fertile et luxuriante que le paradis de la Genèse. Le psaume nous invite à n’avoir aucune crainte de la mer car Dieu est secours, refuge et force et présente lui aussi un fleuve dont les bras réjouissent la ville de Dieu. Enfin, c’est près de la piscine « miraculeuse » de Bezatha, que Jésus vient guérir ce paralysé puisque personne ne l’aide à entrer dans l’eau au moment favorable. Notons au passage, un changement qui n’est pas anodin : ce n’est plus l’eau de la piscine qui va guérir mais la puissance divine du Christ qui remet debout.

Mais avant d’aller plus loin, permettez moi de relever le changement qui semble s’opérer discrètement mais sûrement avec les textes et la liturgie de ce mardi de la 4é semaine de Carême. Avant-hier nous vivions le dimanche de laetare ou dimanche de la joie. Après les réjouissances offertes par la Saint Joseph, nous poursuivons pourtant notre carême. Mais sans doute, en nous ouvrant plus à l’aspect salvifique de ce temps. L’oraison d’ouverture nous invitait à « transmettre au monde la joyeuse nouvelle du salut » ; « rends nous la joie d’être sauvé » disions-nous dans l’antienne évangélique. Le ton est nouveau, différent de ce que nous entendions les semaines passées. Les privations, les jeunes, les efforts que nous pouvons avoir fait depuis quelques semaines ont un sens et ne riment pas nécessairement avec des mines renfrognées et tristes. Nous pouvons rester le regard fixé sur la Croix, signe éminent de notre Salut. Mais en y voyant ce fleuve d’eau vive qui se répand du côté ouvert du Christ, cette eau baptismale qui purifie le pécheur et qui entraine dans l’incessant courant de la vie éternelle.

Les parents du dernier bébé que j’ai baptisé m’ont demandé un baptême par immersion. Après le premier bain, le bébé étant mouillé et assez dodu, il a failli m’échapper des mains mettant les mamis en émoi. Heureusement, j’ai poursuivi ma tâche sans faiblir et Joseph est bien devenu un petit chrétien. Cette histoire pour nous redire le double sens de l’eau du baptême : une plongée dans la mort et la résurrection du Christ. Comme les deux faces d’une même pièce, l’une ne va pas sans l’autre. Au paralytique qu’il relève, Jésus demande de prendre son grabat. Comme pour lui rappeler ce qu’il a été. Guéri, il est bien un homme nouveau mais il ne doit pas oublier le grabat de son péché ce qu’il lui redit lors de leur deuxième rencontre.

Par le baptême, nous sommes devenus des hommes nouveaux. Nous ne sommes plus assujettis à la loi ancienne. Une vie nouvelle nous est promise. Nous pouvons traverser les déserts de nos vies sans craindre la soif car « quand ils traversent la vallée de la soif, ils la changent en source ; de quelles bénédictions la revêtent les pluies de printemps ! » chante le psalmiste.

Au milieu du gué de notre carême, si nous sommes un peu fatigués, si nous éprouvons le sentiment que nos efforts sont vains, si nous avons l’impression de ne pas progresser, la liturgie de ce jour nous invite à faire une halte au puits et à y reprendre les forces pour poursuivre le chemin. Dans le désert, les puits sont toujours des surprises. Ils apparaissent, comme surgit de nulle part. Et alors qu’on a marché des heures sans voir âme qui vive, voilà deux ou trois bédouins qui sont là réunis, puisant l’eau pour eux-mêmes ou leurs bêtes.

Ce matin, nous voici au puits. Car au milieu du village global de notre temps, il y a toujours un puits, il y a une source. Elle est humble, discrète, cachée, mais elle est bien là. Et le Seigneur nous dit : « venez boire, venez vous désaltérez. Venez gratuitement boire à la source d’eau vive ». Reconnaissons donc que « notre âme a soif de Dieu, le dieu vivant ». Comme Bernadette à Lourdes, peut être nous faut-il gratter un peu la boue pour trouver la source. Mais alors elle jaillira pour abreuver notre vie spirituelle. Alors nous pouvons repartir et marcher joyeusement vers la lumière libératrice de Pâques.

Amen !

lundi 12 mars 2012

Puiser à la "Pure Energie"


Intro WE Jeunesse 2000 - Rennes

Le 30 mai 1862, Don Bosco eut en songe, une vision prophétique.

Il vit la mer, et là, rangés en bataille, des vaisseaux innombrables remplis d'armes de toutes sortes,
livrant bataille à un grand et majestueux vaisseau représentant l’Eglise.

Soudain, apparaissent deux colonnes : l'une, la plus grande, porte une lumineuse hostie, et l’inscription: "Salut des croyants". L'autre, où sont gravés
les mots: "Secours des Chrétiens", est surmontée d'une statue de la Vierge Immaculée, avec un chapelet.

L'assaut tourne à l'avantage des agresseurs mais le Pape, en blanc lui aussi, à la proue du grand vaisseau, convoque par deux fois les capitaines des vaisseaux auxiliaires afin de délibérer des décisions à prendre. Il est finalement frappé à mort, mais son successeur obtient la victoire en amarrant solidement le Vaisseau aux deux Colonnes.

Un tableau, exposé dans la Basilique Maria Auxiliatrice à Turin, rappelle ce célèbre songe des "Trois Blancheurs", reçu peu avant le début du 1er Concile du Vatican.

L’eucharistie, Marie, Le Pape.

Chers amis, dans notre monde où nous avons parfois l’impression d’être sur un bateau voguant dans une grande tempête planétaire, il est bon de savoir où rentrer au port, sur quoi, sur qui amarrer fermement sa barque.

Dans nos églises bretonnes, on trouve parfois cette représentation de la croix qui ressemble à une ancre marine. J’aime bien penser que le Christ est le rocher sur lequel nous pouvons crocher l’ancre de nos vies.

Voilà ce que nous vous proposons ce WE :
·       Rentrer tranquillement au port
·       Accrocher fermement son ancre au Christ pour les navigations futures, les tempêtes à venir.


Dans son message de carême, Mgr d’Ornellas évoque des choses simples à vivre qui ressemblent à un WE J 2000 :
« Choisir l'intériorité en quittant nos superficialités. 
Faire une pause en cessant de courir dans le stress qui ravage. 
Oser la relation vraie entre personnes sans se laisser obnubiler par des écrans qui, parfois, sont très nuisibles. 
Prendre du temps pour nourrir sa relation personnelle à Dieu en prenant au sérieux les questions de sa présence.
Ouvrir sa 
Bible pour oxygéner son espérance chrétienne, si ample et si lumineuse, de peur d'être gagné par l'asphyxie ou le slogan qui aveugle. »

Toi qui es là ce soir, acceptes maintenant de te laisser guider sur le chemin de ce WE. Des milliers de jeunes à travers le monde l’ont pris avant toi et y ont découvert la joie. Acceptes de lâcher prise et de te brancher en direct sur le générateur divin. Tu y trouveras de la « pure énergie ». Le Saint Père Benoit XVI aux JMJ de Cologne évoquait l’Eucharistie comme « une fission nucléaire portée au plus intime de l'être - la victoire de l'amour sur la haine, la victoire de l'amour sur la mort. Seule l'explosion intime du bien qui vainc le mal peut alors engendrer la chaîne des transformations qui, peu à peu, changeront le monde. »
Pour nous Jésus va se donner dans quelques instants à la messe et il sera présent au milieu de nous dans son Eucharistie tout au long du WE pour renforcer notre foi dans sa présence intime.

Jésus vient nous visiter, vient ouvrir notre cœur à ta présence.

Marie sera notre guide. Elle qui a accompagnée Jésus tout au long de sa vie terrestre de la crèche à la croix. Elle qui était présente à la naissance de l’Eglise, au Cénacle

Marie notre mère, guide nous vers ton Fils.

L’Eglise qui est à Rome bien sûr avec le Saint Père mais aussi chacune des Eglises particulières que sont nos diocèses, notre diocèse de Rennes, dol et Saint Malo autour de son archevêque que nous accueillerons dimanche. L’Eglise, nous devons d’abord l’aimer ! Arrêter de dire ou de laisser du mal sur l’Eglise, le Pape, les évêques, les prêtres, nous tous les chrétiens. Aimer l’Eglise, qui est peut être une vielle dame mais avec un tel témoignage d’amour !

Saint Esprit, aide-nous à aimer l’Eglise toujours plus.

Voilà. Tout est prêt. Nous sommes prêts à vivre ce WE J 2000. Entrons dans la prière, l’action de grâce, le partage, l’adoration…Confions le dès maintenant à Marie, confions l’équipe locale qui se démène depuis des mois pour vous accueillir. Confions nous nous même pour être ouvert à ce que Dieu veut nous donner, nous offrir durant ces 48h. pour Jésus !




vendredi 9 mars 2012


Homélie Vendredi 2é semaine de carême.

Jacob, père de Joseph qui envoie son fils paître le troupeau. Joseph et ses frères. Un propriétaire qui a un fils et qui envoie son fils à la vigne. Qu’il s’agisse de l’Ancien ou du Nouveau Testament, la Bible est pleine de ces récits faisant état de relations familiales et plus précisément filiales. Parfois, elles sont paisibles et édifiantes. Parfois elles sont tumultueuses et douloureuses. La péricope qui précède l’Evangile de ce jour en saint Mathieu est précisément la parabole de l’homme qui avait deux fils. Qui n’est pas celle du Fils prodigue ou du Père miséricordieux. Aujourd’hui, nous voyons aisément comment les textes de ce jour ont un lien étroit sous cet angle de la relation filiale. Joseph, le fils bien aimé est envoyé à Sichem où il sera rejeté par ses frères et vendu, pour ne pas le tuer, à des étrangers. Le fils du vigneron, l’hériter, qui est envoyé par son père, à la vigne où il est tué par les serviteurs indignes. Histoires de Pères et de Fils. Ainsi en est-il dans  nos vies aussi. J’ai vu des fils qui s’inscrivaient naturellement dans la droite ligne de leur père ou de leur grand père. Mais je connais aussi Luc qui souffre depuis des années d’un père qui ne le comprends pas et lui fait un mal psychologique fou. Ou aussi ce film assez violent au titre faussement romantique « de battre mon cœur s’est arrête » qui débute par une scène extraordinaire d’un fils qui n’en peut plus d’être finalement le père de son père devenu dépendant. Ainsi l’Ecriture Sainte n’est jamais éloigné de nos expériences humaines. Au contraire, à travers elles, Elle nous tourne vers une autre réalité. Comment, en effet, ne pas faire un lien évident entre les 2 textes de ce matin et les relations entre le Père du ciel et Celui qui est désigné par deux fois « le Fils bien aimé ». Nous entendions encore cela dimanche dernier dans le récit de la Transfiguration : « celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ». Mais cette génération est sourde. Les anciens ont jeté Joseph dans une citerne et l’ont vendu à des étrangers. Ainsi en fut-il du sort des prophètes. Et leurs descendants vont encore rejeter et crucifier ce Fils qui dérange. « ils le tenaient pour un prophète ». Mais il y avait là bien plus que cela. Il était Le Prophète. Mais ils n’ont pas compris qu’il venait fonder une nouvelle famille ; qu’il veniat pour la « love revolution ». Ceci n’est pas un slogan pour soixante huitards attardés mais le mot d’ordre génial du festival d’évangélisation Anuncio. Ce qui dans la bouche d’un pape, le Bx Jean_Paul II, se traduit par « la civilisation de l’amour » come il aimait à le répéter. Mais pour cela, il faut d’accepter de n’avoir qu’un seul Père… celui qui est aux cieux ! Il faut accepter de n’être véritablement que les héritiers du Fils, qui a donné sa vie pour nous. Il faut accepter de bousculer toutes nos relations terrestres, légitimes et indispensables même, pour reconnaître qu’une seule est nécessaire : l’amour de Dieu. Quand on l’a compris, on peut en vivre et faire alors des choses extraordinaires. Quand on a compris que Dieu nous aime tellement qu’Il nous à donné son Fils bien aimé pour nous sortir de notre vallée de larmes et nous conduire vers la Vie éternelle, alors rien n’est plus comme avant. Ainsi Joseph qui après avoir connu les affres de l’exil puis les honneurs de la cour de pharaon où il accéda à des très hautes fonctions, qui pardonne à ses frères au nom de l’amour de Dieu. Ainsi ce petit bout de femme de Cancale au prénom banal de Jeanne qui prend une vielle femme indigente sur ses épaules et lui offre son lit. Aujourd’hui plus de 2000 femmes ont pris sa suite à travers le monde entier : ce sont les Petites Sœurs des Pauvres. B XVI en a fait une sainte. Ainsi ce jeune ouvrier typographe rennais, Marcel, qui n’hésitera pas à prendre des risques pour prier et vivre la messe en camp de concentration et qui sera éliminé parce que trop catholique. JP II en a fait un bienheureux. Et l’on pourrait continuer la liste… Et nous pourrions continuer en étant sur la liste. Si nous acceptons de revêtir le Christ, promesse de notre baptême, si nous acceptons d’endosser les habits neufs de notre condition filiale jusqu’au bout, car Il nous aima jusqu’au bout !, alors nous verrons l’œuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux. Jésus est celui qui nous montre sur la croix le jaillissement de l’amour du Père pour nous, pour toi. Si les prophètes n’ont pas été entendu, Lui est l’ultime appel de Dieu. « Nous vous en supplions, au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu » écrit Saint Paul. Benoit XVI dans son magnifique message de Carême reprends : « le fait d’être frères en humanité et, dans bien des cas, aussi dans la foi, doit nous amener à voir dans l’autre un véritable alter ego, aimé infiniment par le Seigneur. Si nous cultivons ce regard de fraternité, la solidarité, la justice ainsi que la miséricorde et la compassion jailliront naturellement de notre cœur. »
Frères et Sœurs,
La charité nous presse. La « love revolution » est en marche depuis plus de 2000 ans. Mais elle ne pourra se faire pleinement sans nous. C’est maintenant le temps favorable. Ne fermons pas notre cœur mais écoutons la voix du Seigneur, du Fils bien aimé. Que vais-faire aujourd’hui pour que mon frère devienne un peu plus encore mon frère ? Que vais-je faire pour devenir un peu plus un fils ?
Amen !

dimanche 4 mars 2012


Homélie 2é dimanche de Carême 2012

Frères et Sœurs,

Il y a des dimanches où la liturgie nous offre des textes d’une richesse particulière. Ce 2é dimanche de Carême en est un. La première lecture nous raconte l’épisode du sacrifice d’Isaac. Et l’Evangile est celui de la Transfiguration. Ainsi vous voyez le prédicateur devant l’embarras du choix. Mais reposons-nous la question centrale : comment ces textes vont-ils, dans la semaine qui vient, nous aider à vivre ce temps de Carême ? Car nous voyons bien qu’ils sont tous tournés vers ce double moment fondamental pour notre foi :
-       la mort de Jésus avec le sacrifice retenu d’Isaac, le fils bien aimé d’Abraham
-       sa résurrection avec la Transfiguration.

Sans doute est-il important au cours de ce Carême de nous remettre devant ce mystère central, devant le but de tous nos petits efforts consentis pendant cette période : qu’ils soient de prière, de partage ou de jeune ?

Car si nous avons décidés, seul ou en communauté, de renouveler notre vie de prière, de l’enrichir un peu, c’est bien par amour du Christ mort et ressuscité.

Si nous avons décidés de partager non seulement de notre superflu mais aussi de notre nécessaire, c’est bien par amour du Christ mort et ressuscité.
Et si nous avons décidés de jeûner de nourriture mais aussi de tout ce qui peut envahir notre vie, c’est par amour du Christ, mort et ressuscité.

Sans une référence constante au Christ, Fils de Dieu, mort et ressuscité pour nous sauver, nous coupons l’indispensable lien à la source vitale de notre Foi.

Ainsi regardons le témoignage d’Abraham qui répond sans cesse fidèlement « me voici » aux appels de l’ange du Seigneur, aussi étranges puissent-ils être comme le sacrifice de son fils unique, « celui qu’il aime » précise bien l’Ecriture. Abraham sait que la volonté de Dieu est bonne. Il fait donc confiance, une confiance aveugle à Celui qui le guide et qui guide son peuple. Et qui manifeste encore dans ce récit qu’Il est un Dieu qui ne veut pas la mort mais la vie. Abraham est évidemment un immense modèle de foi qui fait de lui le Père de tous les croyants. Parce qu’il sait que nous sommes pas tous à l’image d’Abraham dans une telle relation de confiance, Jésus nous invite à avoir de la foi même « grosse comme une graine de moutarde », c’est à dire une des plus petites graines qui existent. Peut être serait-il bon que nous nous demandions où en est ma foi ? Qu’est-ce que je suis capable d’attendre de Dieu ? Est-ce que je sais que ce qu’il me donne est bon même si le chemin est étrange ?  Abraham partit sans savoir où il allait nous rappelle la lettre aux Hébreux. Mais il est parti dans la confiance. Vivons ce chemin du carême, cette route au désert, dans la confiance renouvelée, renforcée en un Dieu qui nous guide sur un chemin de vie.

Mais regardons aussi Pierre dans l’Evangile. Avec Jacques et Jean, il fait partie de ce trio privilégié que Jésus emmène à l’écart, sur une haute montagne. Ils le suivent sans savoir ce qu’ils vont faire là-haut. Sans doute prier. Vivre un moment d’intimité avec Jésus, avec Dieu. On peut penser à quelque chose de sobre, de calme, une sorte de retraite, de réco. Et voilà « qu’il fut transfiguré devant eux ». Et voilà les grands Anciens, Elie et Moïse, qui bavarde avec Jésus. Et voilà, qu’une voix venue du ciel ; comme lors du baptême dans le Jourdain, dit : « celui-ci est mon Fils bien aimé, écoutez-le ». Bien que l’évangéliste Marc qui nous rapporte cette scène reste sobre, fidèle à son style, nous sommes plutôt dans une scène de cinéma à grands effets. Le metteur en scène aurait pu obtenir l’oscar des meilleurs effets spéciaux. Grande frayeur chez les apôtres mais pourtant Pierre propose de rester là et de planter la tente. Car au milieu de cette révélation sûrement bouleversante, il devait se trouver bien. Lorsque Dieu se révèle et nous parle, lorsqu’Il nous montre ce qui nous attend, la compagnie des ressuscités, l’envie est grande d’y rester car on s’y sent bien. Comme ce petit presbytère au bord de la mer dans un autre diocèse breton que je suis allé visiter récemment. En plus d’être les pieds dans l’eau face à un joli petit port, il était aménagé avec beaucoup de goût et d’attention pour accueillir ceux qui y passeront. Mais Jésus rappelle ses disciples à la réalité. Ils ont vécu un temps de béatitude sur la montagne mais l’heure n’est pas venue de s’y installer. Il faut redescendre. Il faut affronter les épreuves à venir et surtout l’épreuve suprême, celle de la mort. L’évangile aurait pu s’arrêter là, à la Transfiguration. Nous serions assez aisément passé directement à l’Ascension sur cette haute montagne. Mais non. Pierre et les autres durent accompagner Jésus sur le chemin de la croix. Et nous savons combien cela fut difficile. Il y eut même des reniements. Par trois fois pour Pierre. Ce qu’ils ont vécu lors de cette Transfiguration, n’est encore qu’un pâle reflet de la résurrection à venir. Voilà le but. Pour Jésus le Christ. Pour nous aussi. Voilà le but de notre Carême. « Les yeux fixés sur le Christ, entrons dans le combat de Dieu » disait une antienne du bréviaire. Car si par moment, nous pouvons nous sentir sur la montagne avec le Transfiguré, nous sommes plus souvent dans la vallée de notre vie quotidienne, de nos soucis et difficultés ou de nos joies aussi. Sans oublier que le Seigneur reste à nos côtés. Lui aussi est redescendu de la montagne. Il nous invite à poursuivre le chemin avec confiance. Le Carême devrait être un chemin de Transfiguration. Avec le Christ nous passons de notre condition de mortel à celle de ressuscité. Mais c’est un long chemin. Abraham, Pierre et tant d’autres nous l’ont tracé avant nous.

Frères et Sœurs,
Il nous faut donc vivre ce temps de carême ici et maintenant, concrètement, dans des actes d’amour posés chaque jour. Mais avec le regard fixé sur l’avenir que le Christ nous a annoncé par sa Transfiguration mais surtout par sa mort et sa résurrection. Madeleine Delbrêl a écrit « Si tu vas au bout du monde, tu trouveras la trace de Dieu. Si tu vas au bout de toi-même, tu trouveras Dieu lui-même ».