Homélie Pâques 2026


 

Dans une nuit obscure, | En una noche oscura

O nuit qui m’a guidée ! | ¡Oh noche, que guiaste !

O nuit plus aimable que l’aurore ! | ¡Oh noche amable más que la alborada !

O nuit qui as uni | ¡Oh noche que juntaste

L’Aimé avec son aimée, | amado con amada,

L’aimée en son Aimé transformée | amada en el amado transformada !

 

Ces mots magnifiques ne sont pas un extrait de l’Exultet qui vient de résonner dans la nuit. Nuit seulement illuminée de la lueur du feu pascal et de vos cierges.

Mais ils sont ceux de l’immense mystique espagnol St Jean de la Croix.

Il compose ce poème, l’un des plus célèbres de la littérature hispanique, La Nuit obscure, écrit en 1578, après son évasion du cachot de Tolède.

En sortant d’un cachot

Comme en sortant d’un tombeau

L’épreuve de l’enfermement. Subie ou volontaire. Enfermés par les autres ou par soi-même. Enfermés par le jugement le regard des autres, de la société ou par mon propre regard, mon orgueil.

 

Après les 40 jours de Carême et ceux de la Semaine Sainte qui s’achève, voilà enfin la douce lumière de Pâques qui vient éclairer notre nuit obscure. Celle du monde ou de notre cœur. Je vois cette lumière comme celle d’un phare dans la nuit. Il éclaire la route du navire afin qu’il évite les écueils.

 

Mais ce qui me marque cette année, c’est d’abord la nuit de notre monde. Ce monde fou où la guerre fait encore entendre son bruit infernal à de multiples endroits. Je pense tout particulièrement à nos amis chrétiens du Proche Orient. Peut-être célèbrent ils comme au temps des catacombes ou de la première nuit de Pâques, enfermés par la peur de l’ennemi, la tristesse ou le deuil. Comment ne pas nous unir à eux ce soir ? Mes frères et amis chrétiens libanais dont je reçois des messages chaque jour. Ils essayent de rester dans l’espérance Je pense aussi à ceux qui vivent sous la dictature comme en Iran. Double peine pour le peuple de ce beau et fier pays : dictature et guerre ! Je pense à nos législateurs qui s’apprêtent peut-être à ouvrir un « droit à mourir ».  Malheureusement cette litanie des nuits du monde pourrait être longue. Elle peut aussi rejoindre des motifs plus personnels qui peuvent être les nôtres : de maladie, de deuil, de souffrance.

 

Et pourtant Pâques est là. De bon matin des femmes sont venues et ont trouvé le tombeau vide. Un jardinier a fait l’annonce : « celui que vous cherchez n’est pas ici. Il est ressuscité ». La rumeur de vie qu’il proclame naît de nuit. Toutes les résurrections de ce monde sont nées de nuit. Pensez à Marcel Callo dont la sainteté a éclaté dans la « nuit et le brouillard » des camps d’extermination nazis, comme ses 50 autres compagnons martyrs béatifiés en décembre dernier à ND de Paris. Mais c’est de nuit ! Pensez à Saint François d’Assise dont nous célèbrerons le 2 octobre les 800 ans de son entrée au ciel. Sa plus belle prière, le Cantique des Créatures, a été écrite alors qu’il était quasiment aveugle mais c’est de nuit !

 

Ainsi la résurrection du Christ n’est pas un opium qui viendrait nous faire instantanément oublier les nuits du monde et de nos cœurs. Non ! Mais elle vient percer une brèche de lumière qui sort du tombeau vide sur ces nuits. Elle vient dire à ce monde en désarroi qu’il a été rejoint par l’incarnation de Dieu jusque dans ses ténèbres les plus obscures, celles de la mort. Mais que celle-ci n’aura jamais le dernier mot. Le Christ est venu pour nous entrainer avec Lui vers la Résurrection offerte à tous. Encore faut-il ne pas rester dans nos incantations morbides Car « il vous précède en Galilée ». Comme les disciples sur le chemin d’Emmaüs, chemin du désespoir et de la mort victorieuse, il fait se laisser dérouter et retourner à Jérusalem. Il faut accepter les signes discrets de la Résurrection comme ceux d’un printemps qui tarderait à se manifester. Crier avec Saint Paul aux chrétiens de Corinthe : « Ô Mort, où est ta victoire ? ».

 

En cette nuit de Pâques, n’ayons donc plus peur de la nuit ! Plus peur du noir

A chaque veillée pascale, je me fais une joie de chanter pour vous l’Exultet dans l’église juste illuminée des flammes fragiles de vos cierges allumés au cierge pascal Mais souvent après la célébration, vous me dites : c’était beau Mais on n’a pas bien compris ce que vous chantiez ! Permettez-moi donc de vous relire ici quelques phrases de cette annonce de la Pâque, de la résurrection.

 

Voici la nuit où tu as tiré d'Égypte les enfants d'Israël, nos pères.
Voici la nuit o
ù le feu d'une colonne lumineuse a dissipé les ténèbres du péché.

Voici la nuit qui arrache au monde corrompu, aveuglé par le mal, ceux qui, aujourd'hui et dans tout l'univers, ont mis leur foi dans le Christ : nuit qui les rend à la grâce et leur ouvre la communion des saints.

Voici la nuit où le Christ, brisant les liens de la mort, s'est relevé, victorieux, du séjour des morts.

Nuit de vrai bonheur, qui seule mérita de connaître le temps et l'heure où le Christ a surgi du séjour des morts !

Voici la nuit dont il est écrit : « La nuit resplendira comme le jour ; la nuit même est lumière pour ma joie. »  Car le pouvoir sanctifiant de cette nuit chasse les crimes et lave les fautes, rend l'innocence aux coupables et l’allégresse aux affligés, dissipe la haine, dispose à la concorde et soumet toute puissance. 

 

Ô nuit de vrai bonheur, nuit où le ciel s'unit à la terre, où l'homme rencontre Dieu.

 

Amen ! 

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