lundi 27 janvier 2014

le Royaume tout proche...


Homélie 3é dimanche du T.O. – A

Frères et Sœurs,

Dieu est bon. Nous avons vécu un très triste vendredi, pluvieux à souhait et sans discontinuer. De quoi rendre neurasthénique une armée de clows ! Et samedi, le retour du soleil. Des études très scientifiques et sérieuses ont dit combien la lumière avait une influence sur notre moral. Ainsi on comprend aisément pourquoi l’annonce prophétique d’Isaïe dans la première lecture, que nous avions déjà entendu dans la nuit de Noël : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre une lumière a resplendi.» cette annonce est associé à la joie, à l’allégresse, à l’exaltation même : « Tu as prodigué l’allégresse, tu as fait grandir la joie : ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit en faisant la moisson.» Et cette joie doit être la notre. Cette joie que distille à longueur de rencontres, d’homélies, de discours, le Pape François. La joie qui peut être celle de ceux qui ont reconnu en Jésus le Christ, le Sauveur, Celui qui vient illuminer d’un jour nouveau le monde, notre monde.

C’est peut être d’ailleurs le sentiment intérieur qui habitait les Apôtres. Simon, André, Jacques et Jean. Sur une seule parole du Christ, laissant leurs filets, leurs barques, leur père, ils le suivirent. Ils ne connaissaient sans doute rien de Lui. Ils ne l’avaient pas vu faire des miracles. Mais dans son regard et à sa voix, ils ont sentis que cet appel ne supportait aucun retard dans leur réponse. « Aussitôt laissant tout ils le suivirent. » Qu’est-ce qui a pu les attirer ainsi ? Leur donner cette confiance folle de partir sans savoir où ils allaient ? « Convertissez-vous car le Royaume de Dieu est tout proche » proclamait Jésus. La force de suivre le Christ, la force de risquer sa vie sur Lui, de se convertir, de changer de vie pour Lui, de quitter ce qui nous tient tant à cœur, vient de cette bonne nouvelle que le Royaume est tout proche. Depuis plus de 2000 ans, Jésus le Christ fait naître dans le cœur de millions d’hommes et de femmes cette espérance que le Royaume est tout proche. Donc il n’est pas lointain. Il est même pour une part déjà là. Chaque matin, quand le soleil se lève… Chaque fois que quelqu’un vous dit « je t’aime ». Chaque fois qu’une infirmière se penche au chevet d’un malade. Chaque fois que des femmes et des hommes se regroupent pour faire reculer la misère. Chaque fois qu’un malade est guéri. Chaque fois qu’on essuie les larmes d’un enfant. Chaque fois qu’on donne un verre d’eau à celui qui a soif. Chaque fois qu’une âme solitaire trouve une oreille attentive. Chaque fois, le Royaume de Dieu s’approche…

Mais je sens bien vos questions, vos réticences : « Père Olivier : ne tombez pas dans l’optimisme béat ! ». Et comme vous avez raison. Dernièrement un sondage nous apprenait qu’en ce début d’année le moral des Français est descendu à son niveau le plus bas en une vingtaine d'années, seules 30% des personnes interrogées se disant "optimistes" pour l'avenir, selon un sondage Ifop pour Dimanche Ouest France. Tout autour de nous, nous pouvons voir des signes contradictoires qui nous indiquent que le Royaume n’est pas encore pleinement là. Saint Paul y fait allusion déjà dans les premières communautés chrétiennes. A Corinthe, on se divisait, on se disputait. Aujourd’hui encore les divisions entre chrétiens restent un indéniable scandale, même si nous venons de clore la semaine de prière pour l’unité des chrétiens qui nous montre une réelle et réjouissante évolution depuis une cinquantaine d’année. Même au sein de l’Eglise catholique, des tensions peuvent apparaître. Un récent article d’un hebdomadaire a voulu présenter sous cet angle le diocèse qui est le nôtre, essayant de déceler des divisions, plus mises en scène que réelles d’ailleurs.  Vis à vis de toutes ses limites que nous connaissons bien (et qu’il est un sport national de relever en France parait-il), le chrétien n’a cependant pas à être optimiste. Il ne s’agit pas de fermer les yeux sur les manques, les dérives, les limites. Non. Il faut même sans doute en être bien conscients pour les combattre. Le président de la Banque Alimentaire ne disait récemment que le nombre de personnes aidées ne cessait de croître, et particulièrement à Saint Malo. Va t-il pour autant baisser les bras ? Je ne le crois pas. Mais avec tous les bénévoles, ils vont au contraire poursuivre leur mobilisation. Sans oublier d’interpeller ceux qui peuvent agir pour changer cette situation déplorable. Le Pape François disait « L’espérance, qui doit être la nôtre, n’est pas de l’optimisme, ce n’est pas la capacité de regarder les choses avec un esprit positif et d’aller de l’avant. Non, ça c’est de l’optimisme, ce n’est pas de l’espérance. L’espérance n’est pas un comportement positif devant les choses. Pour nous en approcher un peu, nous pouvons dire que l’espérance est un risque, une attente ardente vers la révélation du Fils de Dieu. Ce n’est pas une illusion. Avoir l'espérance, c’est justement ceci : « être tendu vers cette révélation, vers cette joie qui remplira notre visage de sourires ». Les premiers chrétiens la « dépeignait comme une ancre : l’espérance est une ancre, une ancre fixée à la rive » de l’au-delà. Belle image qui nous parle dans notre pays de marins. Alors vient une question : Où sommes nous ancrés ? Sur quoi est ancré mon cœur ? Les apôtres de l’Evangile nous montre le chemin. Ils acceptent de jeter leur ancre dans le cœur de Dieu, laissant les sables mouvants du confort matériel et affectif facile. Leur route avec Jésus ne sera pas un chemin de roses. Mais l’Espérance en Dieu ne déçoit pas car elle est un don de Dieu. Nous aussi sommes invités sur ce chemin. Nous aussi sommes appelés à lever l’ancre de nos petites habitudes, de nos règles bien établies, de nos arrangements trop humains, pour jeter l’ancre en Dieu, en Celui qui ne déçoit jamais. Celui que le psalmiste décrit comme lumière et salut. Alors « de qui aurai-je crainte ? » poursuit-il. « Espère le Seigneur, sois fort et prends courage. Espère le Seigneur. »
Oui, Frères et Sœurs,
Espérons le Seigneur… car c’est Lui qui fait advenir son Royaume. Ce Royaume des Cieux qui est tout proche.

Amen !



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