lundi 20 mai 2013

Tous se comprenaient.


Homélie Pentecôte 2013


Ce week-end : c’est bien sûr la fête de la Pentecôte, qui nous vaut la joie d’avoir un jour férié en plus ! Mais dans notre ville de Saint Malo se vit aussi un grand événement culturel qui pourra avoir un certain rapport avec elle : le Festival Etonnants Voyageurs. Je m’explique. Mais d’abord : à tout seigneur, tout honneur, je dois remercier M. le Maire qui, dans son discours d’ouverture du Festival m’a donné l’idée d’ouverture de cette homélie. Vous voyez que l’Esprit Saint est capable de rapprochements assez étonnants ! Ainsi a t-il évoqué les différentes affiches qui depuis 24 ans annoncent ce Festival qui rassemble des écrivains du monde entier. Je voudrai ici évoquer celle qui avait été choisi en 2007. Rappelez-vous. Il s’agissait d’une reproduction d’un tableau de Peter Brueghel l’Ancien bien connu : la Tour de Babel. Les communicants avaient repris ce mythe biblique de la Genèse qui voit tous les peuples se rassembler pour édifier une tour qui touche le ciel grâce à une langue commune. Mais Dieu va mettre fin à cette entreprise orgueilleuse des hommes, qui veulent surtout ainsi montrer leur indépendance, voir leur supériorité par rapport à Dieu. Il va brouiller leur langage. Ils ne se comprendront donc plus et la tour n’ira jamais à son terme. Les peuples seront alors dispersés sur toute la terre.

Ce tableau est particulièrement intéressant car il nous permet de comprendre ce qu’est la Pentecôte, la fête qui nous rassemble ce matin. La Pentecôte : c’est l’anti-Babel. Autour de Jésus, il se passe exactement le contraire. Des hommes et des femmes de toute la région se sont rassemblés autour de Jésus, et par le don de l’Esprit Saint, tous vont se comprendre. « Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, des bords de la mer Noire, de la province d'Asie, de la Phrygie, de la Pamphylie, de l'Égypte et de la Libye proche de Cyrène, Romains résidant ici, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu. » La grande différence avec Babel, c’est bien sûr, qu’au lieu de se diviser, les hommes ayant reconnu en Jésus leur Sauveur, vont tous se comprendre. Mais pas en parlant une seule langue unique, la même langue pour tous, ce rêve qu’ont fait certains dans l’Espéranto mais qui n’a jamais pris. Non, ils vont parler chacun dans leurs langues… et se comprendre. Babel était un défi à Dieu. Une manière de lui montrer qu’on n’a pas besoin de lui, de l’expulser hors de la sphère des hommes. Alors l’unité humaine en est brisée. La Pentecôte est le contraire. Par la venue du Christ, des hommes et des femmes ont compris que Dieu n’est pas un concurrent pour l’homme mais qu’il est une force intérieure qui refait en nous et autour de nous l’unité. Pour qui accepte le souffle de l’Esprit, le souffle de Dieu, alors l’unité se crée.

Et les textes de ce jour en témoignent en deux sens.

D’abord l’unité se crée en chacun de nous, en nos cœurs, au plus profond de notre être car Dieu lui-même vient y demeurer. Nous sommes le « temple de l’Esprit », « tous remplis de l’Esprit Saint » ou « l’Esprit habite en vous » lisons-nous. C’est là que se crée vraiment notre unité, en Dieu présent à notre cœur qui révèle le meilleur de nous-même, de ce que nous sommes en vérité. Tout autour, il peut y avoir une « couche moche » parfois fort épaisse avec le temps. Mais le cœur est toujours empli de la tendresse de Dieu. Un peu comme les M&Ms : ça craque dessus mais c’est fondant dedans. L’Esprit Saint nous invite à la paix, la joie du cœur. « En tout la paix du cœur, la joie sereine » aime t-on chanter à Taizé. Ouvrons nos cœurs au souffle de l’Esprit qui vient sans cesse les récréer. Hier, les 45 enfants qui se préparent à la 1ère des Communions ont vécu le sacrement du Pardon dans la simplicité et avec beaucoup de sérieux. Il y en a même qui sont venus me voir en me disant qu’il n’avait pas de péché ! C’est rassurant. Le Royaume ressemble à un cœur d’enfant !

Dieu crée aussi l’unité autour de nous, entre les hommes de bonne volonté. C’est l’expérience de la Pentecôte : cette expérience vécue par les disciples. Mais cette expérience aussi vécue par notre diocèse l’année dernière. Rappelez-vous : nous étions 23 000 réunis au stade de la route de Lorient autour du Christ. C’est encore l’expérience vécue par les chrétiens de notre doyenné le 14 avril dernier à Keriadenn. Un monsieur m’a raconté il y a quelques jours qu’il n’avait pas envie d’y aller, qu’il l’a fait en trainant les pieds. Mais qu’il en est revenu enchanté. Et souhaite que cela se refasse. Pourquoi ? Parce que nous avons vécu notre petite Pentecôte là. Malgré nos différences, nous avons réussi à nous comprendre. Non pas en gommant ces différences mais en restant unis dans nos diversités assumées. Quelle belle image, quel bel exemple il y a là pour le monde ! Si nous acceptons de vivre pleinement cette fraternité, nous pourrons de grandes choses. Le monde en sera transformé. La Paix gagnera. Vous savez peut être qu’à l’origine de la belle idée de l’Europe, qui est si mal en point aujourd’hui, il y a de grands esprits chrétiens : Jean Monnet, Schuman, Adenauer. Ne jouons pas sans cesse les modestes. La foi équilibrée des chrétiens peut faire tomber les murs paraissant les plus solides. Pensons aussi à l’action de Jean-Paul II pour le rapprochement de l’Est et de l’Ouest de l’Europe. Elle est indéniablement reconnue aujourd’hui par les historiens.

Frères et Sœurs,
L’esprit ne fait pas de nous des esclaves… nous ne sommes plus sous l’emprise de la chair, écrit Saint Paul, sous l’emprise d’aucun esclavage. Nous sommes des femmes et des hommes libres, qui n’ont plus peur ! Accueillons pleinement l’Esprit Saint. Ouvrons nos cœurs, nos vies à son œuvre, à son action. Qu’il agisse en nous, au plus profond de nous. Qu’il agisse par nous en notre monde !

Amen !

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